Une contribution de M. Boumaza – Toutes les grandes nations ont bâti leur puissance économique sur le développement d’une industrie sidérurgique et métallurgique intégrée. Celle-ci constitue en effet la véritable colonne vertébrale de l’économie industrielle, car elle est indispensable à tous les secteurs.
Exemples des grandes puissances de l’ère moderne
Le Royaume-Uni s’est imposé comme première puissance mondiale grâce à sa maîtrise du charbon, du fer et des hauts-fourneaux (dans les Midlands notamment), alimentant les chemins de fer, la construction navale, les machines industrielles, etc.
En Allemagne, à partir de la fin du XIXe siècle, le complexe intégré de la Ruhr, associant minerai, houille, énergie et industrie lourde, permet au pays de rattraper puis de concurrencer les puissances établies. Elle devient dès lors la première puissance européenne.
Aux Etats-Unis, les complexes de Pittsburgh, Gary ou Cleveland produisent l’acier nécessaire aux chemins de fer, à l’automobile, aux gratte-ciel et à l’industrie militaire. Lors des deux guerres mondiales, la capacité américaine à produire massivement de l’acier devient un facteur déterminant de victoire et de domination économique. Elle accède alors au statut de superpuissance mondiale.
La Russie bâtit sa puissance stratégique sur une sidérurgie intégrée et largement planifiée. Les complexes de l’Oural et de Sibérie assurent l’autonomie industrielle du pays et soutiennent une industrie de défense lourde. Cette maîtrise de l’acier permet à l’URSS de rivaliser durablement avec les États-Unis sur le plan militaire et industriel et consolide son rang de puissance militaire de premier plan.
Le Japon, dépourvu de ressources naturelles abondantes, mise sur une sidérurgie intégrée, technologiquement avancée et extrêmement efficace. En important le minerai mais en maîtrisant totalement la transformation, le Japon développe des aciers de haute qualité qui soutiennent l’automobile, la construction navale et l’électronique, fondements de sa puissance économique. Ainsi, ce pays pourtant pauvre en ressources naturelles a démontré qu’une sidérurgie intégrée et technologiquement avancée (solide formation des ingénieurs et cadres, recherche et développement) pouvait compenser l’absence de minerai et s’affirmer comme une puissance technologique.
La Chine illustre de manière spectaculaire ce lien entre acier et puissance. En construisant d’immenses complexes sidérurgiques intégrés et en produisant plus de la moitié de l’acier mondial, le pays a pu bâtir ses infrastructures, industrialiser son territoire, soutenir son armée, s’imposer comme acteur central de l’économie mondiale et devenir une puissance économique globale.
Dans tous ces exemples, auxquels on peut rajouter l’Inde, le Brésil et la Corée du Sud, la logique est identique. La sidérurgie intégrée permet de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, du minerai aux produits finis. Elle garantit l’approvisionnement des industries stratégiques, réduit la dépendance extérieure et crée des savoir-faire techniques difficiles à remplacer. Sans acier, il n’y a ni infrastructures modernes, ni industrie lourde, ni souveraineté économique réelle.
Les économies fondées uniquement sur les services ou le commerce peuvent être prospères, mais elles demeurent dépendantes des puissances industrielles pour leurs besoins matériels essentiels. L’histoire montre ainsi que la sidérurgie n’est pas un secteur parmi d’autres, mais le socle sur lequel se construit toute puissance économique et stratégique durable.
Cas de l’Algérie
L’Algérie dispose aujourd’hui, avec le gisement de Gara Djebilet, l’un des plus importants au monde, et ses bassins houillers (notamment Abadla), d’un atout majeur et d’une opportunité historique pour créer un écosystème intégré capable de transformer radicalement et durablement sa structure économique, la propulsant au rang de puissance qui compte dans le concert des nations.
Avec, à moyen terme, une production de 50 millions de tonnes d’acier, elle se hisserait à un niveau à peu près comparable à celui de la Corée du Sud, à condition toutefois de s’appuyer sur l’innovation et une recherche et développement au diapason des pays les plus avancés, ainsi que sur la formation d’une masse critique d’ingénieurs et de techniciens supérieurs qui mettront le projet sur les bons rails et le mèneront à bon port, à la pointe de la recherche appliquée (aciers à haute résistance, alliages légers, matériaux résistants à la chaleur et à la corrosion, etc.).
Ainsi transformé dans les complexes d’Oran, de Jijel et d’Annaba, ce minerai fournira les matériaux de base nécessaires à de nombreux secteurs stratégiques :
– Industrie automobile
– Infrastructures : construction, bâtiment et travaux publics
– Energie et production électrique : centrales thermiques, nucléaires, hydroélectriques, pylônes, etc., pour électrifier le continent à des coûts compétitifs
– Industrie pétrolière et gazière : pipelines, gazoducs, réservoirs
– Transport maritime et ferroviaire : interconnecter le continent jusqu’au Cap en Afrique du Sud (rails, locomotives et wagons sortis des usines algériennes)
– Aéronautique et industrie militaire (avions, hélicoptères, blindés, sous-marins, etc.)
