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Un professeur colombien : «Le président Abelardo de la Espriella ne sait pas où il va !»

Par Mohamed K. – Dans une tribune publiée dans El Pais, le professeur colombien Fabian Cardenas pose une question qui dépasse largement les deux décisions annoncées par le nouveau gouvernement d’Abelardo de la Espriella : la Colombie a-t-elle encore une politique étrangère, ou seulement une succession de choix diplomatiques dictés par les orientations du pouvoir en place ?

En quelques jours, Bogota a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental, gelant ses relations avec la République arabe sahraouie démocratique, puis reconnu la souveraineté israélienne sur les hauteurs du Golan. Cardenas rappelle que ces décisions, aussi spectaculaires soient-elles, ne changent pas le statut juridique international de ces territoires. Elles changent en revanche la position de la Colombie dans le monde.

C’est précisément là que se trouve le problème politique.

Le gouvernement peut parfaitement revendiquer son droit souverain à définir ses alliances et ses priorités. Mais encore faut-il expliquer la cohérence de ces choix. Sur le Sahara Occidental, la Colombie tourne une nouvelle fois le dos à la position qu’elle avait adoptée sous Gustavo Petro, après avoir reconnu la RASD. En quelques années, Bogota passe ainsi d’un camp à l’autre, au gré de l’alternance présidentielle. Pour les partenaires étrangers, cette instabilité n’est pas un détail, si bien qu’elle remet en cause la prévisibilité de la diplomatie colombienne.

La même interrogation se pose avec le Golan. En rompant avec le consensus international sur le statut du territoire syrien occupé, le gouvernement de De la Espriella ne modifie pas le droit international, mais choisit de modifier la place de la Colombie par rapport à ce consensus. Le geste peut être assumé comme un choix géopolitique. Cependant, il devient préoccupant lorsqu’il semble davantage répondre à une logique d’alignement qu’à une doctrine clairement définie.

Cardenas insiste justement sur le risque de voir la politique étrangère devenir prisonnière des alternances politiques. Une démocratie peut changer de gouvernement, mais elle ne devrait pas nécessairement changer de doctrine diplomatique à chaque élection.

La Colombie dispose pourtant d’atouts importants : une tradition diplomatique reconnue, une expérience multilatérale et une capacité à jouer un rôle de médiateur entre puissances et pays du Sud. Dilapider ce capital pour quelques gains diplomatiques immédiats serait une erreur stratégique.

Le véritable problème n’est donc pas que De la Espriella ait changé la politique étrangère colombienne. C’est qu’il ne semble pas encore avoir expliqué par quelle politique il entend la remplacer.

Comme le suggère Cardenas, la Colombie ne change pas la carte du monde. Elle change sa place sur cette carte. Mais après ces premiers virages, une question demeure : le président colombien sait-il réellement où il veut conduire son pays ?

M. K.

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