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François Mitterrand, la guillotine et l’Algérie : le passé que la gauche française préfère taire

Par M. Aït Amara – Il y a le Mitterrand de 1981, celui que la gauche célèbre pour avoir fait abolir la peine de mort. Et puis il y a le Mitterrand de 1956, ministre de la Justice d’un gouvernement français engagé dans une guerre coloniale, qui assumait la répression et validait les exécutions de militants algériens. Entre les deux, vingt-cinq années ne suffisent pas à effacer une contradiction historique majeure.

Dans un entretien accordé à AL24 News, l’historien Benjamin Stora revient sur cet épisode longtemps marginalisé dans le récit politique français. Son constat est sans ambiguïté : «Au début de la Guerre d’Algérie, François Mitterrand est un partisan résolu de l’Algérie française.» L’homme qui deviendra le champion de la gauche française ne conçoit alors même pas l’existence d’une nation algérienne distincte. «Il est inenvisageable qu’il existe un nationalisme algérien», explique Stora.

Mitterrand n’est donc pas simplement un responsable politique dépassé par les événements. Il défend activement le maintien de la domination française. En 1954, il proclame que «l’Algérie, c’est la France» et refuse de reconnaître les nationalistes comme des interlocuteurs politiques. Pour Stora, cette fermeture politique contribue à conduire à l’impasse puis à la confrontation armée : «Les autorités politiques françaises de l’époque n’ont pas voulu comprendre, anticiper, prévenir, discuter tout simplement pour préparer le passage à l’indépendance.»

Mais c’est en 1956 que la responsabilité de Mitterrand devient particulièrement accablante. Devenu garde des Sceaux, il se trouve au cœur du dispositif judiciaire de la répression. Lorsqu’est posée la question des exécutions en Algérie, Stora rappelle qu’il vote pour. Et les archives consultées par les historiens permettent d’aller beaucoup plus loin. En effet, sur 45 condamnés algériens exécutés entre février 1956 et mai 1957, Mitterrand se prononce contre la grâce dans 32 cas.

Stora ne laisse guère de place au récit d’un ministre impuissant : «C’était lui qui décidait. René Coty approuvait a posteriori, mais celui qui présentait les dossiers et qui suggérait la guillotine, c’était François Mitterrand». La formule est dévastatrice. Le futur président abolitionniste n’était pas spectateur de la guillotine, il en était, selon l’historien, l’un des acteurs politiques centraux.

Plus grave encore, Mitterrand a été confronté aux témoignages sur la torture et les disparitions. Gisèle Halimi lui présente des preuves ; Paul Teitgen dénonce les disparitions de milliers d’Algériens. Stora rapporte une attitude «très glaçante» de Mitterrand, qui «n’avait pas beaucoup bougé» face aux éléments qui lui étaient présentés.

Cette histoire ne concerne pourtant pas seulement un homme. Elle révèle aussi une compromission collective. «La gauche parce qu’elle avait voté les pouvoirs spéciaux […] avait une responsabilité», rappelle Stora. Une responsabilité que la gauche française a longtemps préféré enfouir.

Le contraste avec 1981 devient alors difficilement soutenable. Celui qui fera de l’abolition de la peine capitale un symbole de son quinquennat avait contribué, en Algérie, à maintenir la guillotine en fonctionnement. Et le problème n’est pas seulement ce que Mitterrand a fait. C’est aussi ce que la mémoire politique française a choisi d’en faire. Comme le résume Stora : «A force de ne pas affronter ce passé, bah ce passé lui retombe dessus.»

Le mythe François Mitterrand, ami des extrémistes religieux du FIS, ne résiste pas toujours aux archives.

M. A.-A.

2 Commentaires

  1. Si l’état français de 2026 est en train de revivre sa période post-collaborationniste, c’est qu’elle n’a jamais cherché à régler ce passé honteux. Un héritage encombrant qui concerne aussi bien la gauche que la droite. Quand on pense que cette droite avait brandi la menace des chars soviétiques sur les Champs-Élysées, c’était quand même osé. Déjà un argument de propagande.
    Les mêmes qui nous donnent aujourd’hui des leçons de démocratie.

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  2. Hier comme aujourd’hui, ils se ressemblent tous. François Mitterrand fut le ministre de la GUILLOTINE en 1956, et ses HÉRITIERS SPIRITUELS continuent de porter son « étendard » en 2026, au nom de l’ « amitié ». و الحديث قياس

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