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Analyse d’une dépendance historique : l’Algérie face à la vassalisation frénétique du Maroc (I)

Une contribution de Hocine-Nasser Bouabsa – La problématique de la vassalité du Maroc par la France fut thématisée par l’auteur dans un article paru le 29 avril 2018 dans les colonnes d’Algeriepatriotique (1). L’objectif était de démontrer le rôle négatif, méprisant et prépondérant que joue historiquement l’ex-puissance coloniale dans le façonnement de la politique extérieure belliqueuse du royaume du Maroc pour, entre autres, déstabiliser les relations entre les pays du Maghreb et du Sahel, bloquer le développement et l’intégration économique de la région, éterniser son influence géopolitique néocolonialiste et perpétuer son contrôle sur les ressources de la région en général et celle du Maroc en particulier.

Pour comprendre le poids du rôle asservissant qu’exerce la France sur son protectorat alaouite, il est utile de rappeler l’architecture asymétrique de dominant et dominé, qui structure la relation entre les deux pays, à travers les traités et accords élaborés par le pays dominant et signés en 1955 et en 1956 avant d’accorder au pays dominé (Maroc) une indépendance de façade – l’indépendance dans l’interdépendance. Une architecture qui relègue le Maroc à un pays sans souveraineté, dirigé par des monarques successifs fabriqués selon le besoin du pays dominant et par un appareil de contrôle et de répression, aux caractéristiques moyenâgeuses, nommé Makhzen, qui orchestre et veille à la soumission de tout le pays : voir les scènes condescendantes reproduites annuellement qui montrent l’élite marocaine se prosterner devant le monarque à l’occasion de la fête du trône et qui contribuent à l’asservissement de ces élites et du peuple marocain.

Cette architecture asymétrique – dominant et dominé – est tellement condescendante que l’ancien ambassadeur de France auprès de l’ONU, Gérard Araud, n’a eu aucune gêne, selon Le Monde (2), de comparer en 2011 le Maroc à une «maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre». Lorsque ces propos insultants furent révélés par l’acteur espagnol Javier Bardem en 2014, les réactions du palais royal et de ses démembrements makhzéniens furent plutôt timides. Ce qui n’est pas étonnant, vu la place particulière qu’occupent la prostitution, le tourisme sexuel et la pédophilie dans l’espace public et les mœurs marocains. Une place qui a valu au Maroc la désignation de «bordel à ciel ouvert».

Ceux qui ont espéré pendant de nombreuses années un réveil ou une mise en question de cette politique de vassalité institutionnalisée par le régime marocain se sont trompés éperdument. En effet, au lieu de s’engager dans une logique souverainiste et indépendantiste, à l’image de ses voisins, ce régime ne s’est pas seulement contenté de maintenir le statu quo et ses réflexes vassaux, hérités de la période coloniale, mais pire, il se lança dans une course suicidaire dans l’expansion de sa vassalité à d’autres puissances, cherchant par sa fuite en avant une protection virtuelle, qu’il soupçonnait ne plus recevoir de la France. A ce propos, il convient de compléter la fameuse phrase de Gérard Araud, qui a occulté d’ajouter qu’une maîtresse n’est pas toujours fidèle et qu’elle s’offre généralement au plus puissant et au plus riche. Un axiome fondamental, que les dirigeants successifs – à l’exception de Jacques Chirac – des régimes français ont volontairement ignoré depuis les années 1990, pour des raisons qu’ils n’ont pas divulguées et qu’ils ne divulgueront jamais, de peur de se faire dépecer par le peuple français qui ignore encore la profondeur stratégique de leur trahison.

En effet, jusqu’à la fin du 20e siècle, la France avait la main exclusive sur le Maroc. Elle décidait presque tout, comme si le Maroc était un territoire d’outre-mer. Mais la situation commença à changer après l’arrivée en 1991 d’André Azoulay – un juif franco-marocain sioniste, décoré par la plus haute distinction d’Israël, la médaille du Président – au palais royal de Rabat, comme «conseiller» économique et financier du roi. Il fera profil bas pendant le règne du criminel Hassan II, mais se développera après la mort de ce dernier en 1999, pour devenir au fur et à mesure „le régent“ du Maroc. C’est donc autour de sa présence au centre du pouvoir alaouite que s’organisa l’arrivée d’un autre protecteur, en l’occurrence Israël. Fait remarquable : la France n’essaya pas réellement de défendre sa position historique monopolistique régentée par les accords bilatéraux jamais dénoncés et donc toujours effectifs, mais concéda implicitement à partager la vassalité du Maroc avec un autre régime : Israël. Cette concession, selon certaines analyses, n’aurait jamais été possible si le lobby sioniste français – devenu depuis les années 1980 l’un des plus puissants cercles de décision dans l’Hexagone – ne l’aurait pas activement soutenue. A ce propos et pour corroborer ces analyses, notons au passage les réactions tièdes officielles et publiques qui suivirent le révélation de l’affaire grave d’espionnage à grande échelle contre de nombreux de politiciens – entre autres le président français Emanuel Macron – et de journalistes français, attribuée aux services secrets marocains (3)(4), qui se sont servis – ce n’est pas un hasard – du logiciel espion Pegasus de la société israélienne NSO, connue pour être proche du gouvernement et du Mossad israéliens (5).

