Invité au Salon international du livre d’Alger (SILA) 2026 pour présenter son dernier ouvrage, Un historien et des images, l’Algérie en guerre 1954-1962, l’historien Benjamin Stora a livré un diagnostic sans concession sur le blocage actuel, pointant directement la responsabilité des autorités françaises.
L’historien n’a pas mâché ses mots à l’égard de la France officielle, qu’il accuse de sombrer dans une forme d’amnésie politique et de repli identitaire. Selon Benjamin Stora, Paris tourne le dos aux avancées mémorielles pourtant amorcées ces dernières années. Il dénonce un discours officiel français qui s’enferme dans le déni de la réalité coloniale, prisonnier de pressions électorales et d’une droitisation du débat public.
Pour le chercheur, la France officielle refuse de regarder son histoire en face, préférant instrumentaliser les questions migratoires et remettre en cause les accords bilatéraux de 1968 plutôt que de poursuivre le travail de vérité. Ce blocage politique, estime-t-il, fait le jeu des courants nostalgiques de l’Algérie française et paralyse toute diplomatie culturelle et historique audacieuse. En s’en prenant ainsi aux cercles du pouvoir parisien, Stora regrette le manque de courage politique en France, qui empêche de sceller une réconciliation sincère.
Au-delà de la critique politique, l’historien met en lumière la profonde fracture qui persiste entre les deux rives de la Méditerranée. Alors que le mois de novembre revêt une dimension sacrée dans le calendrier national, symbole du sacrifice pour la souveraineté, la mémoire demeure le principal point de friction. Benjamin Stora constate que le dialogue est devenu presque impossible, parasité par des passions nationalistes et des logiques de politique intérieure, notamment en France où le débat sur l’identité fait rage.
La crispation diplomatique actuelle n’est que le reflet de cet affrontement autour de l’histoire coloniale. L’historien, qui a consacré sa vie à être une «vigie face aux amnésies d’Etat», rappelle que sans une reconnaissance pleine et entière des traumatismes du passé, les relations bilatérales resteront condamnées à de perpétuels recommencements et à des crises cycliques.
Pour l’historien, mais aussi pour l’enfant de Constantine qu’il est resté, être présent en Algérie pour ce 72e anniversaire de la Révolution de 1954 revêt une charge symbolique et émotionnelle immense. Revenir sur cette terre en ce mois sacré est une démarche à la fois intime et scientifique. A travers son nouveau livre, Stora continue de décoder la guerre par l’image, convaincu que la transmission visuelle est essentielle pour arracher l’histoire aux slogans idéologiques et la restituer aux jeunes générations, des deux côtés de la Méditerranée.
S. F.


