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Audace et pragmatisme

Par M. Aït Amara – Le message est clair, direct et sans équivoque. Lors de sa rencontre avec les opérateurs économiques nationaux, le président Abdelmadjid Tebboune a posé les jalons d’une transformation structurelle majeure pour l’Algérie. En annonçant un véritable virage libéral, tout en maintenant les acquis sociaux, le chef de l’Etat n’a pas seulement ajusté une feuille de route financière, mais a sifflé la fin d’une époque. Le constat sous-jacent est audacieux : pour libérer pleinement l’investissement et bâtir une économie moderne, l’Algérie doit rompre définitivement avec le modèle administratif et économique hérité de la tradition française.

Pendant des décennies, le mode de fonctionnement des institutions algériennes est resté prisonnier d’un schéma jacobin centralisé, lourd et par essence bureaucratique. Ce calque a engendré des lenteurs chroniques et des circuits complexes qui, trop souvent, ont fait le lit de la corruption tout en décourageant les entrepreneurs les plus patriotes. Pour illustrer l’absurdité de cette lourdeur administrative que subissent aussi les porteurs de projets en Europe, on peut citer l’anecdote frappante d’un artisan boulanger français contraint d’émigrer en Finlande. Alors qu’il désespérait d’attendre plus de six mois dans son propre pays pour obtenir les autorisations nécessaires au lancement de son commerce, il a pu finaliser l’ensemble de ses démarches administratives en seulement une demi-heure à Helsinki.

Cet exemple résume à lui seul l’urgence d’un changement de paradigme. L’Algérie ne peut plus se permettre de perdre des mois en formalités stériles à l’heure où la compétition économique mondiale exige une réactivité absolue. La réponse de l’Etat à ce défi systémique repose désormais sur la généralisation concrète du guichet unique. Cet outil de centralisation des procédures vise un double objectif : terrasser la bureaucratie en éliminant les intermédiaires superflus, et couper court aux passe-droits qui asphyxient l’initiative privée.

Ce virage vers une économie libérale et compétitive ne signifie pas pour autant un désengagement total. Comme l’a rappelé le président Tebboune, l’Etat conservera son rôle de régulateur et de protecteur social. Il s’agit plutôt de nouer un partenariat stratégique sain avec les créateurs de richesse en substituant une logique d’accompagnement à une logique de contrôle paralysant.

En s’éloignant d’un modèle bureaucratique obsolète, l’Algérie fait le choix de l’efficacité. Le climat des affaires doit devenir un terrain fertile où l’administration se positionne comme un accélérateur de projets, et non comme un frein. Pour les opérateurs économiques, le signal envoyé est une invitation historique à assumer pleinement leur rôle dans l’édification de cette nouvelle économie nationale.

M. A.-A.

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