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Gazoduc, minerais, train Gara Djebilet-Tindouf-Béchar : horizon verdoyant du désert

Une contribution d’Ali Akika – L’image aérienne d’un train roulant à toute vitesse dans l’immensité du désert fouette l’esprit devant le choc visuel provoqué par la beauté de la nature et la technologie de l’homme. L’image de ce train reliant Béchar et Oran nous renvoie à la lutte de l’homme pour maîtriser la nature afin que sa vie soit possible. Pareille aventure a été, de tout temps, une nécessité pour sortir l’homme de la préhistoire et devenir acteur de sa propre histoire.

Après ces phrases d’admiration pour la nature et le travail de l’homme, retenons que ce gigantesque chantier aura des effets sur l’économie et la géopolitique du pays et, in fine, sur l’aménagement du territoire. Le lien «invisible» qui unit ces trois notions n’est autre que le poids lourd du politique. Qui dit politique dit homme en société dont le travail consiste à penser et concrétiser l’architecture d’une société. Au travail s’ajoute le facteur temps, qui devient la cheville ouvrière offrant au politique l’attitude de construire le présent sans sacrifier l’avenir.

Ce lien entre le présent et l’avenir est devenu une nécessité favorisée par l’accumulation du capital (richesse), dont une partie est consacrée au financement des investissements sans lesquels il n’y a point d’horizon lointain. En un mot, c’est l’histoire qui ouvre les horizons : abolition de l’économie de l’esclavage remplacée par l’économie féodale, laquelle fut remplacée par l’économie capitaliste. Et le train de l’histoire nous réservera certainement des surprises, surtout avec l’alliance de l’intelligence de l’homme et de son «bébé» en devenir : l’intelligence artificielle.

Voilà pourquoi les liens dialectiques entre l’économie, la géopolitique et l’aménagement du territoire sautent aux yeux quand on convoque l’histoire, ou simplement quand on observe, de nos jours, l’actualité internationale qui nous aide à identifier l’origine des amitiés entre pays, des guerres, les motivations des agresseurs et la farouche résistance des agressés… Voilà pourquoi le début des travaux du gazoduc nigérian-algérien et l’inauguration du train Béchar-Oran vont avoir des effets susceptibles de bouleverser la géopolitique de l’ensemble de l’Afrique, avec les trois locomotives alliées du continent : l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Algérie.

Que nous racontent le gazoduc Nigeria-Algérie et le train Béchar-Oran ?

Pareils projets de gazoduc traversant tout un continent, avec ses fleuves, montagnes et déserts, décourageraient beaucoup de pays. Et pourtant, ce projet va devenir réalité. Les obstacles de la nature et le coût faramineux de l’ouvrage ont cédé devant les enjeux économiques et géopolitiques des deux pays producteurs de pétrole et de gaz, des matières premières comparables au feu et au sel des sociétés anciennes.

Ni les distances et les obstacles, ni les investissements d’énormes capitaux ne vont contrarier sa construction. Parce que le gazoduc sera une source régulière d’énormes revenus pour le Nigeria et l’Algérie, mais aussi de précieux atouts diplomatiques. Car le gaz est une denrée stratégique pour la proche et riche Europe, à la fois assoiffée et gloutonne de cette énergie vitale pour ses villes et ses industries.

Ce gazoduc Nigeria-Algérie a été préféré à son «concurrent» marocain, quand bien même la monarchie marocaine avait et a ses entrées politiques chez de puissants étrangers, faiseurs de rois. Pour une fois, les capitaux de ces faiseurs de rois ne peuvent pas sauter par-dessus les immenses distances d’un continent et les contraintes politiques des nombreux pays à traverser. Le «rêve» de la monarchie s’est en effet brisé devant l’association Nigeria-Algérie, dont la richesse du sol, mariée aux atouts géopolitiques des deux pays, a pesé en leur faveur, malgré, encore une fois, le poids de puissances étrangères «amies» de la monarchie marocaine.

Quant au train Béchar-Oran, qui vient d’entrer en service, il est d’une importance capitale à la fois politique, sociale et économique. Je mets en premier lieu le facteur politique, car c’est lui qui imprime sa marque et fixe ses objectifs. Dans pareille œuvre économique, la maîtrise des investissements, la sauvegarde de l’environnement et l’aménagement du territoire sont du ressort d’un Etat souverain. Nous sommes loin des calculs comptables propres à une petite entreprise locale, légitimement intéressée par sa rentabilité immédiate.

Avec les minerais de fer dans la wilaya de Tindouf-Béchar, près de la frontière avec le Maroc, on est dans un autre univers où le diptyque politique/géopolitique se mesure à l’aune de l’histoire et du temps. On n’est pas dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati, propice aux mirages, où les gardiens de la frontière sont victimes d’hallucinations. Dans le désert algérien, du côté de Béchar, les minerais suscitent l’appât du gain et attirent les prédateurs.

