Une contribution d’Ali Farid Belkadi – Le lion de l’Atlas n’est pas un animal exclusivement marocain. Il appartient à l’histoire naturelle de l’ensemble du Maghreb et, pour une part considérable, à celle de l’Algérie. Cette précision n’est ni accessoire ni polémique. Elle corrige une représentation devenue si familière qu’elle finit par tenir lieu de vérité : celle d’un lion spontanément associé au seul Maroc, à ses emblèmes, à ses ménageries royales et à sa communication patrimoniale. Or, les données historiques disponibles montrent une réalité autrement plus vaste.
Les dernières populations sauvages connues occupaient des massifs algériens nombreux, continus et très étendus, depuis l’Atlas occidental et les monts des Ksour jusqu’à l’Ouarsenis, la Kabylie, les Babors, le Constantinois, les Aurès et les Nemencha.
Il faut dès lors nommer un phénomène devenu manifeste : l’appropriation symbolique. Le Maroc ne peut être accusé de conserver la mémoire d’un animal qui a effectivement vécu sur son territoire. Il peut en revanche être critiqué lorsqu’une politique culturelle, médiatique ou touristique laisse entendre que le lion de l’Atlas serait d’abord, voire exclusivement et uniquement marocain. Cette réduction transforme un patrimoine biogéographique partagé en marque nationale spécifique. A force d’occuper l’espace iconographique et institutionnel, le récit marocain tend à effacer l’Algérie, alors même que les données de terrain et les témoignages tardifs montrent que des lions ont subsisté en territoire algérien jusque dans la seconde moitié du XXe siècle.
L’histoire naturelle ne se prête pourtant pas aux annexions rétrospectives. Les animaux ignorent les frontières politiques, surtout lorsque celles-ci sont plus récentes que leurs propres territoires.
Le lion de l’Atlas était maghrébin par son aire générale, algérien par une part majeure de son habitat historique, marocain par d’autres populations et tunisien par des présences plus anciennes aujourd’hui disparues.
La rigueur consiste à tenir ensemble ces vérités. Mais lorsqu’un pays monopolise le récit, le devoir de l’historien est de rétablir les proportions.
Le présent article ne cherche donc pas à substituer un exclusivisme algérien à un exclusivisme marocain. Il entend démontrer que l’Algérie fut l’un des grands territoires du lion de l’Atlas, probablement l’un de ses derniers refuges, et qu’elle possède sur ce sujet une histoire dense encore insuffisamment étudiée. La question dépasse l’animal. Elle concerne la manière dont les Etats produisent des patrimoines, sélectionnent des emblèmes, imposent des images et transforment parfois une mémoire régionale en propriété nationale.
Un animal disparu, un territoire toujours présent
Le lion de l’Atlas occupe une place singulière dans l’histoire de l’Afrique du Nord. Animal réel, il fut aussi une puissance symbolique, une figure de souveraineté, un adversaire cynégétique, un péril pastoral, un objet de collection et, après sa disparition, un emblème disputé. Sa silhouette traverse l’Antiquité, les récits médiévaux, les archives coloniales, les mémoires rurales et les représentations contemporaines. Pourtant, plus sa présence devient forte dans l’imaginaire, plus sa géographie historique tend à se simplifier.
Cette simplification est particulièrement dommageable pour l’Algérie. Les massifs algériens ont constitué un espace de présence continu sur des centaines de kilomètres. Les travaux scientifiques consacrés à l’extinction du lion nord-africain recensent des observations dans les monts des Ksour, le djebel Amour, les monts des Ouled Naïl, l’Atlas tellien, l’Ouarsenis, les zones boisées du centre, la Kabylie, les Babors, le nord de Sétif, le Constantinois et les Aurès.
Une observation tardive recueillie à Beni Ourtilane en 1956 place même l’Algérie parmi les derniers territoires où l’animal aurait été vu à l’état sauvage.
L’étude du lion de l’Atlas exige une méthode croisée. La zoologie historique apporte les séries de signalements, les données morphologiques et les modèles d’extinction. La géographie restitue les couloirs écologiques et les refuges. L’histoire coloniale explique l’intensification de la chasse, les primes, la diffusion des armes à feu et la transformation des forêts. L’anthropologie examine la mémoire orale, les figures de bravoure, les récits de peur et les usages symboliques. Enfin, l’histoire politique du patrimoine permet de comprendre comment un animal partagé peut devenir l’objet d’une captation nationale.
L’immense Atlas qui parcourt l’Algérie
L’Atlas algérien n’est ni un massif isolé ni une simple bordure septentrionale du Sahara. Il constitue une architecture longitudinale qui accompagne presque toute la longueur du pays et ordonne une grande partie de ses paysages.
L’Atlas algérien c’est à l’ouest, les monts de Tlemcen, les Traras, le Tessala, les monts de Saïda et les reliefs du Dahra annoncent l’Ouarsenis, le Zaccar et les chaînes du centre. Plus à l’est se succèdent le Djurdjura, les Bibans, les Babors, les massifs du Constantinois, l’Edough et les hauteurs proches de la frontière tunisienne. Au sud, l’Atlas saharien prolonge cette armature par les monts des Ksour, le djebel Amour, les monts des Ouled Naïl, le Hodna, le Belezma, les Aurès et les Nemencha.
