Par Abdelkader S. – La signature d’un «accord de coopération stratégique», ce dimanche 1er novembre, entre le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine et Saddam Haftar à Benghazi marque un tournant géopolitique majeur au Sahel. Pour les observateurs de la région, cette poignée de main scelle un revirement spectaculaire du clan Haftar. Jusqu’alors perçu comme un soutien de l’ombre aux mouvements rebelles hostiles au pouvoir à Niamey, l’appareil militaire de l’Est libyen a choisi la voie de la diplomatie et de la sécurisation frontalière. Ce virage à 180 degrés ne doit rien au hasard : il est la conséquence directe du déploiement sans précédent de l’armée algérienne dans le nord du Niger.
Pendant des mois, le sud de la Libye, sous le contrôle théorique de l’Armée nationale libyenne (ANL) des Haftar, a servi de sanctuaire et de base arrière logistique à divers groupes armés nigériens, notamment le Front patriotique de libération (FPL). Ces factions menaçaient directement le pouvoir du général Abdourahamane Tiani à Niamey. Face à cette instabilité chronique à ses portes, l’Algérie a décidé de briser le statu quo. En déployant ses troupes hyper-équipées dans le nord du Niger, précisément dans les zones stratégiques de Madama et Kafra, l’Armée nationale populaire (ANP) a tracé une ligne rouge physique et politique.
Pour le maréchal Khalifa Haftar et son fils Saddam, ce déploiement algérien a radicalement modifié le rapport de force. Face à la puissance de feu et à la doctrine de sécurité nationale de l’Algérie, la posture agressive de Benghazi est devenue intenable. Continuer à fermer les yeux sur les incursions rebelles au Niger exposait le clan Haftar à une confrontation asymétrique directe avec la puissante armée algérienne, un scénario jugé suicidaire. De plus, Moscou, parrain militaire de Benghazi à travers le Corps africain (ex-Wagner) mais également partenaire historique d’Alger, a fermement poussé à la désescalade, indiquent des sources proches du dossier.
Dès lors, la stratégie de Saddam Haftar s’est orientée vers le réalisme politique. En signant ce protocole d’accord, l’héritier de l’Est libyen fait d’une pierre deux coups. D’une part, il offre à Niamey les garanties sécuritaires tant réclamées en s’engageant à verrouiller la frontière libyenne, privant les rebelles nigériens de leur base de repli. D’autre part, en s’affichant aux côtés d’un Premier ministre souverain, le fils de Haftar poursuit sa quête obsessionnelle de respectabilité internationale, cherchant à se positionner désormais comme un interlocuteur étatique incontournable, loin de l’image de chef de faction.
Le clan Haftar a préféré négocier une paix froide avec le Niger plutôt que de subir les foudres de l’Algérie, résolue à défendre ses intérêts stratégiques dans la région par tous les moyens, y compris militaires, désormais.
A. S.



Affaire à suivre.