Une contribution d’Ali Akika – Il est des leaders d’empires qui ont du mal à se défaire de leur mimétisme et tentent d’emprunter le chemin d’un de leurs «glorieux» prédécesseurs. Ainsi, Trump à travers son document de «la stratégie de la sécurité nationale», envoie au monde entier le message suivant : l’Amérique renoue avec la doctrine Monroe en l’adaptant à l’époque agitée de ce début du XXIe siècle. Rappelons que Monroe fut le président des Etats-Unis qui donna son nom à la doctrine en 1823 qui institua les Amériques comme zone d’influence des Etats-Unis. Il s’adressait alors à des puissances européennes, toutes ex-colonisatrices du «Nouveau monde».
On aura remarqué que Trump aussi s’en est pris à l’Europe avec la violence que l’on réserve à des ennemis. Les habituels «experts» ont expliqué la violence de Trump en puisant dans le stock de la psychologie, de la jalousie, de la fascination ou bien dans la vision de la démocratie qui ne serait pas la même des deux côtés de l’Atlantique. Comme d’habitude, ils oublient l’histoire et ses rapports de force qu’elle impose. Ça commence à être lassant de les entendre répéter leurs balivernes en prédisant, entre autres, le découplage des liens entre la Russie et la Chine qui conduirait la Russie au triste sort de la défaite et même de son démembrement si souvent fantasmé. Laissons-les à leurs délires et interrogeons l’histoire qui n’a rien à voir avec leurs contes de fée.
En ce mois de décembre 2025, Trump, le nouvel Oncle Sam des Américains, tire des leçons des limites de la puissance de son pays et annonce le toilettage des instruments de sa domination. Sans le dire mais le monde entier le sait, deux grandes puissances ont commencé à croiser le fer avec les Etats-Unis sur la scène internationale. Leurs confrontations sur le terrain des échanges économiques, l’hégémonie du dollar, l’apparition des BRICS, la guerre en Ukraine, sont autant de sources de tensions avec la Chine et la Russie, rejoints par des pays émergents comme le Brésil. Dans ce tournant de l’histoire, l’Europe qui ne veut pas disparaitre, devient un obstacle pour les Américains pressés par le temps et voulant en finir avec la guerre en Ukraine.
En vérité, l’Europe était devenue un instrument aux mains des Etats-Unis depuis la Première guerre mondiale et surtout la Seconde guerre où le sang américain versé et les tombereaux de dollars déversés par le plan Marshall, ont fait de l’Europe une obligée des Etats-Unis. La parenthèse Europe fermée, ce qui préoccupe Trump, ce sont les obstacles qui attendent son pays car les adversaires des Etats-Unis sont loin d’être des obligés comme l’Europe, mais de coriaces rivaux qui ne supportent plus son statut de gendarme du monde arrogant. Mais pour pareille confrontation, il faut à l’Amérique, qui veut renouer avec la gloire, résoudre le problème des déclassements des classes moyennes «blanches» que les rédacteurs de la stratégie de sécuritaire nationale ont rapporté dans le document de la nouvelle doctrine politique. La tactique est claire, pour aller au combat, il faut s’assurer que le front intérieur soit solide.
Il faut donc rendre de l’espoir et du pouvoir aux classes moyennes. D’où la nécessité de rapatrier les industries américaines et attirer les investisseurs étrangers par le chantage des fameux tarifs douaniers. Toutes ces richesses retrouvant le bercail américain, l’argent va couler à flot, la puissance du dollar sera préservée et le trou de la dette abyssale comblé peu à peu. Ce tableau est bien beau sur le papier, à condition de ne pas être victime du mythe de Sisyphe. Ultime travail du Hercule des temps modernes, Trump se voulant homme de paix, non pour avoir le Nobel de la paix auquel croient les naïfs, envoie ses missi dominici dans le monde, en Asie et en Afrique pour régler des problèmes frontaliers pour, ensuite, inviter les chefs d’Etat de ces pays à la Maison-Blanche avec la promesse de signer des contrats juteux portant sur les minerais manquant à la puissante Amérique.
Pourquoi le changement de posture des Etats-Unis ?