Cet ensemble ne forme pas une muraille uniforme. Il associe forêts humides, chênaies, cédraies, maquis, gorges, plateaux froids, steppes arborées, vallées cultivées et versants semi-arides. Il offre des passages, des refuges, des lignes de crête et des bassins où l’eau, les proies et le couvert végétal ont longtemps permis la survie de grands mammifères. Le lion n’y vivait pas comme dans une savane continue. Il exploitait une mosaïque de milieux, se déplaçant entre les forêts, les lisières, les parcours pastoraux, les vallées et les zones rocheuses.
Cette immensité explique la persistance tardive du fauve. Lorsque les populations diminuèrent, les massifs algériens purent encore abriter des groupes isolés. Leur fragmentation progressive suivit celle des habitats. Les corridors écologiques furent interrompus par les défrichements, les routes, la colonisation agricole, la chasse et les opérations militaires.
Le lion de l’Atlas algérien ne disparut donc pas d’un seul lieu ni en une seule date. Il recula par étapes, se maintenant dans des poches de plus en plus rares, jusqu’à devenir presque invisible avant même de disparaître.
Une affirmation juste, à préciser scientifiquement
Le lion de l’Atlas appartient pleinement à l’histoire naturelle de l’Algérie.
Cette affirmation est exacte, à condition de ne pas la transformer en slogan exclusif. Les lions d’Afrique du Nord occupaient autrefois une aire beaucoup plus vaste que les frontières actuelles. Ils vivaient du Maroc à la Tunisie, à la Libye et, dans des périodes plus anciennes, jusqu’à l’Egypte. Toutefois, les observations historiques modernes accordent à l’Algérie une place centrale. Les séries réunies par les zoologistes montrent que la présence du lion couvrait de vastes portions du territoire algérien et qu’elle s’y prolongea tardivement.
La terminologie elle-même doit être maniée avec précision. L’expression «lion de Barbarie» appartient au vocabulaire européen ancien et renvoie à une appellation globale du Maghreb. L’expression «lion de l’Atlas» est plus géographique, mais elle peut entretenir l’illusion d’un animal limité à un massif unique.
Sur le plan taxonomique, les classifications récentes rattachent les populations historiques d’Afrique du Nord à Panthera leo leo. Cette classification n’efface pas la singularité écologique des lions nord-africains ; elle rappelle seulement que les catégories zoologiques sont révisables et ne correspondent pas aux frontières politiques.
La célèbre crinière sombre, très développée, constitue un trait souvent associé au lion de l’Atlas. Plusieurs spécimens historiques la présentent, mais elle ne saurait servir d’unique critère. La taille et la couleur de la crinière varient selon l’âge, le climat, la nutrition et les conditions de captivité. Les hivers froids des montagnes algériennes ont pu favoriser une pilosité plus abondante chez certains mâles, notamment dans les cédraies d’altitude et les massifs enneigés. L’animal réel devait donc être moins uniforme que l’icône moderne.
Une présence inscrite dans la longue durée
La présence du lion en Afrique du Nord remonte à une profondeur chronologique considérable. Les données paléontologiques attestent l’existence ancienne de grands félins dans l’espace méditerranéen et saharien. L’art rupestre nord-africain, sans permettre d’identifier avec certitude chaque figure, montre que les populations préhistoriques vivaient au contact d’une faune beaucoup plus riche qu’aujourd’hui. A mesure que le climat s’asséchait, les zones montagneuses, les forêts du nord et les vallées bien arrosées devinrent des refuges.
Dans l’Antiquité, les lions nord-africains furent capturés pour les spectacles romains. Les provinces africaines alimentèrent les amphithéâtres en animaux destinés aux venationes. L’Algérie antique, avec ses villes, ses routes, ses domaines et ses réseaux commerciaux, appartenait pleinement à cet espace d’approvisionnement. Les mosaïques représentant des chasses ou des animaux captifs ne sont pas seulement décoratives ; elles révèlent l’existence de techniques de capture, de transport et d’exploitation de la faune sauvage.
Il serait néanmoins erroné d’attribuer l’extinction moderne aux seuls prélèvements antiques. Le lion survécut de nombreux siècles après la fin de l’Empire romain. Des auteurs médiévaux et des voyageurs signalèrent encore des fauves dans plusieurs régions du Maghreb. Cette permanence suppose l’existence de massifs peu accessibles, de proies sauvages et d’une coexistence conflictuelle mais durable avec les sociétés pastorales.
Le basculement décisif se produisit avec la généralisation des armes à feu, les primes d’abattage, la chasse professionnelle et la transformation accélérée des milieux.
La géographie algérienne du lion
A l’ouest, les monts des Ksour et le djebel Amour formaient une zone de contact entre montagne, steppe et marges sahariennes. Le lion pouvait y suivre les troupeaux sauvages ou domestiques, utiliser les ravins comme refuges et se déplacer sur de grandes distances. Les monts des Ouled Naïl constituaient un autre secteur propice par leur relief discontinu, leurs parcours pastoraux et leurs espaces relativement ouverts.
