Par Abdelkader S. – La loi sur la criminalisation du colonialisme français en Algérie, discutée par les deux chambres du Parlement réunies, n’est ni une posture conjoncturelle ni une surenchère politique dictée par l’actualité. Elle s’inscrit dans une revendication historique profonde, portée depuis l’indépendance par des générations d’Algériens, au nom de la mémoire, de la justice et de la dignité nationale.
Durant 132 années de domination, de 1830 à 1962, la colonisation a structuré un système fondé sur la dépossession des terres et les crimes contre l’humanité. Les enfumades du XIXe siècle, les expropriations massives, le Code de l’indigénat, les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, ou encore les exactions commises pendant la guerre de Libération nationale, constituent autant d’épisodes documentés par les historiens. Ces faits ne relèvent pas d’une lecture passionnelle de l’histoire, mais d’archives, de témoignages et de travaux académiques reconnus.
Pour beaucoup d’Algériens, qualifier juridiquement ces actes de crimes contre l’humanité n’est pas un acte dirigé contre le peuple français contemporain. Il s’agit plutôt d’une démarche de reconnaissance historique et morale. La mémoire nationale s’est construite autour du sacrifice de millions de martyrs et de victimes civiles. La transmission de cette mémoire ne peut se réduire à une commémoration symbolique, mais appelle désormais une inscription claire dans le droit et dans le discours officiel.
Si certains pourraient estimer qu’un tel projet risquerait de tendre davantage les relations diplomatiques entre Alger et Paris, l’expérience internationale montre que la reconnaissance des crimes du passé, lorsqu’elle est assumée, constitue, au contraire, un préalable à une relation apaisée. L’Allemagne a construit sa réconciliation européenne sur un travail approfondi de mémoire. La demande algérienne s’inscrit dans cette logique universelle : nommer les faits pour dépasser les blessures.
Il ne s’agit pas non plus d’entretenir un ressentiment éternel. La jeunesse algérienne aspire à l’ouverture, à la coopération et à la modernité. Mais elle réclame également le respect de son histoire. La criminalisation du colonialisme français apparaît ainsi comme un acte de souveraineté mémorielle, un hommage institutionnel aux victimes et un message clair adressé aux générations futures : la dignité d’un peuple ne se négocie pas.
Réduire cette revendication à un fait né d’une conjoncture, comme on tente de le faire croire à Paris, reviendrait à méconnaître la profondeur du traumatisme colonial dans la conscience collective. La mémoire n’est pas un slogan politique, mais un pilier identitaire. Et pour nous autres Algériens, la justice historique demeure une étape essentielle vers une relation algéro-française réellement équilibrée et tournée vers l’avenir.
A. S.



Excellente contribution. Certains osent parler de rente mémorielle car ils vivent dans le déni et refusent d’assumer les crimes de leur passé colonial. Le même déni qui explique que l’assemblée nationale française ait attendu le 10 juin 1999 pour reconnaître officiellement la « guerre d’Algérie ». Avant, ils parlaient hypocritement d' »évènements ». Car ils ne veulent toujours pas assumer et mentent sciemment à leur peuple.
Le peuple français n’a pas à porter la responsabilité des crimes de certains de leurs aïeux et d’autres colons issus d’autres contrées européennes venus s’installer en terre algérienne. Par contre, les traumatismes et les blessures de l’Histoire se transmettent de génération en génération. Ils laissent des empreintes émotionnelles et psychologiques profondes.
Tahya El Djazaïr. 🇩🇿
Allah yarham chouhada.
« La honte a mauvaise mémoire ».
Par Gabriel Garcia Marquez / ‘La mala hora’.
Ni pardon ni oubli.
Allah yarham chouhada. 🇩🇿
À bon entendeur.