Par Amar Belani – Cette retenue d’Abou Dhabi, feinte, destinée à jouer le rôle du «bon élève» de la diplomatie, est consubstantielle au cynisme de la politique étrangère émiratie. Un pays qui arme, transporte des mercenaires et contribue à faire couler le sang, tout en jurant la main sur le cœur qu’il est étranger à ce qui se passe au Soudan, malgré les accusations et les éléments relevés par des instances des Nations unies. Et qui vient ensuite nous parler de «liens fraternels», de «dialogue» et d’«intérêts communs».
Cette posture ne trompe personne. Elle permet surtout d’éviter les questions qui dérangent.
Pas un mot sur les accusations formulées par Alger. Pas de réponse sur le fond. Pas la moindre remise en question. A la place, Abou Dhabi invoque les «liens fraternels» et espère que la rupture sera «temporaire».
Cette diplomatie cynique et feutrée consiste à jouer l’innocent lorsque les faits deviennent embarrassants, puis à se réfugier derrière des formules convenues. La retenue diplomatique n’efface ni les responsabilités ni les accusations. Elle ne fait que les contourner.
Il y a dans cette réaction une volonté manifeste de déplacer le débat. Plutôt que de répondre aux griefs précis formulés par Alger, Abou Dhabi préfère invoquer la fraternité arabe et la nécessité de préserver les relations bilatérales. Comme si l’usage de quelques formules apaisantes suffisait à rendre les accusations sans objet.
Mais la diplomatie ne consiste pas à choisir les sujets auxquels on accepte de répondre. Elle suppose aussi d’assumer les questions embarrassantes et de fournir des explications lorsque des accusations graves sont publiquement formulées. Or, c’est précisément ce que le communiqué émirati s’emploie à éviter.
Derrière les appels au dialogue et à l’apaisement se dessine ainsi une méthode désormais familière. Multiplier les formules conciliantes, afficher une posture raisonnable et laisser aux autres le soin de porter le poids de la confrontation. Abou Dhabi cherche ainsi à préserver son image de partenaire prétendument «modéré» tout en évitant soigneusement d’aborder les conséquences de ses propres choix maléfiques au niveau de la région.
Cette communication n’est donc pas une réponse. C’est une esquive soigneusement emballée dans le langage de la diplomatie factice. Elle cherche moins à dissiper les accusations qu’à gagner du temps, préserver les apparences et éviter que le débat ne porte sur le fond. Pour ne pas être confondu.
A. B.