Plus au nord, l’Ouarsenis, le Zaccar, le djebel Dira et les forêts de Theniet El-Had offraient des habitats de premier ordre. Les chênaies, les cédraies, les ravins et les clairières procuraient couvert, eau et gibier. La région de Ténès et les reliefs dominant la vallée du Chélif apparaissent également dans les récits. Le lion fréquentait un paysage composite où se mêlaient forêt, pâturage et culture, ce qui favorisait les rencontres avec les hommes et les attaques contre le bétail.
La Kabylie et les massifs qui l’entourent occupent une place majeure dans les témoignages tardifs.
Les connexions entre Djurdjura, Bibans, Babors, Guenzet, Beni Ourtilane et nord de Sétif formaient une vaste zone de relief difficile. Des récits recueillis au XXe siècle évoquent des groupes encore observés dans les années 1930 et 1940, puis un grand mâle aperçu en 1956 près de Beni Ourtilane. Le témoignage, collectif et circonstancié, ne possède pas la force d’une photographie ou d’une dépouille, mais il ne peut être écarté avec légèreté.
A l’est, le Constantinois, l’Edough, les environs de Bône, la Mahouna, les vallées boisées du Saf-Saf et les massifs de Souk Ahras furent longtemps associés au lion. Plus au sud, le Belezma et les Aurès offrirent des conditions de survie prolongée. Les cédraies du Chélia et les reliefs entre Batna et Khenchela comptèrent parmi les derniers grands habitats orientaux. Les Nemencha prolongeaient cet espace vers les hautes steppes et la frontière tunisienne.
Ainsi se dessine non pas une aire ponctuelle, mais une longue trame algérienne. L’animal circulait dans un système de massifs reliés par des vallées et des plateaux. Lorsque les forêts furent fragmentées et les proies réduites, cette continuité se rompit. Les derniers lions ne formèrent probablement plus qu’une série de micro-populations isolées, incapables de maintenir des échanges suffisants.
Le fauve réel derrière l’animal héroïsé
Le lion de l’Atlas algérien est devenu, avec le temps, un animal presque entièrement recouvert par sa légende. Les récits le décrivent volontiers comme plus grand, plus sombre, plus puissant et plus courageux que tous les autres lions. Certaines de ces affirmations reposent sur des observations plausibles ; d’autres relèvent de l’amplification cynégétique. Les chasseurs du XIXe siècle avaient intérêt à grandir l’adversaire pour grandir leur propre exploit. Les naturalistes eux-mêmes dépendaient souvent d’animaux abattus, de peaux mal préparées, de crânes incomplets ou de témoignages recueillis après coup.
Le mâle adulte devait présenter une masse imposante, une tête large et, chez certains individus, une crinière développée. Les groupes nord-africains pouvaient être plus réduits que les grandes troupes des savanes orientales, en raison de la dispersion des proies et du relief. Dans les montagnes, la chasse collective devait s’adapter aux sangliers, cervidés, gazelles, mouflons et animaux domestiques. Un animal acculé dans un massif surexploité devenait plus dépendant du bétail et, par conséquent, plus vulnérable aux représailles humaines.
Les descriptions de lions mangeurs d’hommes doivent être replacées dans leur contexte. Les attaques existaient, mais la littérature coloniale transforma souvent le fauve en ennemi public, justifiant sa destruction.
Le lion fut présenté comme un obstacle au peuplement, à l’élevage et à la sécurisation des routes. Le prédateur, auparavant intégré à un équilibre conflictuel mais ancien, devint un animal administrativement indésirable.
La conquête coloniale comme guerre contre le vivant
La colonisation française modifia profondément le rapport au lion. Elle ne fut pas la première cause de mortalité du fauve, mais elle transforma une chasse locale et discontinue en politique de suppression soutenue par des armes plus efficaces, des primes, des battues et un réseau administratif capable d’enregistrer les destructions. Les chasseurs professionnels acquirent une célébrité considérable.
Jules Gérard, surnommé le tueur de lions, incarna cette figure. Ses récits firent du lion algérien un trophée colonial, preuve vivante d’une nature dangereuse que l’occupant prétendait domestiquer.
Les primes versées pour l’abattage des prédateurs encouragèrent la poursuite systématique des derniers individus. La destruction du lion s’inscrivait dans une politique plus générale visant loups, panthères, hyènes et chacals. Le résultat ne fut pas seulement la disparition d’espèces spectaculaires. Il modifia les chaînes trophiques et les rapports entre prédateurs, proies et troupeaux.
La forêt joua un rôle décisif. Les massifs algériens subirent des coupes, des incendies, des mises en culture et une réglementation qui priva souvent les populations locales de leurs usages traditionnels tout en favorisant d’autres formes d’exploitation. Le lion perdit simultanément ses refuges et sa base alimentaire. A mesure que les proies naturelles se raréfiaient, les attaques contre les troupeaux augmentaient, ce qui renforçait la demande d’extermination. Un cercle de destruction se mit en place : moins de forêt, moins de gibier, davantage de conflits avec l’élevage, davantage de battues, puis isolement des survivants.
La disparition du lion doit donc être comprise comme un épisode de la conquête des milieux. Le territoire colonial n’était pas seulement occupé militairement et juridiquement ; il était reclassé, mesuré, exploité et assaini selon les catégories du pouvoir. Le grand prédateur, parce qu’il échappait à cette mise en ordre, devait être détruit.
