Par Kamel M. – Le média espagnol spécialisé El Periodico de la Energia vient de mettre en lumière l’ampleur du casse-tête gazier qui se présente à l’Europe après la rupture des approvisionnements en provenance du Qatar. Face à l’effondrement des livraisons de GNL et à l’impossibilité de sécuriser rapidement de nouveaux volumes sur un marché mondial sous tension, les regards européens se tournent de nouveau vers l’Algérie. Et les récents déplacements à Alger de responsables européens, de Bruxelles à Rome en passant par Madrid, montrent que cette option n’a plus rien d’un simple scénario de secours.
La crise actuelle ne fait en réalité qu’accélérer une tendance déjà visible depuis plusieurs mois : les capitales européennes multiplient les démarches auprès de l’Algérie pour sécuriser leurs approvisionnements. L’Italie et l’Espagne ont notamment intensifié leurs discussions avec les autorités algériennes alors que les perturbations du marché mondial rendent plus incertain l’accès aux cargaisons de GNL. Rome comme Madrid cherchent désormais à tirer davantage parti des flux de gaz acheminés directement par gazoduc depuis l’Algérie.
Le calendrier diplomatique est révélateur. Le 12 février, le commissaire européen à l’Energie et au Logement, Dan Jørgensen, s’est rendu à Alger pour participer au dialogue de haut niveau entre l’Union européenne et l’Algérie sur l’énergie. Bruxelles avait alors insisté sur la nécessité de renforcer la coopération dans le gaz, les interconnexions électriques, les renouvelables et l’hydrogène. La Commission européenne considère aujourd’hui l’Algérie comme son troisième fournisseur de gaz.
Quelques semaines plus tard, le déplacement de Giorgia Meloni a donné une dimension encore plus concrète à cette recherche de sécurité énergétique. Le 25 mars, la Première ministre italienne s’est rendue à Alger alors que Rome cherchait à compenser les perturbations des livraisons qataries. L’Algérie a fourni environ 20 milliards de mètres cubes de gaz à l’Italie en 2025, soit près de 30% de sa consommation. Meloni a annoncé le renforcement de la coopération entre Eni et Sonatrach, avec notamment de nouvelles perspectives dans l’exploration et la production.
Le lendemain, c’est le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, qui était à Alger. Les discussions portaient notamment sur une augmentation des livraisons de gaz. Des sources citées par Reuters évoquaient une hausse pouvant atteindre 10% via le Medgaz, soit environ un milliard de mètres cubes supplémentaires par an. Le gaz algérien représentait déjà plus de 29% des importations espagnoles de gaz au cours des deux premiers mois de 2026.
La multiplication de ces visites prend tout son sens à la lumière de l’alerte lancée par El Periodico de la Energia. Selon le média espagnol, les attaques contre Ras Laffan et le blocage d’Ormuz ont paralysé une partie considérable des exportations mondiales de GNL. Qatar n’a expédié que 18 cargaisons durant les six mois suivant le début des hostilités, contre 509 un an auparavant, soit une chute de 96%. Les réparations des installations endommagées devraient en outre prendre plusieurs années.
C’est précisément là que réside l’avantage de l’Algérie. Une partie de ses exportations vers l’Europe n’est pas tributaire des grandes routes maritimes : elle arrive directement par gazoduc. Le Medgaz relie Hassi R’Mel à Almería, tandis que le TransMed dessert l’Italie via la Tunisie. Dans un marché où les méthaniers sont désormais exposés aux tensions géopolitiques autour d’Ormuz, ces connexions terrestres prennent une valeur stratégique supplémentaire.
K. M.


