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De l’insulte à la main tendue empoisonnée : la feinte cynique de Retailleau envers l’Algérie

De Paris, Saliha Fayez – Bruno Retailleau tente aujourd’hui un virage aussi opportuniste que grossier sur la question algérienne en faisant mine de tourner sa veste à l’approche de l’échéance présidentielle. Face aux caméras, celui qui a bâti une grande partie de sa carrière sur la fibre identitaire feint désormais de vouloir «normaliser» les relations de pays à pays. Il prétend vouloir extirper le lien franco-algérien du registre affectif dans lequel Emmanuel Macron l’aurait enfermé. Tout en répétant à l’envi qu’il n’acceptera jamais que la France soit «humiliée», l’ancien ministre s’empresse d’ajouter une nuance commode : «Je désigne un régime, le régime algérien. Pas le peuple algérien qui est un très grand peuple», s’écrie-t-il sur un de ces plateaux de télévision habituels sans lesquels il n’existerait pas.

Ce soudain élan d’estime pour le «grand peuple» algérien résonne de manière particulièrement fausse à la lueur de ses déclarations passées. L’histoire politique récente se souvient, en effet, d’un tout autre Bruno Retailleau. En 2023, le même homme déclarait sans sourciller au micro de Sud Radio : «La colonisation, c’est bien entendu des heures qui ont été noires mais c’est aussi des heures qui ont été belles, avec des mains tendues.» Quelques mois plus tard, il enfonçait le clou en affirmant sur LCI que «l’Algérie pense avoir un droit de tirage mémoriel perpétuel». Pendant des années, son fonds de commerce a consisté à exiger la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, agitant le spectre d’un prétendu privilège migratoire. Voir aujourd’hui ce chantre de la «fermeté» adoucir son discours et flatter le peuple algérien pour se tailler un costume de diplomate relève de la pure contorsion.

Cette tentative de dissociation entre le pouvoir et les citoyens est le pivot d’une stratégie de séduction à double détente. Pour un homme politique en quête de stature présidentielle, l’Algérie reste un filon inépuisable, simplement exploité aujourd’hui dans le sens inverse de ses obsessions passées. Pour tenter de se frayer un chemin, Bruno Retailleau profite cyniquement d’un contexte hexagonal en pleine déliquescence. Il mise sur un climat social chaotique marqué par une fin de règne macronienne désastreuse, sur la montée fulgurante d’une extrême-droite qui sature l’espace électoral, et sur l’influence croissante de Jean-Luc Mélenchon qui polarise le débat à gauche. En tendant subitement la main, le candidat de la droite cherche à se positionner en homme d’Etat pragmatique capable de débloquer les crises géopolitiques, tout en maintenant sa posture de force face à un «régime» étranger qu’il s’empresse de diaboliser.

Pourtant, cette grille de lecture trahit un profond cynisme et une inversion totale des réalités. En pointant du doigt «l’oligarchie d’Alger» pour mieux amadouer la population, Bruno Retailleau feint d’oublier la situation de son propre pays. La France qui se bat, qui manifeste et qui crie sa colère contre la faillite économique et sociale n’a plus rien à voir avec ses propres dirigeants. Il est piquant de voir un représentant de cette élite politique française corrompue, qui a conduit le pays dans l’impasse budgétaire et démocratique, donner des leçons de légitimité populaire.

Ce faux revirement tardif révèle surtout l’agenda caché d’un candidat prêt à réécrire ses propres convictions pour exister médiatiquement dans une France fracturée. Une manœuvre rhétorique qui risque fort de ne duper personne, ni d’un côté de la Méditerranée ni de l’autre.

S. F.

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