L’autre enfer
Par Sadek Sahraoui – A l’instar de la Libye, le Maroc est aussi un enfer pour les migrants subsahariens. Les affrontements ayant opposé vendredi soir des migrants africains et des habitants de Casablanca prouvent largement que la soi-disant politique migratoire mise en place par le Makhzen pour faciliter l’intégration des subsahariens dans la société marocaine n’est que la poudre aux yeux, une fabrication politico-médiatique destinée uniquement à leurrer les opinions africaines.
Les autorités marocaines veulent surtout blouser les opinions ouest-africaines vue qu’elles veulent rejoindre la Cédéao. En réalité, les Marocains ne veulent pas de migrants africains chez eux.
Même si la presse marocaine observe un black-out sur le sujet, des chasses à l’homme sont quotidiennement menées contre les Africains dans les grandes villes marocaines. Et elles sont souvent inspirées par les autorités marocaines. Du moins, elles ferment les yeux lorsqu’elles ont lieu. C’est ce qui s’est produit vendredi, lorsque des habitants de la capitale économique du Maroc avaient en tête de mener une descente punitive dans un quartier connu pour servir de lieu de transit à des migrants clandestins. Heureusement qu’il n’y a pas eu mort d’homme. «Racistes, racistes, racistes», scandaient des migrants retranchés sur un terrain protégé par des grilles.
Ce malheureux épisode ravive le douloureux souvenir de l’assassinat, en 2014, d’un ressortissant sénégalais. Le jeune Dakarois avait été égorgé lors d’affrontements à Tanger. Quatorze de ses compatriotes avaient alors été grièvement blessés. A l’époque, les associations de défense des migrants avaient dénoncé la multiplication d’agressions racistes, notamment dans ce quartier populaire de Boukhalef. Depuis 2012, cette zone a connu l’installation de nombreux migrants clandestins en attente de passer en Espagne.
La région de Tanger compterait plus d’un millier de migrants subsahariens qui tentent chaque semaine de passer en Espagne. Attirés au début par le rêve de décrocher une carte de résidence, beaucoup d’entre eux préfèrent maintenant rejoindre l’Europe étant donné que les chasses à l’homme et les manifestations de xénophobie sont devenues récurrentes. En somme, Mohammed VI reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre.
S. S.
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