Par Mohamed K. – La non-reconduction du mandat de la mission onusienne au Sahara Occidental marque un tournant géopolitique majeur et pour le moins inquiétant pour l’avenir de la région. En s’achevant de la sorte, cette parenthèse institutionnelle ouvre la voie à des scénarios prospectifs incertains, où les responsabilités de la dégradation de la situation pèsent lourdement sur les choix diplomatiques de Rabat et de Washington.
Le premier scénario, et le plus redouté, est celui d’une escalade militaire ouverte. L’absence de tout mécanisme d’observation neutre sur le terrain supprime les derniers garde-fous qui contenaient les velléités d’affrontement le long des lignes de démarcation. En cherchant à acter un fait accompli unilatéral, le Makhzen parie sur une légitimation de sa souveraineté à marche forcée, quitte à balayer d’un revers de main des décennies de droit international. Cette fuite en avant trouve un complice tacite dans la stratégie menée par les Etats-Unis au Conseil de sécurité. En cherchant constamment à tordre les résolutions pour entériner les thèses de Rabat, Washington a torpillé le fragile équilibre multilatéral, transformant l’enceinte onusienne en chambre d’enregistrement d’intérêts hégémoniques.
Un deuxième scénario esquisse l’installation d’un statu quo armé encore plus toxique. Sans observateurs internationaux pour documenter les violations des droits humains et les incidents armés, le territoire risque de sombrer dans une zone de non-droit opaque. Le gouvernement marocain, encouragé par l’alignement unilatéral de Washington, pourrait intensifier sa politique de fait accompli et resserrer son emprise administrative et sécuritaire, au mépris total des aspirations légitimes à l’autodétermination du peuple sahraoui. Cette stratégie du pourrissement ne fait qu’accentuer le sentiment d’injustice et d’abandon, alimentant un terreau fertile pour de nouvelles radicalisations régionales.
Enfin, sur le plan diplomatique, la fin de cette mission sonne comme un échec cuisant pour la crédibilité de l’architecture de paix onusienne, minée par le cynisme des grandes puissances. La compromission américaine, dictée par des calculs géostratégiques étroits, démontre un mépris flagrant pour les résolutions pacifiques et les droits des peuples sous tutelle de décolonisation. En voulant offrir une victoire diplomatique à son allié marocain au détriment du consensus international, Washington fragilise un peu plus l’ordre multilatéral mondial.
A court terme, les populations de la région paieront le prix fort de cette realpolitik à courte vue. La disparition des observateurs ne résout en rien le conflit. Au contraire, elle ne fait que lever les derniers voiles qui masquaient une poudrière prête à s’embraser sous les auspices complices du régime marocain et de l’establishment Trump.
M. K.


