Par Mehenna H. – Dans un courrier officiel daté du 2 novembre 2026, le président de l’Assemblée générale des Nations unies, Khalilur Rahman, a convoqué une session plénière d’urgence pour le 10 novembre prochain. A l’ordre du jour : le blocage dramatique survenu le 30 octobre au Conseil de sécurité, où le mandat de la Mission pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (Minurso) a expiré, laissant toute une région au bord du gouffre et d’une reprise imminente des hostilités.
Si la Russie a dégainé le premier véto contre un texte américain unilatéral et partial, c’est l’attitude de Washington qui suscite la plus vive indignation dans les couloirs du Palais de Verre. En opposant immédiatement après son propre véto au projet de résolution technique de Moscou, l’administration américaine a choisi la politique de la terre brûlée. Un véto de pures représailles géopolitiques, dicté par l’orgueil d’une superpuissance blessée, faisant fi du sort du peuple sahraoui et de la stabilité du Maghreb. Pour les Etats-Unis, l’ONU semble n’être qu’un échiquier de diplomatie spectacle où la protection des populations civiles passe bien après la guerre d’influence qu’ils mènent contre le Kremlin.
Cette réunion du 10 novembre, activée sous le régime de la résolution 76/262, forcera les deux rivaux à s’expliquer. Mais au-delà de la crise sahraouie, c’est le procès du mécanisme même du véto et de ses abus systémiques qui va s’ouvrir. Comment un seul Etat peut-il prendre en otage la paix mondiale pour ses intérêts propres ?
La convocation de cette assemblée pose d’ailleurs une question fondamentale et profondément dérangeante sur l’intégrité des institutions multilatérales. Pourquoi une telle célérité aujourd’hui, alors que le monde a assisté, impuissant, à l’utilisation répétée et systématique du véto américain pour couvrir et prolonger le génocide israélien à Gaza, qui a fait plus de 70 000 morts ? Des mois durant, la diplomatie américaine a brandi son arme institutionnelle au Conseil de sécurité pour bloquer le moindre cessez-le-feu à Gaza, offrant un permis de tuer en toute impunité à Israël, sans que l’Assemblée générale parvienne à imposer le même niveau de reddition de comptes.
Ce deux poids et deux mesures fragilise la voix de l’ONU. Le 10 novembre, les 193 Etats membres ne devront pas seulement débattre du sort du Sahara Occidental ou de l’irresponsabilité américaine face au peuple sahraoui. Ils devront s’attaquer au cœur du problème : un droit de véto anachronique qui, lorsqu’il est manipulé par Washington, transforme le garant de la paix internationale en complice passif des pires tragédies humanitaires de notre siècle.
M. H.



