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La caste et les parias

Par Saliha Fayez – La révolte des lycéens français n’est pas un caprice adolescent. C’est le sursaut lucide d’une jeunesse qui refuse de jouer à un jeu dont les dés sont définitivement pipés. En descendant dans la rue, ces élèves ont compris l’amère réalité que l’institution scolaire tente désespérément de leur masquer : le système méritocratique est mort, et les études ne leur offrent plus rien.

Pendant qu’on exige de la masse des efforts et des sacrifices, le sommet de l’Etat reste le domaine réservé des pantouflards et des enfants gâtés de la République. Le modèle français actuel ne produit plus de grands destins par le travail, il perpétue une caste. Les carrières y sont tracées à l’avance pour une élite hors sol, façonnée dans les mêmes moules et nourrie des mêmes ambitions de carrière précoces.

Qu’ils se nomment Emmanuel Macron, Gabriel Attal ou Jordan Bardella, ces figures de la politique moderne partagent la même caractéristique : ils n’ont pour seule compétence que le baratin. Ce sont des politiciens professionnels nés dans le confort d’un système qui s’auto-entretient, tandis que le pays réel s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise économique et le déclin social.

Cette colère des lycéens n’est que le prélude d’une explosion sociale majeure, prévisible depuis des mois, voire des années. Le point de rupture est atteint. Pendant que les familles françaises souffrent au quotidien pour remplir leur Caddie et payer leurs factures, l’argent public prend des directions qui révoltent à juste titre la population. D’un côté, des milliards de dollars et d’euros sont engloutis dans le financement de la guerre en Ukraine, alimentant un conflit lointain au détriment des services publics intérieurs. De l’autre, les nababs qui gouvernent le pays affichent une indécence financière insupportable pour la majorité des citoyens qui s’enlisent dans une pauvreté extrême.

Le spectacle de cette gouvernance est devenu intolérable pour eux. Entre les salaires mirobolants de la haute administration, les privilèges d’un autre temps, les dîners de rois dans les palais nationaux et les réceptions fastueuses, la gabegie d’Etat donne la nausée.

Cette déconnexion totale entre la misère des classes moyennes et l’opulence des dirigeants ne pouvait mener qu’à l’affrontement. La jeunesse, première victime de ce verrouillage social, vient de sonner le tocsin. Si le pouvoir choisit d’ignorer ce signal, le réveil de l’ensemble du corps social risquera d’être brutal.

S. F.

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