Par Mehenna H. – Alors que la planète vacille sous l’effet de secousses géopolitiques majeures, la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies aurait dû imposer gravité, hauteur de vue et responsabilité. Les guerres font rage au Moyen-Orient et en Ukraine, entraînant une crise énergétique et économique mondiale rarement égalée qui menace les fondations mêmes de la stabilité internationale. Entre inflation galopante, menaces de récession et risques de black-out généralisés, l’humanité fait face à un séisme mondial imminent si ces deux brasiers ne cessent pas au plus tôt. Pourtant, c’est dans ce contexte de péril absolu que le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a choisi d’offrir au monde un monologue lunaire, un exercice diplomatique profondément déconnecté des réalités, entièrement bâti de chimères et de fictions politiques.
Devant une communauté internationale accablée par des urgences vitales, le représentant du Makhzen a cru bon de marteler ses propres fantasmes sur le dossier du Sahara Occidental. Dans une tentative grossière d’imposer le fait accompli, il a allégué que le plan d’autonomie marocain constituait désormais la «base unique» des discussions. Ce mensonge éhonté insulte l’intelligence collective des nations.
En vérité, cette approche biaisée est fondamentalement contraire au droit international tant elle consacre la colonisation par la force d’un territoire en attente de décolonisation. Les résolutions successives du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU sont pourtant limpides : elles inscrivent invariablement la question sahraouie dans le cadre du droit inaliénable des peuples à l’autodétermination. Même parmi les rares capitales qui apportent un soutien de façade à la position marocaine, aucune ne la qualifie de «solution unique». Pour ces partenaires, elle n’est présentée que comme une simple option possible parmi d’autres, assortie d’une condition sine qua non : qu’elle soit acceptée par la partie sahraouie. Or, le peuple sahraoui, par la voix de son représentant légitime, le Front Polisario, rejette catégoriquement cette proposition, tant dans le fond que dans la forme. Prétendre le contraire relève d’une profonde cécité politique vouée à l’échec.
Non content de travestir la portée du soutien international, Bourita s’est embourbé dans des manœuvres de diversion éculées pour fuir ses responsabilités directes de puissance occupante. En évoquant obstinément l’existence de «quatre parties au conflit», la diplomatie marocaine cherche désespérément à induire la communauté internationale en erreur. L’objectif est transparent : impliquer de force l’Algérie et la Mauritanie pour transformer une question claire de décolonisation bilatérale en une querelle régionale factice.
Cette rhétorique s’effondre une fois de plus face à la légalité internationale. L’ONU ne s’y trompe pas : l’Algérie et la Mauritanie ne sont en aucun cas des parties prenantes au conflit, mais disposent du statut officiel et exclusif d’observateurs dans le processus politique. En s’obstinant à nier l’existence de son seul et unique vis-à-vis pour fuir les négociations directes, le régime de Rabat choisit la politique de l’autruche.
En somme, ce discours prononcé à New York témoigne d’un isolement intellectuel alarmant. Au lieu de s’inscrire dans le sens de l’histoire en respectant les principes de la charte de l’ONU, le Maroc préfère s’enfermer dans un narratif artificiel. Une posture arrogante qui, à l’heure des périls mondiaux, ne suscite plus que le désintérêt ou l’agacement des nations conscientes de l’urgence de la paix.
M. H.