Les dernières traces et la prudence de l’historien
L’histoire de la disparition du lion de l’Atlas est souvent résumée par une date unique. Cette manière de faire est commode, mais scientifiquement trompeuse. L’extinction d’une population sauvage ne se produit pas nécessairement le jour où le dernier animal connu est abattu. Entre la dernière preuve matérielle et la disparition biologique réelle, plusieurs années peuvent s’écouler. Les individus les plus rares se réfugient dans des zones difficiles d’accès ; les observations deviennent sporadiques ; les témoignages ne sont pas toujours publiés.
La photographie prise depuis un avion en 1925 par Marcelin Flandrin reste le dernier document visuel célèbre d’un lion sauvage de l’Atlas.
Des recherches historiques ont mis en évidence des signalements plus tardifs, en Algérie. Des groupes auraient subsisté au nord de Sétif à la fin des années 1940, et le témoignage de Beni Ourtilane place un grand mâle vivant en 1956.
La prudence s’impose. Le signalement de 1956 n’est pas confirmé par une photographie, une peau, un crâne ou un rapport administratif contemporain. Il a été recueilli rétrospectivement. Pourtant, le contexte écologique, le nombre d’observateurs, la durée de l’observation et la mention d’une crinière renforcent sa crédibilité. Il convient donc de parler de dernière observation historique fortement plausible plutôt que de dernière preuve absolue.
Cette nuance ne diminue pas l’importance algérienne. Elle la consolide. Affirmer que l’animal a probablement survécu dans le pays jusqu’au milieu du XXe siècle correspond à l’état actuel des recherches. Prétendre identifier avec certitude le tout dernier individu dépasserait les sources disponibles.
Mémoire orale, récits et savoirs locaux
Le lion a laissé dans les sociétés algériennes une empreinte qui dépasse les archives zoologiques. Les noms de lieux, les surnoms, les proverbes, les contes et les récits de bravoure conservent la trace d’une familiarité ancienne. L’arabe algérien et les différentes formes de tamazight mobilisent la figure du lion pour exprimer la force, la noblesse, la protection ou le courage. Cette valorisation n’annule pas la peur concrète que suscitait l’animal. Le même fauve pouvait être admiré comme image de puissance et redouté comme menace contre les troupeaux.
Dans les montagnes, la mémoire orale a parfois conservé plus longtemps que les institutions le souvenir des derniers lions.
Les récits transmis par les bergers, les voyageurs et les habitants de villages isolés constituent des archives fragiles. Ils ne doivent ni être acceptés sans examen ni être rejetés parce qu’ils ne proviennent pas d’un bureau administratif. L’histoire environnementale repose précisément sur le croisement de sources hétérogènes : rapports forestiers, presse, carnets de chasse, collections zoologiques, traditions orales et transformations du paysage.
La mémoire du lion fut néanmoins partiellement confisquée par l’imagerie coloniale. Les gravures et récits européens placèrent souvent le chasseur au centre de la scène, tandis que le territoire algérien devenait un décor exotique. Les habitants apparaissaient comme guides, rabatteurs ou témoins secondaires. Cette mise en scène effaçait leurs connaissances des pistes, des saisons, des comportements animaux et des zones de refuge. Réécrire l’histoire du lion suppose donc de déplacer le regard : non plus célébrer celui qui abat, mais comprendre le système écologique et social qui rend l’abattage possible.
Le Maroc, la visibilité et l’accaparement symbolique
L’association contemporaine entre le lion de l’Atlas et le Maroc repose en grande partie sur la conservation de lignées captives issues de l’ancienne ménagerie royale. Cette histoire est réelle et mérite d’être étudiée. Elle a permis de maintenir en captivité des animaux considérés comme proches des populations nord-africaines historiques. Mais la continuité captive ne confère aucun droit d’exclusivité sur l’espèce, pas davantage qu’une collection zoologique ne transforme un patrimoine régional en propriété nationale.
L’accaparement intervient lorsque cette continuité particulière est présentée comme l’histoire entière du lion de l’Atlas. Le procédé est efficace : un récit visible, répété dans les médias, les parcs zoologiques, les emblèmes sportifs et les supports touristiques finit par remplacer une réalité plus complexe.
L’Algérie, faute d’une politique patrimoniale équivalente, se trouve reléguée au silence. Ce silence n’est pas la preuve d’une absence historique ; il est le résultat d’une faiblesse institutionnelle dans la production et la diffusion du savoir.
Le Maroc ne vole pas matériellement un animal disparu. Il capte toutefois une mémoire, concentre une image et tend à transformer une part commune du patrimoine maghrébin en attribut national. Le mot d’accaparement est donc historiquement recevable lorsqu’il désigne cette monopolisation du récit. Il doit cependant rester appliqué aux politiques de représentation et non aux populations marocaines ni aux chercheurs qui documentent légitimement l’histoire de l’espèce sur leur territoire.
La réponse algérienne ne peut se limiter à une indignation. Elle doit produire des cartes, inventorier les archives, recueillir les témoignages, identifier les spécimens conservés dans les musées étrangers, publier les données et inscrire le lion dans les politiques de conservation. Un patrimoine délaissé devient aisément le patrimoine raconté par d’autres.
