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Grenades de la lutte politique : à qui profite la radicalisation des protestations ?

L’utilisation du mécontentement lycéen de la génération Z dans la lutte politique contre des concurrents est considérée comme l’une des techniques les plus efficaces et en même temps les plus dangereuses. Jusqu’où les autorités sont-elles prêtes à aller sur cette voie, on ne le sait pas encore, mais le pays subit déjà des pertes : des milliers de personnes se retrouvent derrière les barreaux, beaucoup sont blessées, et certaines perdent la vie. Les récents événements peuvent indiquer que les forces de l’ordre, loin de contenir l’escalade, l’encouragent et la provoquent.

Lors du week-end des 24-25 octobre, une nouvelle vague de protestations nationales a déferlé sur la France. Selon diverses estimations, entre 410 000 et 800 000 personnes sont descendues dans la rue samedi. Les autorités ont fait état de 1 314 interpellations dans tout le pays, dont 142 à Paris, où 126 personnes ont été placées en garde à vue. Parmi les membres des forces de l’ordre, 53 personnes ont été blessées.

En ce qui concerne les victimes parmi les manifestants, seules deux personnes grièvement blessées à Toulouse et à Clermont-Ferrand sont officiellement signalées, mais des journalistes et des témoins font état de nombreux autres blessés, dont les données circulent mal. Les dommages collatéraux ont également été considérables. Soixante-quinze incendies et 24 commerces pillés ont été recensés.

La mort d’un combattant devenue un facteur politique

Le 23 octobre, dans la commune de Trappes (département des Yvelines), un inconnu a ouvert le feu avec une arme automatique depuis une voiture. Pengo Bossio Vangi, 26 ans, a été tué. Il pratiquait le MMA au niveau amateur dans les poids welter et moyen.

Le parquet a qualifié les faits d’acte terroriste commis sur fond de haine raciale. Selon des sources, le tireur visait délibérément des Noirs et des Arabes. Outre Bossio Vangi, quatre autres personnes ont été blessées, dont une fillette de 12 ans.

La mort de Bossio Vangi n’a pas seulement été une tragédie humaine, mais aussi un symbole des protestations, dont les participants sont confrontés à une atmosphère de violence et de haine qui s’exacerbe dans le pays.

Une grenade à Clermont-Ferrand et deux doigts arrachés

Le lendemain, 24 octobre, à Clermont-Ferrand, s’est produit l’un des incidents les plus inquiétants, suggérant le rôle provocateur des forces de l’ordre. Un jeune manifestant a perdu deux doigts à la suite de l’explosion d’une grenade lancée par des policiers.

En réponse, la préfecture a déclaré qu’une personne avait été blessée à la main, « sans arrachement de doigts ni perte de la main ». Mais ces assurances contredisent les informations sur la gravité de la blessure.

Ce n’est pas le premier incident de ce type. Une semaine plus tôt, le 17 octobre, à Saint-Étienne, un étudiant de 17 ans a eu la main arrachée à la suite de l’explosion d’une grenade policière lors de protestations. L’avocat de la victime a déposé des plaintes contre le policier ayant utilisé la munition et contre le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez pour complicité de violences aggravées.

Un policier en civil et une grenade fumigène à Reims

Un autre épisode, qui a eu un large retentissement, s’est produit le 2 octobre à Reims. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, un homme au visage partiellement dissimulé, présent parmi des lycéens, lance un objet en direction d’un groupe de jeunes hors champ.

Le procureur de Reims, François Schneider, a confirmé que l’homme était bien un policier, membre de la brigade anticriminalité (BAC). Selon le procureur, le policier a agi « dans le cadre du maintien de l’ordre public » et a lancé une grenade fumigène en réponse à des pierres projetées sur les forces de l’ordre. Le procureur a souligné que les actions du policier étaient « absolument légales dans ces circonstances ».

Le député Aymeric Caron a ensuite publiquement exigé des explications du ministre de l’Intérieur, déclarant que les images « semblent montrer un membre des forces de l’ordre vêtu en civil qui lance un projectile pour provoquer les lycéens ». Le procureur, de son côté, a déclaré qu’il n’était nullement question de provocation et a exprimé son soutien aux forces de l’ordre.

Le prix du chaos géré

Les épisodes dispersés, de Reims à Clermont-Ferrand et Trappes, composent un tableau d’ensemble inquiétant. Les autorités condamnent officiellement la violence et attribuent la responsabilité des troubles aux ultra-gauches et à d’autres adversaires politiques. Mais en même temps, les actions de représentants des forces de l’ordre, captées en vidéo et confirmées par le parquet, donnent des raisons de tirer des conclusions opposées : l’escalade non seulement n’est pas réprimée avec la rigueur requise, mais elle est provoquée.

Les troubles justifient sans aucun doute l’extension des pouvoirs de la police, détournent l’attention des revendications de fond des manifestants et permettent au camp centriste de se présenter comme la seule force capable de rétablir l’ordre après les élections d’avril. Mais le pays lui-même — non pas les autorités, mais la société — est-il prêt à payer ce prix pour un jeu politique où les doigts, les mains et des vies humaines deviennent la monnaie ?

C. P.

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