– Industrie mécanique et machines-outils pour alimenter toute la chaîne de production et fournir le continent en machines industrielles
– Electroménager
– Aérospatial : satellites et lanceurs (surveillance des infrastructures stratégiques, aménagement du territoire, zones sismiques et inondables, etc.)
– Electronique : circuits imprimés et composants électroniques, qui tombent à point avec l’ouverture, récente, des candidatures au programme national de licence et de master en technologie des puces électroniques.
On comprendra dès lors l’émoi suscité chez certaines parties hostiles et envieuses. Car Gara Djebilet n’est pas un simple projet minier, mais une véritable révolution dans le paysage industriel algérien et même au-delà, dans la géopolitique mondiale. Par son inauguration, le président Tebboune vient enfin de matérialiser le rêve de Boumediene de l’industrie industrialisante, illustrée par sa formule : «des mines de fer au transistor» (carte à puce), et d’une Algérie prospère et puissante.
Tahyia El-Djazaïr, Allah yarham chouhada !
M. B.




C’est très bien mais
L’INDUSTRIE est de l’ENERGIE TRANSFORMÉE
..
L’ALGÉRIE 🇩🇿 doit devenir un LEADER MONDIAL , un GÉANT de l’ÉNERGIE VERTE ..pour l’AFRIQUE pour l’EUROPE…et pour l’INDUSTRIE LOCALE ALGÉRIENNE
Et pour compléter un peu ce bel article on ajouterait que les grandes civilisations sont nées dans les régions où on produisait le fer et où on cultivait le blé (ou autres céréales).
Le fer est destiné à armer ses soldats et le blé servira à les nourrir.
La Mésopotamie, l´Egypte, la vallée de l´Indus, la chine et une partie des Andes en sont un exemple, ainsi nous l’apprend l´anthropologie qui est née de l´observation des différentes civilisations.
Attention cependant, les cours d´eau qui alimentait certaines de ces régions comme le tigre et l`Euphrate, détruisaient avec leurs crues autant qu´ils fertilisaient, le caprice de ces fleuves imposait une organisation rigoureuse du travail.
« Avec, à moyen terme, une production de 50 millions de tonnes d’acier, elle se hisserait à un niveau à peu près comparable à celui de la Corée du Sud, à condition toutefois de s’appuyer sur l’innovation et une recherche et développement au diapason des pays les plus avancés, ainsi que sur la formation d’une masse critique d’ingénieurs et de techniciens supérieurs qui mettront le projet sur les bons rails et le mèneront à bon port, à la pointe de la recherche appliquée (aciers à haute résistance, alliages légers, matériaux résistants à la chaleur et à la corrosion, etc.). » souligne M. B..
Je retiens la notion de « masse critique d’ingénieurs » et je pose la question à un doro suivante:
l’université algérienne est elle en train de former cette « masse critique » ou se complaît elle dans la « production » de Douktours* dont l’économie algérienne peut aisément se passer?
Réponse gratuite: si nous visons à matérialiser le slogan «des mines de fer au transistor» (carte à puce), et …une Algérie prospère et puissante », alors, nous devons réorienter nos universités pour qu’elles se mettent à l’école des sociétés** qui dominent l’économie-monde au sein de laquelle nous voulons avoir une place de choix et se concentrent sur la production ………….. d’ingénieurs.
Moralité de l’histoire : il n’y en a aucune à part qu’« une véritable révolution dans le paysage industriel algérien et même au-delà, dans la géopolitique mondiale » exige : une transformation RADICALE de notre système éducatif qui révolutionnerait notre appréhension des choses et des phénomène, en rejetant la recherche de diplômes qui ne servent à rien à part gagner des « galons » dans la hiérarchie et en mettant l’accent sur la science en tant que guide pour l’action
Wa el fahem yefhem
* il est connu et reconnu que:
– la plupart des thèses soutenues en Algérie contiennent une proportion non négligeable de plagiat.
et que:
– ces thèses sont inexploitables car, trop souvent trop éloignées des problèmes concrets qu’affronte la société dans son ensemble.
* Ceux qui ont fait des études à l’étranger ont dû remarquer que les étudiants locaux se concentrent surtout sur leurs études pour obtenir un diplôme d’ingénieur ou de Master et s’engagent rarement pour préparer une thèse de doctorat et que les doctorants sont souvent, pour ne pas dire toujours des étudiants des pays arriérés.
Bizarre, bizarrement bizarre, n’est ce pas ?
Un projet en stand-by aux nombreux atouts.
Gara Djebilet : une vision et une perspective pour construire l’Algérie de demain. Incha Allah.
Tahya El Djazaïr. 🇩🇿
Allah yarham chouhada.