En ce début du siècle, la balance des rapports de force engendrés par les crises notamment de la finance de 2008, ainsi que les guerres ici et là, ont malmené les sociétés régies par le libéralisme économique. Ces crises ont trouvé leur traduction sur le terrain politique avec la montée en puissance de forces réactionnaires et Trump en est le symbole. La guerre en Ukraine a accentué les tensions et l’idée de remporter une victoire stratégique sur la Russie a été émise par Joe Biden, alors président des Etats-Unis. Sa défaite face à Trump est le produit de deux forces politiques, l’opposition d’une partie du peuple américain révoltée par les massacres des Palestiniens à Gaza et l’Etat profond américain qui «s’exprime» par la voix d’anciens fonctionnaires du Pentagone, membres de la CIA ou des états-majors de différents corps de l’armée américaine.
Tout ce beau monde considère qu’une défaite d’un pays comme la Russie, doté d’armes nucléaires impressionnantes, est impossible. Et ceux qui croient limiter l’affrontement aux armes conventionnelles sont d’une stupidité sans nom. Trump a compris la complexité de la situation et a préféré remplacer la guerre par des affaires juteuses avec la Russie gorgée de minerais et terre rare de l’industrie dominante de demain. Les progrès singuliers et spectaculaires de la Chine dans l’économie, les sciences, l’armement nucléaire, l’aéronautique et la marine de guerre, ont refroidi les ardeurs de Trump à faire la guerre avec pareil pays qui l’a fait reculer sur les tarifs douaniers. Cette réévaluation de la situation politique et stratégique n’a pas empêché Trump de tenir à son statut d’acteur puissant qui compte et qui a les moyens d’atteindre ses objectifs.
La phrase qui revient souvent dans le document de la nouvelle stratégie américaine est rédigée ainsi : les Etats-Unis veulent et ont les moyens d’atteindre les objectifs pour le bien du peuple américain. Cette certitude, sentant bon l’arrogance, trahit le culte de la force de l’Amérique et une médiocre appréhension idéologique de l’histoire. La force et une vision réductrice de l’histoire suffiront-elles à réguler les tempêtes qui continuent de souffler ailleurs ?
Des foyers sous la braise : Europe, Moyen-Orient, Afrique
Europe : les Etats-Unis constatent et regrettent la baisse des richesses produites dans ce continent. Y a-t-il un lien entre l’immigration, la baisse de la natalité et la chute du produit intérieur brut (PIB) en Europe ? Oui, quand on lit l’inquiétude des rédacteurs du document quant à la future «disparition» de la civilisation européenne. La pauvreté de l’analyse du présent et la désignation de l’immigration comme facteur du mal civilisationnel européen sous-entend que l’Europe doit prendre exemple sur les Etats-Unis de Trump sur la manière de traiter les immigrés et de défendre les valeurs de l’Occident. Il ne faut pas compter sur les «experts» médiatiques qui se laissent distraire par les conflits des civilisations au lieu de porter le fer sur le système dominant qui exige des autres d’ouvrir les portes du poulailler au renard et le regarder dévorer la volaille.
La fin de la guerre en Ukraine réserve bien des surprises et des lendemains pleins d’inconnus. Quels sont les coupables désignés par les «experts» pour justifier l’impasse dans laquelle se trouvera demain l’Europe réduite à un supermarché par une Amérique ayant retrouvé la gloire tant recherchée par Trump ? Sont-ce les Russes dont les soldats «affamés et armés de vieux fusils de Mathusalem» qui ont néanmoins gagné la guerre ? Tout est possible avec des «spécialistes» qui ne rougissent pas de leurs bêtises et qui bavardent entre eux en l’absence de contradicteurs qui peuvent jeter le trouble dans les flaques de leurs certitudes.
Moyen-Orient : Trump est satisfait et content de lui pour avoir été l’architecte des accords d’Abraham. Il suggère de les élargir aux autres pays musulmans. Silence sur les deux ans de guerre et de massacres en Palestine, l’occupation des terres libanaises et syriennes. Il est vraiment content et les plumes qui rédigent pour lui disent que les ressources économisées au Moyen-Orient par le «règne de la paix» des cimetières vont servir ailleurs. On a le droit de rêver, mais les peuples de la région n’ont pas les mêmes rêves que Trump et ils le feront entendre.
