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Condor gèle Zemmour

Par Abdelkader S. – Il fallait y penser. Un internaute français l’a fait dans une vidéo qui circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Son idée tient en une formule : le seul «grand remplacement» qu’on observe aujourd’hui est le grand remplacement technologique. On sourit d’abord. Puis on réalise que la plaisanterie vise juste.

Depuis des années, Eric Zemmour et Sarah Knafo ont bâti tout leur discours sur une même obsession : l’Algérie. Tout y ramène. L’immigration ? L’Algérie. L’insécurité ? L’Algérie. L’identité française ? Encore l’Algérie. A croire que, sans l’Algérie, leur logiciel politique perdrait une bonne partie de ses mises à jour.

Et puis survient une canicule qui transforme les chambres d’hôpital et des établissements pour personnes âgées en étuves. Celle qui oblige les pouvoirs publics à trouver en urgence des dizaines de milliers de climatiseurs. Et c’est là que le réel, toujours plus imaginatif que les communicants, décide de s’amuser. Une partie de ces appareils est fabriquée… en Algérie. Le symbole est irrésistible.

Pendant des années, on explique aux Français que tout ce qui vient d’Algérie constitue une menace pour leur avenir. Puis, un beau matin de juillet, la République découvre qu’elle compte sur des climatiseurs algériens pour protéger ses personnes âgées des quarante degrés annoncés.

L’internaute parle de «grand remplacement technologique». Il n’a pas tort. Après tout, voilà des produits industriels algériens qui entrent dans les établissements français sans provoquer le moindre débat sur l’identité nationale. Pas de plateau spécial. Pas d’édition exceptionnelle. Pas de débat enflammé sur CNews. Etrange silence.

On imagine pourtant la scène. Eric Zemmour, installant chez lui un climatiseur Made in Algeria, expliquera-t-il qu’il ne s’agit pas d’un remplacement mais d’une simple ventilation républicaine ? Sarah Knafo demandera-t-elle que l’air froid soit soumis à un contrôle aux frontières ? Faudra-t-il vérifier le passeport des compresseurs avant leur mise en service ?

Le problème n’a jamais été l’Algérie. Le problème, c’est l’usage politique que certains font de l’Algérie. On l’invoque lorsqu’il faut désigner un coupable. On l’oublie dès qu’elle devient utile.

Si ces climatiseurs rafraîchissent efficacement les Français qui suffoquent, leur origine restera discrète. Qu’un seul tombe en panne, en revanche, et il se trouvera toujours quelqu’un pour rappeler qu’il venait d’Algérie. Les préjugés fonctionnent ainsi : ils sont muets devant les succès et très bavards devant les échecs.

Au fond, cette histoire de climatiseurs raconte beaucoup plus que l’achat de quelques milliers d’appareils. Elle raconte la fragilité de certains récits politiques. Pendant des années, le «grand remplacement» a été présenté comme une menace venue d’Algérie. L’été 2026 aura offert une variante inattendue : l’Algérie est revenue, non pas avec des bateaux ou des slogans, mais avec des climatiseurs.

Décidément, la réalité possède un humour féroce. Et lorsqu’elle décide de contredire les idéologies, elle choisit parfois les objets les plus ordinaires. Cette fois, ce n’est ni un livre d’histoire ni un discours politique. C’est un climatiseur.

A. S.

P.-S. : Condor est un grand fabricant algérien de climatiseurs commercialisés dans plusieurs pays, dont la France.

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