Au milieu de ce concubinage discret mais réel à trois (France-Israël-Maroc), les Emirats arabes unis jouaient le rôle de bailleur de fond, sous-traitant et facilitateur. Quant aux Etats-Unis, leur rôle consistait à intimider le courant souverainiste ou gaulliste – à l’instar de Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Pierre Chevènement – qui a tenté de s’opposer à l’intrusion du nouveau conquérant dans la chasse gardée que le maréchal Lyautey a conquis au début du 20e siècle.

En 2021, cette relation de concubinage discret est transformée carrément en véritable mariage polygame, quand le Maroc signa une armada d’accords et de contrats, dont, entre autres, l’accord inédit de coopération sécuritaire et militaire avec Israël. Dorénavant, le Maroc ne cache plus la vassalité qu’il entretenait secrètement envers Israël depuis des décennies, mais l’assume ouvertement. La France du peuple est sous le choc, mais celle des partis politiques, des médias et des gouvernants approuve, selon la devise qui tacet consentire videtur (qui se tait consent). Et pourtant, de tels contrats et accords au profit d’Israël signifient pour l’industrie militaire française moins de marchés et donc moins d’emplois et d’impôts en France. En dépit de cette immense perte en influence et en finance que l’Hexagone venait de subir, toutes les cloches qui auraient déclenché une avalanche de critiques et d’oppositions, si le nouveau concurrent ou bénéficiaire était un autre pays – fût-il membre de l’OTAN – furent réduites à un silence assourdissant. Pourquoi ? Tout simplement parce que le gagnant s’appelle Israël. Ce qui, clairement, signifie pour les observateurs que l’élite qui domine la France a favorisé un pays étranger au détriment de «son» propre pays. De tels événements marqués par un manque flagrant de loyauté au détriment de la France et par un parti-pris au profit d’Israël renforcent ceux qui, en France et ailleurs, accusent les milieux pro-israéliens – juifs et non-juifs – de défendre les intérêts d’Israël et non de leur pays.

La dynamique née de la signature des accords de 2021 engendra, ces cinq dernières années, un approfondissement continuel des relations stratégiques et militaires entre Israël et le Maroc, et une croissance des échanges bilatéraux, en dépit de la résistance d’une grande frange du peuple marocain qui s’oppose à la normalisation. Cette dynamique est davantage renforcée par la proposition de loi déposée fin avril 2026 au Parlement marocain au profit de plus d’un million d’Israéliens juifs d’origine marocaine qui, d’une part, leur accorderait automatiquement la nationalité marocaine et, d’autre part, leur ouvrirait les grandes portes pour réclamer les biens que leurs parents ou grands-parents auraient possédés au Maroc avant la migration vers Israël. Ce qui, probablement, impliquerait, à moyen terme, le retour au Maroc d’un nombre considérable d’Israéliens, fuyant un état de guerre permanent qui ronge la région du Moyen-Orient depuis presque quatre-vingts ans.

Dans ce contexte, la coopération militaire israélo-marocaine doit donc être placée dans un cadre permanent et non temporel. Il est d’ailleurs question de la construction de bases militaires israéliennes chez notre voisin de l’Ouest. Ce qui conduit à déduire que la présence militaire d’Israël au Maroc serait permanente. Une opinion partagée par les opposants marocains qui argumentent même que le sionisme international aurait jeté son dévolu sur le Maroc pour en faire un pays de refuge pour des millions d’Israéliens, au cas où Israël serait menacé par une guerre destructrice de grande envergure. Sous cet angle, le comportement assez bienveillant de l’élite française – connue majoritairement pour sa soumission aveugle au lobby sioniste organisé autour du CRIF – vis-à-vis de l’intrusion d’Israël dans un territoire, le Maroc, considéré depuis son «indépendance» comme une chasse gardée de la France, prend une autre dimension. Il devient même logique et compréhensible, dans ce sens que les juifs français en général et ceux d’origine maghrébine en particulier seraient majoritairement favorables à une démarche qui ferait du Maroc un second Israël. Le soutien de cette élite à Fatma-Zohra Mansouri – supportrice inconditionnelle d’Israël au Maroc – récemment désignée comme cheffe de gouvernement marocain reflète l’avancement de leur plan. Sa désignation à la tête de l’exécutif a provoqué une satisfaction immense en Israël, les politiciens et les médias l’ayant couverte d’éloges (6) (7).