Afrique : le document lui a consacré une page, la 29e. En résumé, l’Afrique vaut la peine d’être explorée et surtout exploitée ! Pardi, que de richesses ! Et les Américains ont tout intérêt à y investir, ils en ont les moyens et le retour sur investissement est sacrement élevé. Les pays dont les régimes sont faibles sont «open-bar» et le prix de la main-d’œuvre ridiculement bas. Quant aux gouvernements africains qui ne l’entendent pas de cette oreille, en Afrique du Sud ou au Nigeria, on leur trouvera un motif pour les punir. Technique qui frise le ridicule pratiquée aujourd’hui contre le Venezuela, sentant le prétexte nauséabond de la drogue pour faire oublier l’odeur âcre du pétrole si nécessaire, alors que l’on prévoit la baisse de la production américaine. Bref, on connaît la chanson, mais, attention, l’histoire réserve souvent des surprises, surtout quand les peuples en ont assez de pleurer la mort et les frustrations de leurs enfants !
Conclusion
A la lecture de «la stratégie de la sécurité nationale» des Etats-Unis, on découvre que la guerre, continuation de la politique par d’autres moyens, cher au Prussien Clausewitz, devient avec l’Américain Trump un binôme de deux verbes : je veux donc je peux. La guerre ne serait donc plus une entreprise, une stratégie pensée et calculée pour atteindre des buts fixée par le politique. Dans un monde pataugeant dans le déclin et tombé dans la banalité du vouloir enfantin et la fragilité de pouvoir vieillissant, ce monde-là se meure. Car le politique ne relève pas du registre du nombril et de l’estomac. Ainsi, le document «Stratégie de la sécurité nationale» qui a fait tant de bruit et provoqué tant de panique, nous renseigne sur le fléchissement de la politique de la canonnière. Il nous apprend aussi, à travers un voyage dans l’histoire américaine et les contrées labourées par leurs armées, comment l’Oncle Sam fructifie ses investissements et fortifie le dieu dollar.
Nous sommes donc loin de la poésie du fameux rêve américain où fleurissent les sciences et les arts, un monde où l’abondance des richesses s’écoule comme les chutes d’Iguazu (Argentine et Brésil) et de Niagara (Etats-Unis et Canada) qui coupent le souffle aux touristes. De la beauté de la nature qui risque d’être abimée comme l’Amazonie, poumon d’oxygène, par les bulldozers, source de profit pour les Bourses de la finance et d’expropriation des autochtones.
A. A.



Le président américain donald trump et son administration ont bien donné des signaux dès le début de son second mandat. Commencer à se désengager du vieux continent pour redéployer leurs efforts vers les Amériques. Leur pré-carré. Zone d’influence.
Pourtant, les états-unis mettent tout en œuvre pour conserver leur leadership face à une Chine qui est en passe de devenir la réelle première puissance mondiale et une Russie qui n’envisage pas de se plier au diktat occidental. Novorossia.
La stratégie trumpienne n’est donc qu’une partie de poker menteur. Et cette histoire d’actualisation de la doctrine Monroe n’est qu’un leurre. Une série d’illusions d’optique comme c’est le cas dans le célèbre échiquier d’Adelson où une case perçue comme noire et une case perçue comme blanche paraissent avoir la même teinte grise. Un jeu d’ombres et de lumières à en endormir des zones. C’est cérébral.
En pion stratégique. Le jeu de go en passe de faire échec au souteneur de l’empire et à ses taxis. Et sa place, au musée de la taxidermie, celui qui aura rejoint le camp de l’infamie. Celle de la félonie. Le camp des faussaires de l’Histoire qui n’ont pas de figure. Leur nom de code est « amnésie ».
Il faut rappeler que si la Doctrine Monroe a semblé « disparaître » de la Politique internationale des USA , elle en a constitué, sans discontinuer , le Fil Rouge de tous les Gouvernements Yankees . Elle a pu prendre des formes plus Soft à certains moments , notamment après les Scandales des Assassinats des Dirigeants Chiliens et Autres , mais la Situation dans laquelle se trouvent les Yankees face à la Stratégie de la Chine et de la Russie pousse ces Cow Boys du 21 eme Siècle ( manipulés , en plus, par des Nazis : Netanyahu n a t il pas à plusieurs reprise fanfaronner sur ses capacités à « connaître très bien « les américains ?) a nous ressortir les Scenarios à « la Conquête de l Ouest ». Avec , en Prime, un Guignol dans le premier Rôle .