Par Abdelkader S. – A la suite de la victoire des Bleus (2-0) face au Maroc, de nombreuses scènes de liesse ont été observées dans plusieurs villes d’Algérie, suscitant des interprétations parfois hâtives. Certains y ont vu une démonstration de soutien à l’équipe de France. Or, une lecture plus attentive des événements conduit à une analyse différente. En effet, ces célébrations traduisaient davantage la satisfaction de voir le Maroc éliminé que l’expression d’un attachement à la France.
Cette interprétation trouve un écho dans les rassemblements organisés à proximité de la frontière algéro-marocaine. Les slogans entendus et les gestes observés visaient principalement à railler les supporters marocains, leur rendant ainsi la monnaie de leur pièce. Ces manifestations de joie étant une réponse aux moqueries dont les Verts avaient fait l’objet après leur élimination. Il s’agissait donc d’un «retour à l’envoyeur» plutôt que d’un hommage rendu à la sélection française.
L’élément le plus probant est l’absence totale de drapeaux français lors de ces rassemblements. Si l’objectif avait été de célébrer la France, la présence de l’emblème tricolore aurait pu sembler naturelle. Or, les manifestations ont essentiellement mis en avant des symboles algériens, tandis que les chants et les slogans étaient principalement dirigés contre l’adversaire marocain.
Cette retenue s’explique en toute logique par le poids de l’histoire. Les relations entre l’Algérie et la France restent profondément marquées par cent trente-deux années de colonisation et par une guerre de Libération nationale particulièrement meurtrière. Les expropriations, les tortures, les exécutions sommaires et les nombreuses souffrances endurées durant la terrible nuit coloniale occupent toujours une place centrale dans la mémoire collective des Algériens. Aussi brandir le drapeau français, même dans un contexte festif, est une offense à la mémoire des martyrs de la Révolution et aux lourds sacrifices consentis pour l’indépendance du pays.
Cela ne signifie pas que les Algériens nourrissent unanimement une hostilité envers la France ou les Français. Les relations humaines, culturelles et économiques entre les deux peuples sont nombreuses et complexes. Mais la mémoire de la période coloniale demeure un sujet sensible qui continue d’influencer les perceptions et les symboles. Les Algériens ont choisi d’aller de l’avant et de privilégier l’apaisement, sans pour autant effacer de leur mémoire les dures épreuves du passé.
Ainsi, les scènes de joie observées après la victoire des Bleus contre le Maroc relevaient moins d’un soutien à la France que de l’expression d’une réaction à une provocation et d’un sentiment de revanche sportive à l’égard du voisin de l’Ouest, dans un contexte où le poids de l’histoire demeure un facteur essentiel de compréhension.
A. S.



C’est un peu comme en politique lors d’un deuxième tour d’une élection. Ne pas voter pour mais contre un candidat. Le choix contraint.