C’est ainsi que le roi Hassan II, après avoir lamentablement échoué à conquérir la Mauritanie, eut l’idée saugrenue de revendiquer une partie du territoire algérien et de partir en guerre contre l’Algérie une fois le colonialisme français défait par les armes de l’Algérie combattante. Je reviendrai plus loin sur l’acharnement de la monarchie dans sa prédation à l’encontre du Sahara occidental après son échec avec la Mauritanie.

Un tel réseau ferroviaire Béchar-Oran, outre les retombées économiques directes, va transformer le visage démographique et urbain de la région, nécessitant un aménagement du territoire pour favoriser des pôles intégrés de développement agricole, industriel et touristique. Il est un facteur que l’on oublie souvent de citer dans l’aménagement d’un territoire : ce sont les routes et les réseaux ferroviaires, qui facilitent évidemment la circulation des biens et des populations, mais aussi les déplacements des troupes et le transport de toute la logistique d’une armée… L’actualité nous offre, aussi bien en Ukraine qu’au Moyen-Orient, moult exemples de l’importance des transports et des communications en général.

Le désert, gardien d’une mémoire et horloge du temps qui passe

En écrivant cet article sur cette région que j’ai traversée, me viennent à l’esprit la beauté et la poésie de ces immenses contrées que j’ai filmées. L’art cinématographique est fascinant parce qu’il fait appel à tous les arts pour «refléter» la réalité avec poésie.

Je pense à ces deux films admirables : Bagdad Café, film américain, et 143 rue du désert, film algérien de Hassan Ferhani, où la poésie des lieux et les sensations des voyageurs que provoquent ces contrées nous font oublier les lieux communs du silence et de la solitude collés au désert.

Ceci pour dire que le train qui va relier les villes de Béchar et d’Oran va faire naître des petits «Bagdad Café» et des «143 rue du désert». Je terminerai ce chapitre sur l’aménagement du territoire en rappelant, outre les antiques civilisations des déserts, l’importance des transports dans une région frontalière du pays qui a subi une attaque de la monarchie marocaine en 1963, alors que l’Algérie venait de sortir de la guerre.

Une guerre qui a vu des volontaires de toutes les régions du pays se rendre sur le champ de bataille dans des camions bondés. Volontaires d’un peuple prêt à défendre son pays contre un voisin qui guettait le moment opportun pour s’accaparer le pays d’Abdelkader, d’El-Mokrani et du groupe des 22 qui ont déclenché le 1er novembre 1954, un pays libéré par un fleuve de sang de ses habitants. Geste symbolique de ces volontaires, souvent ex-djounoud de l’ALN, accourus pour aider l’ANP qui avait fait reculer les troupes de la monarchie. Une monarchie qui a fermé et continue de fermer les yeux sur deux villes marocaines au nord, toujours colonisées par l’Espagne.

Après l’économie, le politique gère l’Etat à l’intérieur de son territoire sans négliger son ou ses voisinages, avec lesquels il entretient des relations politiques et commerciales. De nos jours, ces relations ne se limitent pas à l’histoire et à la géographie de l’environnement, mais s’ouvrent à de lointains pays sous la pression des intérêts économiques ou par affinités politiques et idéologiques.

L’importance de l’aménagement d’un territoire

Si l’on jette un œil sur l’histoire d’un pays, on constate que la construction des villes et des villages s’effectue selon des critères précis : au bord de la mer, d’un fleuve, selon la qualité du sol pour l’agriculture ; en un mot, en fonction de la viabilité économique du territoire, de la facilité des échanges avec le voisinage et de la défense des lieux.

De nos jours, le concept de défense n’a pas disparu, mais il bénéficie de mises à jour pour s’adapter à la situation de l’époque. Ce qui n’a pas disparu et ne risque pas de disparaître, c’est l’occupation du territoire par ses habitants, qui y vivent et y travaillent, participant ainsi indirectement à la défense du pays. Qui dit peuplement du territoire dit multiples infrastructures de transport et de déplacement rapides, qui facilitent, en temps de guerre, d’aller au-devant de l’ennemi et de lui faire payer le prix de ses prétentions arrogantes, qui plus est teintées d’une mentalité tribale et féodale.

Gazoduc africain, train Béchar-Oran : le réel chasse les illusions

Le gazoduc africain était et reste une histoire d’investissements lourds en capitaux, de capacités techniques, mais aussi d’alliance avec le temps, qui mesure la rentabilité de l’œuvre en gain d’histoire, en protection du territoire et en capacité d’imposer le respect à tout envahisseur.

