Par Kamel M. – Dans une discothèque de la préfecture de l’Aveyron, en France, des jeunes ont été filmés en train de scander : «Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir.» Face à la gravité de ces propos, le parquet a ouvert une enquête pour «provocation à la haine ou à la violence», indiquent des médias locaux. Les images ont suscité l’indignation d’une partie de la classe politique et de nombreux internautes.
Derrière ce slogan se trouve un appel à peine voilé contre une population entière, désignée non comme un groupe de citoyens ou d’individus, mais comme une masse à éliminer.
Depuis des années, une partie de la droite radicale et de l’extrême-droite, conduite par Bruno Retailleau, a fait de l’Arabe et du musulman son principal carburant électoral. A chaque campagne, à chaque crise, à chaque débat télévisé, les mêmes thèmes reviennent avec une régularité mécanique : invasion migratoire, ensauvagement, menace identitaire, incompatibilité culturelle, danger islamique. L’objectif est transparent : convaincre l’opinion française que les difficultés de la France trouveraient leur origine dans la présence des immigrés ou de leurs descendants.
Cette stratégie est plus que jamais au cœur de la course à l’Elysée, dans une France gangrénée par un fascisme rampant. Marine Le Pen comme Bruno Retailleau rivalisent de violence verbale pour apparaître comme les défenseurs d’une nation prétendument assiégée. Les nuances qui pouvaient autrefois distinguer la droite traditionnelle de l’extrême-droite se sont effacées au profit d’une même obsession : faire de l’immigration le prisme à travers lequel doivent être interprétés tous les problèmes du pays.
Le résultat est visible. A force d’entendre que les musulmans constitueraient une menace, que l’islam représenterait un péril permanent ou que certaines populations seraient responsables du déclin d’une France agonisante, une partie de l’opinion finit par intégrer ces idées comme des évidences. Les discours de rejet se banalisent. Les amalgames se multiplient. Les frontières du dicible reculent.
«Il serait absurde d’ignorer le lien entre la banalisation de certains discours et la libération d’une parole raciste de plus en plus décomplexée», réagit Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de lutte contre l’islamophobie, dans une déclaration à Algeriepatriotique. «Les mots ont un poids. Lorsqu’ils sont répétés quotidiennement par des responsables en quête de suffrages, lorsqu’ils occupent l’espace médiatique au point de devenir omniprésents, ils finissent par façonner les représentations collectives», étaye-t-il. «Ils créent un climat où certains se sentent autorisés à exprimer publiquement une haine qu’ils auraient autrefois gardée pour eux», déplore encore le vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM).
«La séquence de Rodez doit être regardée pour ce qu’elle est, non pas une anomalie surgie de nulle part, mais le produit d’années de stigmatisation et de polarisation du débat public», poursuit Abdallah Zekri, en fait remarquer qu’une société qui accepte que des millions de personnes soient continuellement désignées comme un problème «finit inévitablement par voir émerger des individus convaincus qu’elles sont effectivement le problème».
A un an de la présidentielle de 2027, cette réalité devrait inquiéter bien au-delà des clivages partisans. «Lorsqu’une campagne électorale se construit sur la désignation permanente d’un ennemi intérieur, ce ne sont pas seulement les populations visées qui en paient le prix. C’est la qualité même du débat démocratique qui se dégrade, jusqu’à rendre pensables, puis prononçables, des slogans que la République devrait entendre comme un signal d’alarme», conclut Abdallah Zekri, également recteur de la mosquée de la paix, à Nîmes.
K. M.



