Benjamin Stora corrige : «L’accord de 1968 contient plutôt des restrictions !»
Par Abdelkader S. – L’historien français Benjamin Stora a remis les pendules à l’heure au sujet de l’accord de 1968, que le gouvernement français d’extrême-droite brandit sous un aspect menaçant contre l’Algérie. Ce spécialiste des questions algériennes a expliqué, en effet, que ce traité signé six ans après l’indépendance du pays, a été institué non pas pour offrir des avantages aux Algériens, mais pour restreindre et réguler la circulation des travailleurs algériens nombreux à se rendre librement en France [dans le cadre des accords d’Evian], pour y travailler, durant les premières années qui ont suivi la fin de la guerre.
Non seulement cet accord a été «vidé de toute sa substance», comme l’a précisé le communiqué du ministère des Affaires étrangères, hier, mais il est, au contraire, désavantageux pour les ressortissants algériens, en ce qu’il a pour finalité de freiner le flux migratoire incontrôlé qui a, paradoxalement, permis à la France de se relever, grâce à ce que les Français appellent les Trente Glorieuses, c’est-à-dire les trois décennies durant lesquelles ce pays s’est reconstruit grâce à la main-d’œuvre algérienne.
Benjamin Stora a fait comprendre à la classe politique française et aux médias qui servent de porte-voix à leurs attaques effrénées contre l’Algérie, que les premières victimes de cette crise algéro-françaises, ce sont surtout les Franco-Algériens. Des citoyens de double nationalité «pris en otage par le régime algérien», glisse insidieusement le journaliste de BFMTV, payé pour faire du bashing anti-algérien, en attendant qu’il vire sa cuti toute honte bue sur ordre de ses employeurs du CAC 40. «Ils sentent qu’ils sont pris en otage d’une manière générale», corrige l’historien natif de Constantine, un peu agacé.
«Les Algériens n’ont jamais demandé à ce que l’accord de 1968 soit absolument respecté», a insisté Benjamin Stora, qui a voulu ainsi mettre fin à cette obsession autour d’un texte considéré en Algérie comme une «coquille vide» et dont les autorités algériennes ne verraient aucun inconvénient à ce qu’il soit résilié. A condition, comme l’a souligné le communiqué du ministère des Affaires étrangères, que cela ne prenne pas la forme d’un chantage ou d’une intimidation. Car l’Algérie ne manquera pas de répondre non pas en entérinant son annulation, mais en suspendant tous les autres traités qui lient les deux pays, ce qui pourrait aboutir à une rupture pure et simple des relations diplomatiques.
A. S.
Comment (11)