Par Nabil D. – L’adoption du projet de loi de finances (PLF) pour 2027 en Conseil des ministres, sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, marque un tournant structurel majeur pour l’économie nationale. Ce budget, le plus colossal de l’histoire du pays, traduit une feuille de route ambitieuse axée sur la croissance, le renforcement du pouvoir d’achat et la modernisation des infrastructures. Le gouvernement table désormais sur des dépenses globales inédites s’élevant à 17 882,6 milliards de dinars (environ 147,8 milliards de dollars), s’inscrivant dans un cadre pluriannuel où l’enveloppe budgétaire devrait atteindre 18 006,5 milliards de dinars en 2028, puis 18 978,2 milliards de dinars en 2029, soit une croissance annuelle moyenne des dépenses de 2,3%. En face, les prévisions macroéconomiques sont optimistes, tablant sur un taux de croissance de 4,2% pour l’année 2027 et une inflation maîtrisée autour de 4%, tandis que le Produit intérieur brut (PIB) aux prix courants devrait bondir à 53 122 milliards de dinars avant de culminer à 63 833,6 milliards de dinars à l’horizon 2029.
Pour soutenir cette dynamique, l’Etat valide une augmentation historique de la masse salariale globale qui dépassera les 6 087 milliards de dinars en 2027, représentant près de 34% du budget global de l’Etat. Ce volet, qui progresse de 2,7% par rapport à l’exercice précédent, intègre l’impact financier des promotions professionnelles, des révisions des régimes indemnitaires et surtout une vague massive de recrutements. Le texte prévoit en effet la mobilisation de 125 675 postes budgétaires, répartis entre la création nette de 82 940 nouveaux emplois et l’absorption de 42 727 postes vacants. Le secteur de l’Education nationale s’impose comme le principal bénéficiaire de cette politique de l’emploi avec 46 223 postes ouverts, suivi de près par la Santé qui capte 28 329 postes, témoignant de la volonté de renforcer les services publics essentiels parallèlement à la mise en exploitation de 858 nouvelles structures et unités administratives à travers le pays.
Au-delà de la fonction publique, la politique sociale reste le pivot de la gouvernance, matérialisée par des dépenses de transfert atteignant 4 415,35 milliards de dinars en crédits de paiement. Ces fonds sont alloués en priorité au soutien des équilibres du système de retraite via une dotation de 355,84 milliards de dinars à la Caisse nationale des retraites, au Fonds national de solidarité, ainsi qu’au maintien des subventions des produits de large consommation, à l’instar de l’enveloppe de 120 milliards de dinars fléchée pour stabiliser les prix du sucre, de l’huile et de la farine.
En parallèle, le gouvernement engage un effort d’investissement public massif avec 3 825,9 milliards de dinars de crédits de paiement dédiés à l’équipement. Le secteur de l’habitat se taille une part de lion dans cette stratégie avec un objectif titanesque de réalisation d’un million de logements toutes formules confondues, incluant 140 000 logements publics locatifs (LPL), 600 000 logements ruraux et 200 000 aides à la construction rurale, stimulant au passage le secteur du bâtiment dont la croissance prévisionnelle est estimée à 5,3% sur la période 2027-2029.
Sur le plan macro-budgétaire, l’Algérie adosse ses projections à des hypothèses prudentes, maintenant un prix de référence du baril de pétrole à 80 dollars (et un prix du marché à 70 dollars), avec un taux de change stabilisé à 121 dinars pour un dollar, anticipant néanmoins un recul progressif des recettes de la fiscalité pétrolière. Cette politique de relance par la dépense publique engendre mécaniquement une hausse significative des charges de la dette publique qui grimpent à 838 milliards de dinars, soit une augmentation de 48% par rapport à 2026, principalement absorbée par les intérêts de la dette intérieure. Porté par cette audace financière, le texte est désormais soumis au Parlement qui dispose, constitutionnellement, d’un délai maximal de 75 jours pour débattre et adopter ce projet de loi qui ambitionne de pérenniser les acquis sociaux tout en accélérant la transition vers une économie diversifiée hors hydrocarbures.
N. D.