A l’évidence, le Maroc n’avait ni les capitaux ni de gaz à vendre, et la construction du «gazoduc» sur le territoire marocain n’était ni une petite balade ni une poétique ballade pouvant passer outre la souveraineté des autres pays traversés. Les Etats concernés ne sont pas prêts à offrir leur territoire pour de misérables impôts, au détriment de terres fertiles saccagées.

Nul besoin de calcul savant pour déduire que le «gazoduc» du monarque ne faisait pas le poids face à celui du Nigeria-Algérie, traversant trois pays dont deux sont propriétaires du gaz exporté directement sur le marché européen. Défiant les réalités politiques et financières, l’imagination fertile des cerveaux du monarque pensait berner un monde où, hélas, le dollar est encore le nerf de la guerre. Mais c’était sans compter sur le bloc Nigeria-Algérie, détenteur du «sel de la terre» – le gaz ou le pétrole d’aujourd’hui – et d’une posture géostratégique majeure : le Nigeria ouvert sur l’Atlantique, l’Algérie baignant dans les rivages de la Méditerranée.

Bref, on voit mal des capitalistes étrangers investir leur argent pour les beaux yeux de la monarchie marocaine, qui n’est pas productrice de gaz et n’a ni les moyens financiers ni les moyens politiques pour obtenir les autorisations d’enterrer des tuyaux dans une dizaine de pays qui refuseraient de bénéficier de clopinettes – en argot – et, en «bon» français, de miettes de dollars.

Mais avant que les réalités économiques et géopolitiques ne s’imposent à la monarchie, il faut savoir que Hassan II avait joué la carte des bons sentiments pour berner les bonnes âmes. Il imagina un argumentaire fondé sur des bobards et des fantasmes, plus faciles à faire gober en Occident, et particulièrement en France.

Ainsi, pour Hassan II, l’Algérie aidait le Polisario non par solidarité, mais par motivations politiques et stratégiques. L’Algérie chercherait, selon lui, ce grand «historien» et «stratège», à obtenir une ouverture sur l’Atlantique à travers le Sahara occidental pour exporter ses minerais de la région de Tindouf et de Béchar. En vérité, à travers cette accusation, le roi cherchait à cacher ses véritables visées sur le Sahara occidental.

Hassan II savait que son pays ne se rendrait jamais maître de Ceuta et Melilla, qui contrôlent le stratégique détroit de Gibraltar. Il s’était rendu compte aussi que le rêve mauritanien n’était pas à sa portée et s’était évaporé, la France ayant choisi la Mauritanie pour ses intérêts dans le Sahel. Quant à l’Algérie, la guerre de 1963 a enterré à jamais ses prétentions sur un pays qui s’est libéré sans abandonner à quiconque un mètre carré de son territoire.

En réalité, Hassan II souffrait de l’isolement géographique de son pays, pris en sandwich entre l’Espagne au nord, l’Algérie à l’est et la Mauritanie au sud-ouest. Ne restait que le Sahara occidental, qui lui offrirait une porte d’entrée vers la vaste et profonde Afrique.

Ce n’est donc pas l’Algérie qui peut souffrir de claustrophobie, ni aujourd’hui ni demain, avec sa vue sur la Méditerranée et son accès à l’Atlantique par le si proche détroit de Gibraltar, et, cerise sur le gâteau, ses nombreuses portes d’entrée en Afrique alignées sur des milliers de kilomètres de frontières.

Conclusion

Comme j’ai lu, sur les réseaux sociaux, tant de choses à boire et à manger sur le train Béchar-Oran, je voulais porter un regard sur le développement économique, lequel ne se limite pas à cette «science» économique des écoles de «science politique».

J’ai préféré regarder du côté d’un slogan publicitaire : «Un train peut en cacher un autre», trouvaille d’un as de la communication pour permettre aux têtes en l’air de rester éveillées avant de traverser les rails d’un chemin de fer. Ce conseil devrait servir de repère à toute réflexion et analyse sur les secrets du développement économique, qui doivent beaucoup au raisonnement dialectique venu de la Grèce, patrie d’Homère et d’Héraclite.

C’est ce raisonnement qui m’a fait parler du cinéma, comme Bagdad Café et 143 rue du désert, qui apportent leur petite pierre à l’éclosion de la vie dans des régions éloignées. Pareils films occupent une grande place dans le cinéma, car le désert, outre le fait d’être un territoire propice aux grandes pensées universelles, est aussi le royaume des amours de majnoun et Leïla.

En France, cet amour nomade inspira Le Fou d’Elsa de Louis Aragon, et, dans l’Angleterre du XVIe siècle, la tragédie Roméo et Juliette de William Shakespeare.

A. A.

11 Commentaires

    • Bonjour Aissa .

