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L’illusion des urnes

Par M. Aït Amara – Les optimistes naïfs se plaisent à décortiquer chaque scrutin américain comme s’il s’agissait d’un virage civilisationnel. Au lendemain de ces élections de mi-mandat, les gros titres s’enflamment, prédisant un bouleversement géopolitique majeur. Pour ceux qui crient victoire en espérant que Washington va soudainement faire preuve de mansuétude avec l’avènement d’une nouvelle majorité, il est grand temps de tempérer les ardeurs. Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir abattu est une erreur chronique : la façade démocratique américaine change de couleur, mais la mécanique profonde de l’empire reste inchangée.

Pourquoi ce statu quo est-il inébranlable ? Parce qu’aux Etats-Unis, le véritable pouvoir ne réside ni à la Maison-Blanche, ni au cœur du Congrès, ni sous les dorures du Sénat. Qu’un président s’appelle Trump ou Biden, les locataires du Bureau ovale ne sont que les visages éphémères d’une doctrine dictée par un véritable Etat profond. Au sein de cette architecture d’influence se trouve un organisme d’une puissance financière et politique redoutable : l’AIPAC. Ce lobby sioniste ultra-puissant, véritable pilier de la politique étrangère américaine, transcende les clivages partisans. Il dicte les lignes rouges, oriente les budgets militaires et aligne la diplomatie de Washington sur ses propres intérêts stratégiques. Face à cette force structurelle, les promesses de campagne s’évaporent systématiquement devant la réalité du financement politique.

Au-delà des cercles d’influence, la nature même de la fonction présidentielle américaine impose une réalité cynique. L’histoire l’a prouvé : chaque président américain a viscéralement besoin de «sa» guerre pour asseoir sa légitimité, fédérer une nation divisée et prouver aux yeux du monde qu’il est un bon shérif. De plus, la machine militaro-industrielle des Etats-Unis a structurellement besoin de fabriquer des ennemis, réels ou fantasmés, pour justifier le maintien d’une superpuissance économique et militaire qui n’est parfois plus que fictive.

Ces élections primaires américaines n’auront donc été qu’un énième exercice de diversion démocratique. Le théâtre politique change d’acteurs, mais le scénario reste écrit à l’avance par les maîtres de l’ombre. Espérer un changement de cap humaniste de la part de Washington relève de l’aveuglement volontaire. Le shérif continuera de faire régner sa loi, non pas pour le bien commun, mais pour satisfaire les exigences d’un système qui ne survit que par le conflit et l’allégeance aux lobbys.

M. A.-A.

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