Les lions captifs et la question génétique
La disparition à l’état sauvage n’a pas entièrement clos l’histoire biologique du lion nord-africain. Des lignées captives, principalement rattachées à l’ancienne ménagerie royale marocaine, ont été conservées dans plusieurs parcs zoologiques. Leur valeur patrimoniale est réelle, mais leur statut génétique demande prudence. Aucun programme sérieux ne peut affirmer que tous ces animaux constituent des copies intactes de la population sauvage historique. Les généalogies captives comportent des lacunes et des croisements anciens ne peuvent être exclus.
Les analyses génétiques indiquent néanmoins que certains individus possèdent des affinités avec les lions d’Afrique du Nord. Les programmes d’élevage cherchent à maintenir la diversité et à limiter la consanguinité. Cette conservation ex situ présente un intérêt scientifique et éducatif. Elle ne ressuscite pas l’écosystème disparu. Un lion en captivité, même génétiquement proche des populations anciennes, n’est pas l’équivalent d’une population sauvage capable de chasser, de se reproduire et de structurer un territoire.
Toute hypothèse de réintroduction en Afrique du Nord exigerait des conditions écologiques, sociales et politiques aujourd’hui absentes. Les habitats historiques sont fragmentés, les densités humaines élevées et les activités pastorales importantes. Une réintroduction ne pourrait être envisagée comme geste symbolique. Elle nécessiterait de vastes espaces protégés, des corridors, une base de proies suffisante, une acceptation locale et des mécanismes de compensation. La première urgence demeure donc la sauvegarde des espèces encore présentes et de leurs habitats.
Pour une histoire algérienne du vivant
Le lion de l’Atlas pourrait devenir en Algérie le point de départ d’une histoire environnementale renouvelée. Les archives forestières, militaires et administratives contiennent probablement des centaines de mentions dispersées : primes d’abattage, rapports de battues, attaques de troupeaux, ventes de peaux, correspondances de naturalistes, envois de crânes et de squelettes vers les musées européens. Leur rassemblement permettrait de reconstituer une chronologie régionale beaucoup plus précise.
Les collections étrangères doivent également être interrogées. Des spécimens provenant d’Algérie peuvent être conservés à Paris, Londres, Berlin, Vienne ou dans d’autres institutions sans que leur origine soit correctement mise en valeur. Les étiquettes, registres d’entrée, correspondances et catalogues anciens peuvent révéler des lieux, des dates, des noms de chasseurs ou d’intermédiaires. Ce travail relève à la fois de la zoologie, de l’histoire coloniale et de l’histoire des collections.
Les parcs nationaux algériens pourraient jouer un rôle majeur. Theniet el-Had, le Djurdjura, Chréa, Belezma, Taza, Gouraya ou El-Kala ne sont pas seulement des espaces de conservation actuelle. Ils constituent des territoires historiques où la grande faune a laissé des traces. Des programmes muséographiques, des expositions et des enquêtes orales pourraient restituer cette profondeur. L’objectif ne serait pas de célébrer un animal disparu comme une mascotte, mais d’expliquer les mécanismes de sa disparition et les responsabilités humaines.
Une telle démarche contribuerait à sortir l’histoire algérienne de sa concentration presque exclusive sur les événements politiques et militaires. Le territoire, les forêts, les espèces, les sécheresses, les usages pastoraux et les transformations agricoles sont également des objets historiques. Le lion de l’Atlas, précisément parce qu’il a disparu, oblige à penser ensemble la souveraineté, l’écologie et la mémoire.
L’animal que l’Algérie doit reprendre à l’oubli
Le lion de l’Atlas algérien ne reviendra pas par la seule force du récit. Sa disparition est irréversible à l’échelle historique. Mais son effacement de la mémoire ne l’est pas. Il reste possible de reconstituer sa géographie, de retrouver ses traces dans les archives, de recueillir les derniers témoignages, d’identifier les spécimens dispersés et de replacer l’Algérie au centre d’une histoire dont elle fut l’un des principaux territoires.
La réduction du lion de l’Atlas à un emblème exclusivement marocain relève moins de la science que de la puissance narrative.
Celui qui nomme, expose et répète finit par paraître posséder. Celui qui néglige ses propres archives laisse d’autres parler à sa place. Le problème n’est donc pas seulement que le Maroc accapare une image ; il est aussi que l’Algérie n’a pas encore organisé la restitution savante de son propre patrimoine naturel.
Il faut le dire sans détour : une grande part de l’histoire du lion de l’Atlas est algérienne. Elle se trouve dans l’immensité des chaînes qui parcourent le pays, dans les forêts de l’Ouarsenis, du Djurdjura et des Babors, dans les cédraies du Belezma et des Aurès, dans les steppes du djebel Amour et des Ouled Naïl, dans les récits du Constantinois et dans la mémoire tardive de Beni Ourtilane. Cette présence n’a rien d’un emprunt symbolique. Elle repose sur des territoires, des observations et une continuité historique.
Restituer cette vérité n’exige ni chauvinisme zoologique ni querelle de mascottes. Il suffit de rendre au lion sa géographie et à l’Algérie sa mémoire. Le fauve a disparu des montagnes ; il ne doit pas disparaître une seconde fois des livres. Son histoire invite aussi à relire avec quelque sévérité la littérature qui transforma l’Algérie en théâtre commode de l’héroïsme européen.