Face à la grogne de certains industriels et chefs militaires français qui ne comprenaient pas la passivité de leur gouvernement, Paris se résigna dès 2023 à élaborer une politique de «reconquête» de l’ex-royaume de Marrakech et Fès, qui se solda par un changement de paradigme fondamental dans sa politique officielle sur le Sahara Occidental et culmina dans la «reconnaissance officielle de la marocanité» du Sahara Occidental en juillet 2024. Notons au passage que l’Hexagone est en catimini, selon beaucoup de sources fiables, l’instigateur et le stratège factuel de la colonisation du Sahara Occidental – territoire non autonome, selon toutes les résolutions de l’ONU – par le Maroc en 1975 (8). Pour la France, cette reconnaissance, bien que faisant partie de sa raison d’Etat, a un inconvénient considérable. Elle ruine ses intérêts dans le plus grand pays d’Afrique, en l’occurrence l’Algérie, principal soutien du peuple sahraoui contre l’occupation marocaine.

Cette reconnaissance, nulle et non avenue selon le droit international, à l’instar de celle déjà obtenue d’Israël et des Etats-Unis, fut une exigence de la part des spin doctors et stratèges qui élaborent la politique expansionniste marocaine en Afrique du Nord. Cette politique est curieusement similaire à celle d’Israël au Moyen-Orient, car elle place l’histoire virtuelle et non le droit international au centre de ses revendications. Le concept du «Grand Israël» (9)(10) appliqué au Moyen-Orient est quasiment importé au Maghreb dans les années 1950 sous l’étiquette du «Grand Maroc» (11) (12) avec trois finalités : primo, installer dans la durée l’instabilité dans tout le monde arabe ; secundo, favoriser l’expansion territoriale au détriment des pays voisins : Sahara Occidental, Algérie, Mauritanie et Espagne au profit d’un pays vassal – Maroc – que l’on croit contrôler ; tertio, reprendre le contrôle économique total du Maghreb et du Sahel.

Nous sommes donc face à une démarche totalement colonialiste, guidée par le tandem Israël-France et véhiculée par l’autre tandem vassal, Maroc-Emirats arabes unis, dont les dirigeants traitres se sont laissé engloutir dans la compromission vicieuse qui ne leur laisse aucune chance pour se repentir. Il ne faut donc pas s’attendre à un changement positif dans leur vassalité, mais se préparer davantage pour mettre en échec les plans de leurs maitres.

L’Algérie, plus grand pays d’Afrique, est – de par sa dimension territoriale, sa position géographique centrale, son paradigme anticolonialiste et sa politique souverainiste – la principale force du Maghreb et du Sahel, qui a les ressources et les capacités pour s’opposer aux plans bellicistes qui visent notre région. Mais elle fait face aussi à des défis exogènes et endogènes majeurs – particulièrement avec le Maroc – qu’elle doit relever et maîtriser. Nous y reviendrons dans la suite dès que possible.

H.-N. B. 

1) https://algeriepatriotique.com/2018/04/29/contribution-dr-hocine-nasser-bouabsa-maroc-etat-vassal/

2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/02/24/coups-de-froid-dans-les-relations-franco-marocaines_4372028_3212.html

3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/le-regime-marocain-a-bien-utilise-le-logiciel-espion-pegasus-notamment-contre-des-ministres-francais-7006336

4) https://www.amnesty.fr/actualites/projet-pegasus-le-maroc-utilise-le-logiciel-espion-contre-des-journalistes-francais/

5) https://www.lemonde.fr/projet-pegasus/article/2021/07/22/projet-pegasus-nso-group-au-c-ur-du-soft-power-d-israel_6089189_6088648.html

6) https://israelvalley.com/2026/09/30/excellente-nouvelle-le-roi-mohammed-vi-nomme-fatima-el-mansouri-a-la-tete-du-gouvernement-marocain/

7) https://www.maroc-hebdo.com/article/le-president-israelien-felicite-fatima-ezzahra-el-mansouri-premiere-femme-a-la-tete-du-gouvernement-marocain

8) https://algeriepatriotique.com/2024/07/27/pourquoi-cest-la-france-qui-occupe-le-sahara-occidental-et-non-pas-le-maroc/

9) https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/15/le-grand-israel-un-concept-auquel-l-extreme-droite-israelienne-donne-une-connotation-expansionniste_6646913_3232.html

10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Isra%C3%ABl

11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Isra%C3%ABl

12) https://www.seneplus.com/article/mythe-et-realite-du-grand-maroc-0

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