Election présidentielle : manœuvres et soumission pour quel résultat ?
Par Amokrane Tigziri – A l’approche de l’élection présidentielle, clé de voûte institutionnelle, la scène politico-électorale s’agite alors que les termes de l’équation n’ont pas évolué. En effet, si l’on regarde de près, cette élection est réduite à deux questions : ira-t-il ou pas pour un cinquième mandat ? Dans le cas négatif, son frère prendra-t-il le relais ou non ? Vous avez compris, il s’agit du président sortant et de son frère cadet.
C’est à ses termes qu’est réduite l’échéance présidentielle pourtant décisive constitutionnellement. Pourquoi en est-on arrivé à cette situation ? La nature du pouvoir n’a pas changé fondamentalement depuis 1962. On est passé du monopole à l’hégémonie politique par la reconduite de pratiques ancrées dans l’esprit de l’administration : la fraude électorale. L’incapacité de l’opposition, singulièrement démocratique, à se coaliser facilite le jeu de la fragmentation et de la réussite assurée pour le pouvoir. Il s’ensuit, entre autres, un non renouvellement des élites et des leaders.
Dans le camp moderniste, à ne pas confondre totalement avec le démocratique, car le concept démocratique est galvaudé et ravalé à un faire-valoir, la première charge vient de Saïd Sadi. Après avoir dénigré la participation à la prochaine échéance, posture qualifiée de janissaire au dernier congrès du RCD, il se dédit peu après dans une contribution (au Middle East Eye) en analysant la carte politique et électorale et dessine en filigrane le portrait du candidat idéal qui ne peut être autre que lui. Par une subtile tautologie, il se décrit subrepticement comme le seul apte à cette candidature dans un camp hétéroclite et qui n’a jamais pu franchir le cap de réunions exploratoires. Il balaye d’un revers de main toute appréhension pour ce scrutin pourvu qu’il y soit. Sa prise de position en deux temps révèle son ambition : moi ou le chaos. En d’autres termes, il susurre que s’il y a un autre candidat que lui, le postulant est un janissaire (discours au dernier congrès du RCD). Si c’est lui, l’affaire prend une autre tournure et on n’est plus dans la légitimation du système. En disqualifiant les uns et les autres, il se décline en ministre de la parole non pas pour témoigner mais exister même facticement. L’essentiel est dans l’apparat !
Cette propension égotique à vouloir être le lièvre – seul rôle dévolu par le pouvoir dans cette consultation – laisse pantois. Est-ce une surprise ? Non ! Deux fois auparavant, cette mission lui fut confiée avec les procédés et les résultats que l’on sait. Mais rien n’y fit ! Il faut donc mettre un terme au subterfuge du «candidat rituel» qui tente de duper l’opinion publique par une illusion lyrique. Les sons claironnés ici et là de sa démonétisation avancée ne lui arrivent pas. Il les ignore et feint que sa posture anti-pouvoir le prémunira. Il n’atteindra ni l’objectif avoué ni le but caché dans cette énième imposture.
Dès lors, à quoi rime cette agitation où aucun signe réel ou apparent ne vient éclairer l’horizon politique d’un changement à venir par cette consultation ? Est-ce le contrôle du MCB qui importe depuis que celui-ci a repris en partie ses réunions pour définir une nouvelle stratégie ? Ou tout simplement le refus d’accepter sa condition en dehors des combinaisons du pouvoir ? D’où l’enjeu de se saisir de l’instrument du MCB pour se faire valoir comme le porte-parole de la Kabylie malgré des résultats électoraux désastreux. Le rejet dont il fait objet de la part de la majorité des acteurs d’Avril 80 montre à quel point le personnage est consommé. L’obsolescence des partis traditionnels avec leur fonctionnement autocratique, leur division congénitale, consubstantiel l’un à l’autre, n’est pas dans le changement de sigle, fût-il progressiste.
Pour nous autres, nous considérons que le courant démocratique est à reconstruire de fond en comble et, par conséquent, l’élection présidentielle, loin d’être une priorité, est une échéance pour une réflexion majeure.
La reconstruction du pôle démocratique est à l’ordre du jour et doit prendre en considération, entre autres, la sociologie politique et électorale. Elle doit correspondre avec la démographie du pays. La vieillesse d’âge est un naufrage et la longévité politique un contre-exemple à bannir.
Aujourd’hui, il faut tendre vers une refondation politique en reconquérant la société civile et en l’investissant par l’apport de sang neuf et en faisant émerger des jeunes acteurs citoyens portés par le désir et l’envie de s’occuper des affaires de la cité. Les quelques exemples de gestion en Kabylie sont à méditer.
Dans cette région, le MCB doit être mis à l’abri des tentations politiciennes et le laisser jouer son rôle de guide moral et de mouvement citoyen, dont la première tâche est la défense et la promotion de l’amazighité dans une projection démocratique et algérianiste libérée du Jacobinisme par l’avènement de la deuxième république.
Tout semble dire que c’est ce cheminement qui est privilégié.
L’Algérie a besoin d’idées neuves, de personnel politique renouvelé et de dessein qui soit à la hauteur des enjeux d’un monde en pleine mutation. La priorité dans cette perspective est de lever l’hypothèque de la légitimité, confisquée par un pouvoir qui a vidé les élections de leur substance à cause de la fraude récurrente. Prendre d’autres chemins que de répéter les mêmes erreurs est une option stratégique pour s’éloigner des voix brumeuses des sirènes.
A. T.
N. B. : Je me réjouis que ma contribution du 1er mars puisse éclairer l’opinion sur les vraies motivations de Saïd Sadi, et surtout d’avoir motivé ce dernier à prendre attache avec la famille Tigziri d’Aïn El-Hammam qu’il avait ignorée depuis le lâche assassinat de Rachid, paix à son âme. Cependant, un seul membre ne peut pas représenter toute une grande famille.
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