Dans Tartarin de Tarascon, Alphonse Daudet fit de la chasse au lion en Algérie une satire de la vantardise, du goût du trophée et de l’exotisme colonial. Derrière le comique du bourgeois méridional français venu chercher une gloire fabriquée se devine pourtant une réalité moins légère : le lion algérien était déjà traqué, mis en scène et promis à la disparition. Tartarin croyait conquérir l’Afrique ; il ne rencontrait, au fond, qu’un décor façonné par ses propres illusions. Le dernier mot revient donc moins au chasseur qu’à l’animal absent : lorsque le lion quitte l’histoire, il reste souvent un Tartarin pour raconter qu’il l’a vaincu.
En définitive, le lion de l’Atlas appartient à l’histoire du Maghreb tout entier, mais une part essentielle de cette histoire est algérienne.
Le Makhzen ou Tartarin de Tarascon
L’image n’est pas nouvelle. Elle appartient à l’un des plus anciens patrimoines littéraires de l’humanité. Dès l’Antiquité, Esope, puis Babrius en grec et Phèdre en latin racontaient l’histoire de l’âne couvert d’une peau de lion.
Tant que l’animal gardait le silence, chacun croyait voir le roi des fauves. Il suffisait pourtant d’un braiment de l’âne pour dissiper l’illusion. La force n’était qu’un déguisement ; le prestige, un emprunt.
Cette leçon traversa les siècles. La Fontaine la reprit presque intacte dans L’Âne vêtu de la peau du Lion, rappelant qu’une apparence usurpée ne résiste jamais longtemps à la réalité. Dans le monde arabe, les recueils de sagesse attribués à Luqmān véhiculent eux aussi des apologues où le mensonge des apparences finit invariablement par être démasqué. Les textes diffèrent, mais la morale demeure : on peut emprunter la peau du lion, jamais sa nature.
Au XIXe siècle, Alphonse Daudet donna à cette vieille leçon une forme nouvelle avec Tartarin de Tarascon. Son héros se rêve conquérant, redoutable chasseur de lions, avant que la réalité ne ramène ses exploits à des proportions beaucoup plus modestes. Daudet ne se moque pas du courage ; il ridiculise la fanfaronnade, cette propension à transformer un récit en exploit et une illusion en victoire.
Le rapprochement s’impose parfois avec le Makhzen. Il se présente volontiers comme un grand chasseur de lions, alors que ses trophées évoquent davantage des bourricots que des fauves. La comparaison relève évidemment de la satire littéraire. Mais, de Babrius à Daudet, la littérature rappelle une constante de l’histoire : il est plus facile de se raconter des victoires que d’en remporter.
A.-F. B.
Auteur, historien, anthropologue



Le lion de l’Atlas, un animal exclusivement marocain? On sait tous que les voisins de l’ouest ont l’effronterie facile pour tartariner. C’est dans les gènes!
Le Lion était forcément en Algérie puisque le Maroc n’a pas la même superficie en km2
Vous aviez aussi le chien rapide Slooguy qui a disparu de la circulation en Algérie plus rapide qu’un lévrier anglais.
Le Maroc essaie aujourd’hui de chaparder nos recettes de cuisines, nos animaux, notre artisanat et nous envoie tous leurs miséreux pour copier ce qui se passe chez nous.
Dégagez tous ces espions marocains qui marchent avec Israël & la France.
Merci infiniment à l’auteur de ce papier extrêmement important.
Originaire d’une région côtière où il y a une « crique des lions » et un « gué du lion », mes grands parents me racontaient la majesté du lion de Barbarie qui descendait jusqu’à la plage et remontait la forêt qui surplombait la mer.
Dans les années 1835-1845, l’Émir Abdelkader est tombé nez-à nez avec un lion doté d’une immense crinière sombre alors qu’il faisait ses ablution pour la prière de l’aube dans un froid glacial.
On milite toujours pour la réintroduction du guépard et de l’Autriche au Sahara; pour une reconnaissance internationale du cheval Barbe que la France refuse obstinément de reconnaître et bien entendu pour corriger cette conception erronée relative au lion de l’Atlas.
Encore merci pour cet article.
