Par Mehenna H. – Le rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie a ouvert à Rabat un front d’inquiétude inattendu, celui de la coopération judiciaire. Après plusieurs années de brouille, Madrid et Alger ont décidé de tourner la page. Pedro Sanchez a annoncé en juillet une nouvelle étape dans les relations bilatérales, avec une réunion de haut niveau prévue en octobre et un renforcement de la coopération sécuritaire et judiciaire. L’Algérie est par ailleurs devenue le premier fournisseur de gaz de l’Espagne en 2026.
Pour le Maroc, dont les relations avec Madrid demeurent étroitement liées au dossier du Sahara Occidental, cette normalisation ne peut être regardée avec indifférence. Mais le véritable sujet, moins visible, est celui des personnes recherchées par la justice algérienne et installées en Espagne ou en France. Car Madrid a déjà montré, en 2021, qu’elle pouvait procéder à la remise d’un opposant algérien aux autorités de son pays.
Le cas de l’ancien gendarme Mohamed Abdellah reste emblématique. Arrivé en Espagne après avoir demandé l’asile, il fut expulsé vers l’Algérie en août 2021, alors qu’il avait été condamné par contumace à vingt ans de prison. Le précédent est d’autant plus sensible que Mohamed Benhalima, autre félon, avait précisément fui vers la France après avoir appris que l’Espagne envisageait son éloignement.
Dans ce contexte, une question peut légitimement hanter les cercles marocains : que se passerait-il si une coopération judiciaire renforcée entre Alger et ses partenaires européens conduisait à la remise de certains activistes aujourd’hui protégés par l’exil ? Et surtout, que pourraient-ils révéler ?
C’est ici que l’hypothèse devient politiquement explosive. Certains renégats algériens installés en France sont devenus des relais de Rabat qui participent à une stratégie d’influence marocaine visant à déstabiliser l’Algérie et à promouvoir les intérêts du Maroc sur le dossier du Sahara Occidental.
La nervosité est perceptible dans les outils de propagande marocains qui consacrent de nombreux articles aux extraditions d’«opposants algériens» et aux supposées «barbouzeries» d’Alger en Europe.
Le paradoxe est cruel pour Rabat. En effet, plus Alger normalise ses relations judiciaires avec l’Europe, plus la question de ses ressortissants recherchés réfugiés en France ou en Espagne revient sur le devant de la scène. Et plus ces dossiers deviennent judiciaires, moins ils peuvent être contrôlés politiquement.
C’est cela, au fond, que redoute le plus le pouvoir marocain, non pas seulement l’extradition de quelques individus, mais la possibilité que des procédures judiciaires fassent émerger des témoignages et des réseaux que le Makhzen aurait préféré maintenir dans l’ombre.
M. H.