      En 1986 , 40 ans en arrière donc , des copains et moi prenions le train Alger / Mohammadia puis un autre Mohammadia / Bechar pour rentrer à notre caserne . Le train n’allait pas très vite comparativement à ce que je connaissais en Europe mais il était flambant neuf et climatisé ,déjà à cette époque .

      Ces lignes de voies ferrées nouvellement construites ( une qui monte au nord et un autre qui rejoint le sud ) servent évidemment pour le transport de marchandises ,de minerais et de passagers d’où les gares toutes jdida.

      A n’en pas douter ,de nouvelles villes vont éclore le long de cette artère d’acier .Chacune avec ses industries et les infrastructures qui vont avec ( Hôpitaux ,écoles, maillages routiers ,etc. ) Il ne manque que l’eau, sans elle pas de vie .

      Dernièrement, lors du congrès des pays africains à Addis Abbeba (Ethiopie) certains représentants de notre continent ont approché notre délégation ,la questionnant sur nos projets de stations de dessalement en plein désert .
      Notre but étant de profiter de la plus grande nappe d’eau souterraine au monde ,là sous nos pieds.
      Seulement cette eau est très souvent saumâtre , impropre à l’homme comme à l’agriculture .
      Alors Tonton Tebboune a dit  » vous êtes ingénieurs alors soyez ingénieux et vite et celui qui me trouve une solution viable à ce problème je lui paye le café ( humour perso ). »

      Il est même prévu d’alimenter ces stations du désert en partie avec du photovoltaïque .

      Dorénavant ,tous nos frères africains savent que nous maitrisons ce genre de projet de bout en bout . Les ressources humaines, matérielles et financières sont 100% Dz . Nous construisons vite ,bien et ca marche . Nos stations nouvellement inaugurées le long de nos côtes en sont une preuve flagrante.

      Ps : on m’annonce qu’au kibboutz de l’ouest la cour et sa basse-cour sont en PLS depuis que le train Oran/ Béchar siffle plus que 3 fois par jour .

      Saha F’tourek

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      • Oui , mais la nappe albienne elle c’est de l’eau de source ou de l’eau minérale en plus c’est un océan sous nos pieds 180000 milliards de m3 .
        Oui cher monsieur.

      • Salut Saha Ftourek 
        Tu es chanceux, tu as pris ce train 1986 en plus climatisé. Moi, je l’ai pris en rentrant d’une permission de 7 jours quelques mois après le séisme d’El Asnam (maintenant Chlef).
        C’est un jour de ramadan, juillet 1981, une fois à El Asnam, le train commence à ralentir. À cause des rails, et El Asnam est réputé pour la grande chaleur. Les pauvres gens n’ont pas pu résister.
        Il faut être Superman pour finir la journée. 
        Classe 61B, normalement 60A.
        Saha Shorek.

      • Merci , alors on va faire quelque chose d’intéressant en tout cas moi je vais participer a ce développement .

        VIVE L’ALGERIE .

    • Salam ,Il y a des lignes commercial et de voyageurs elles ont été mise en service palalelement ,des t.e.r français et bientôt inchallah un train a grande vitesse chinois réputé pour leurs vitesse et confort sur ce réseau tindouf-oran le réseau ferré algériens s’agrandit et ce modernise .

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  1. En Algérie, la traversée du désert ne signifie pas période de difficultés et échecs mais projets et espoir de réussites.

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  2. Pour bien me faire comprendre, et ne plus être censuré par le modérateur, je renvoie l’excellente plume au célèbre discours de John F. Kennedy déclarant : » tous les problèmes ne sont pas résolus et toutes les batailles ne sont pas gagnées – et. Nous nous trouvons aujourd’hui à l’aube d’une Nouvelle Frontière…Mais la Nouvelle Frontière dont je parle n’est pas un ensemble de promesses -c’est un ensemble de défis. »

    Plus que jamais, nous devons parler vrai et dépenser notre énergie à bon escient condition sine qua non pour que l’Algérie s’éveille et regarde devant vers un avenir meilleur.

    Fraternellement lhadi
    ([email protected])

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  3. Je vois L Algérie comme la conquête du dessert le potentiel énorme de terrains ou il ya le train il ya la vie et des villes dans 30 ans ce tronçon sera peupler de nouvel ville dommage je serai plus de ce monde pour voir ca

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  4. Je vois L Algérie comme la conquête du dessert le potentiel énorme de terrains ou il ya le train il ya la vie et des villes dans 30 ans ce tronçon sera peupler de nouvel ville dommage je serai plus de ce monde pour voir ca .

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  5. J’y demande mes compatriotes algériens qu’on ne doit critiquer dinegrer le travail quelques soit le résultat, aidons les piur s’améliore

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