Oui, merci pour ce remarquable article que j’ai lu dès sa parution mais pour lequel je n’ai pas eu le temps de répondre. Ce que je vais faire maintenant en reprenant certaines de vos remarques avec lesquelles je souscris intégralement. « L’Algérie, faute d’une politique patrimoniale équivalente se trouve reléguée au silence ». De mon point de vue, l’Algérie SE RELEGUE au silence car qui, l’empêche d’avoir cette politique patrimoniale équivalente ? « Ce silence n’est pas la preuve d’une absence historique; il est le résultat d’une FAIBLESSE INSTITUTIONNELLE (les lettres capitales sont de moi) dans la production et la diffusion du savoir ». Faiblesse institutionnelle ou PARESSE institutionnelle ? Qui a pour conséquence une même paresse de la part de ceux qui étudient à aller CHERCHER l’information, d’où le mot CHERCHEUR (et je ne reviendrai pas sur l’épisode de cet ingénieur en Génie Civil Algérien, qui toute honte bue déclarait dans un reportage diffusé en France, que c’est grâce à ses amis français, marocains, tunisiens, lors de son séjour en France qu’il AVAIT APPRIS qu’il y avait des ruines romaines en Algérie ! Alors que sa bibliothèque presque nue montrait ostensiblement le livre : « Noces » !). Plus loin vous écrivez : « La réponse algérienne ne peut se limiter à une INDIGNATION (là encore les capitales sont de moi) elle doit produire des cartes, inventorier les archives, recueillir les témoignages, identifier les spécimens conservés dans les musées étrangers, publier les données et inscrire le lion dans les POLITIQUES DE CONSERVATION. Un PATRIMOINE DELAISSE devient aisément le patrimoine RACONTE PAR D’AUTRES. Plus bas : « Les parcs nationaux algériens pourraient jouer un rôle majeur etc… » « Une telle démarche contribuerait à sortir l’histoire algérienne de sa concentration presque exclusivement sur les événements politiques et militaires ». Oh comme tout ceci est juste ! « Le lion de l’Atlas, précisément parce qu’il a disparu, oblige à penser ensemble la SOUVERAINETE, l’ECOLOGIE et LA MEMOIRE. Et enfin : « Celui qui NOMME, EXPOSE, et REPETE finit par PARAITRE POSSEDER. Celui qui NEGLIGE ses PROPRES ARCHIVES laisse d’autres PARLER A SA PLACE ». Très belle et pertinente conclusion.
Il faut que l’entièreté du peuple algérien s’accapare son patrimoine et pas par des éructations (indignations), vociférations, mais par la CONNAISSANCE qui vous permet d’être « droit dans vos bottes » en apportant preuves à l’appui grâce à l’ETUDE, le SAVOIR ! Et enfin pour l’anecdote, ma mère décédée il y a quelques mois, nous a parlé de cet homme de son village de Kabylie parti de bonne heure dans son champs, les villageois ne le voyant pas revenir sont partis à sa rencontre et l’on retrouvé, tremblant en haut d’un arbre, leur expliquant qu’il avait vu un lion. Et manifestement, il y avait bel et bien des traces de pattes de l’animal sur le sol. Ma mère était tout enfant (elle est née en 1929) ! Question subsidiaire : où peut-on trouver vos ouvrages ? Merci pour votre réponse.
« …………..Daudet ne se moque pas du courage ; il ridiculise la fanfaronnade, ……… »
La Zetla aidant ……..les Makhnazi sont carrément dans l ‘ Horreur puisque entre Autres prophètes nés dans la Création de Lyautey , ils citent Sidna Moussa , Ezechiel, etc ( sws) pour conclure que le territoire que le général qui « aimait » les marakchis a nommé Maroc appartient tout simplement aux Nazisionistes !!!!
Aux SUIVAAAAAAANNNTTT !!!!!!
après le caftan, le couscous, la musique arabo andalouse, notre berbérité, la fantasia, et bientôt le cheval barbe, le alaoui et regada, émir abdelkader, les almohades (qui deviennent marocains alors que sans abdelmoumen el koumi, premier calife et ses guerriers algériens, ils ne verront jamais le jour), les mérinides (tribu algérienne, de l’est de l’algérie, et ibn khaldoun le confirmait) devient marocaine qui a envahi le maroc), kahinna, tarek ibn ziad, JUBA 2, les zianides, tlemcen, tout l’ouest de l’algérie, sans préciser à quelle période les marocains ont pris notre ouest, ni leur héros et guerriers inexistants, car c’est tout l’inverse qui s’est passé, etc. mais tout cela est devenu possible que depuis la décennie noire et la médiocrité voire les traitres qui ont pris le pouvoir en algérie sosu les ordres de françois mitterand. à l’époque de boumédienne (conscient de l’importance de la culture pour un pays d’où la révolution culturelle) et de nos ministres de la culture de haute voltige, le maroc ne bougeait pas.
LE PIRE AUJOURD’HUI C’EST QUE LE MAROC A LA MAINMISE SUR CHATGPT, GRACE A CES MINISTRES DE LA CULTURE QUI ONT SU MANIPULER CHATGPT PAR DES MENSONGES ET VICES, MAIS SURTOUT PAR L’ABSENCE DE RÉACTIONS ALGÉRIENNES. NOTRE MINISTERE DE LA CULTURE EST COMPLÈTEMENT A COTE DE LA PLAQUE ET INTROVERTI. ON VA PAYER LE PRIX CHER, TRES TRES CHER.
NOUS AVONS DES ARCHIVES ET DES PREUVES HISTORIQUES EN MILLIERS DEPUIS LE 15IEME SIÈCLE, DONT UNE GRANDE PARTIE SE TROUVENT EN FRANCE (PILLÉES PAR LA FRANCE VOLONTAIREMENT POUR PRIVER L’ALGERIE DE SON HISTOIRE ET DE SA MÉMOIRE, ENCORE UN CRIME QUE LA FRANCE RESTE IMPUNIE) TANDIS QUE LE MAROC N’A AUCUNE ARCHIVE ET AUCUNE PREUVE HISTORIQUE ET ARRIVE À INVERSER LES RÔLES ET LA RÉALITÉ. CHERCHEZ L’ERREUR ET OÙ EST LE PROBLÈME!!!!
IL EST TEMPS DE REAGIR SINON CA VA TROP TARD
Un grand merci er bravo a vous Mr Farid Belkadi.
On se fait un plaisir a Lire vos contributions tres instructives sur nos patrimoines.
La conclusion de votre contribution et l analogie que vous faites entre les pretentions de notre voisin de l ouest et celle de l ane vetu de peau de lion dans la fable de Lafontaine ou dans Tartarin de Tarascon epynome du recit de A. Daudet, est la cerise sur le gateau!
Oran is historically known and famous being the last habitat of lions exterminated by the savage homeless French settlers , the Sahara desert has a lot of type of feline living there too .
La disparition des Lions de l’Atlas algérien fait partie du mémoricide colonial, cette politique criminelle qui visait à effacer les traces de la mémoire d’un peuple, de sa culture , y compris celle de sa diversité faunistique.
Elle n’ est pas le résultat de caprices de colons, mais l’oeuvre d’une entreprise de destruction tout azimut et de dépossesion de l’Algérie de toute son Histoire, pour y incruster son narratif colonial, créant un vide culturel dans lequel se sont infiltrés les « fauves marroqis », ces prédateurs humains d’ un nouveau genre qui s’approprient des patrimoines entiers de l’Algérie dont ils comptent en faire leur identité exclusive.
Merci pour cet article qui énonce des vérités intangibles et qui permet d’eveiller les consciences de nos compatriotes qui auraient tendance à sous-estimer, négliger , voire oublier l’immense richesse culturelle et naturelle de notre si grand et beau Pays.
Le Maroc est un état voyou qui ne cesse de s’approprier d’abord ce qui ne lui appartient pas comme le zellige, le caftan ou le couscous entre autres puis ce qui est collectivement partagé par les pays du Maghreb comme le henné ou le lion de l’Atlas. D’ailleurs, profitant de la période la plus noire de notre histoire post-indépendance, cet état sans scrupules s’est accaparé des animaux qui autrefois vivaient en Algérie: on peut citer l’exemple des moutons de la race Hamra qui ont subitemment décliné en Algérie et qu’on retrouve en abondance chez le voisin usurpateur. Cette race de mouton typiquement algérienne très présente chez les Traras a été transferée clandestinement pendant les années 90 et a quasiment disparu d’Algérie, le trafic transfrontalier et le vol étant l’apanage des descendants de goumiers, l’on comprend l’urgence de préserver et enregister auprès des organismes internationaux compétents outre les coutumes, les tenues, les bijoux…, mais également la faune et la flore de l’accaparation maladive de cette zriba.
@City16
Excellent commentaire.
Le lion de l’Atlas se foutait complètement des frontières, il suffit de lire l’article pour le comprendre
Le roi lion l algérien Simba mais fait attention à Scar ou appelé aussi Taka ce lion mal famé de l ouest avec ces hyènes malades. Ben oui 😁🇩🇿💪
Il y’en qq eemplaires au parc zoologique de Hannovre en Allemagne
Ce sont bel et bien les envahisseurs et occupants barbares français qui sont responsables de l’extinction du lion de Barbarie(comme d’autres espèces animales)en Algérie et vous le savez très bien.
Les🇫🇷(ces Huns de l’Europe)ont même détruit et anéanti la faune sauvage de l’Algérie.
En effet, le lion de l’Atlas n’était nullement une exclusivité marocaine. Selon Jules Gérard (1817-1864), officier français, explorateur et chasseur devenu célèbre sous le surnom de « tueur de lions », il existait en Algérie trois variétés de lions, observées notamment dans l’Est algérien: le lion noir, le lion fauve et le lion gris, appelés par les populations locales respectivement El Adréa, El Asfar et El Zarzouri. Gérard en donne une description détaillée dans La Chasse au lion, publié à Paris par la Librairie nouvelle en 1855, aux pages 26-27. Il convient toutefois de parler de variétés ou de types décrits selon leur apparence et leur pelage, plutôt que de trois espèces zoologiques distinctes.
Il ne faut pas non plus oublier le rôle déterminant joué par la colonisation française dans la disparition du lion de l’Atlas en Algérie. L’administration coloniale et les colons ont encouragé une véritable politique de persécution des grands prédateurs, considérés comme nuisibles à l’expansion agricole et pastorale. Des primes furent accordées pour leur élimination, tandis que la chasse dite sportive et la recherche de trophées devinrent des pratiques valorisées parmi certains militaires et colons. À cette destruction directe se sont ajoutés les défrichements, la confiscation et la redistribution des terres, l’extension des exploitations agricoles ainsi que la fragmentation progressive des forêts et des autres habitats naturels. La raréfaction des proies a achevé de rendre la survie du lion presque impossible. Autrement dit, ce ne sont pas seulement les fusils qui ont condamné le lion de l’Atlas, mais tout un système colonial qui a profondément transformé son environnement.
Il faut néanmoins reconnaître aux Marocains un certain talent pour s’approprier les éléments du patrimoine régional que nous leurs voisins avons négligé de protéger ou de faire connaître. La nature ayant horreur du vide, lorsque l’Algérie abandonne une partie de sa mémoire, d’autres s’empressent de l’occuper, puis finissent par la présenter comme leur propriété exclusive. La responsabilité nous revient donc aussi: un patrimoine que l’on ne documente pas, que l’on ne défend pas et que l’on ne transmet pas finit toujours par être revendiqué par d’autres.