Les événements de Jijel n’augurent rien de bon. Le soulèvement spontané des jeunes qui s’en sont pris au siège du FLN résonne comme un avertissement clair à la classe politique, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition. Alors que le pays s’achemine cahin-caha vers des élections législatives qui s’annoncent mal, les Algériens ont eu droit à une campagne théâtrale où se mêlent la farce et le tragique, diffusée en son et en image par une chaîne de télévision soixandisarde, dont les présentateurs rococo se confondent à des candidats en complet déphasage avec une société qui répugne à regarder dans le rétroviseur. Manque de pot, les législatives algériennes ont coïncidé avec les présidentielles françaises. Et, là, il n’y a pas photo ! Au débat de haute voltige qui accompagne cette échéance importante outre-mer, on oppose, ici, un bavardage inepte, ponctué par des rafales de promesses à blanc, tirées dans des salles vides dont même les murs refusent de se faire l’écho des faux serments distribués en vrac à un public qui a faussé compagnie. Comment veut-on que les Algériens votent si le président de la République lui-même ne quitte pas son salon pour donner de la voix à une échéance dont on crie qu’elle est cruciale ? Comment veut-on que les Algériens ne boudent pas l’urne lorsque les candidats eux-mêmes chuchotent qu’ils veulent goûter aux arcanes savoureux du pouvoir en se léchant les dix doigts ? Comment veut-on que les Algériens donnent du crédit à une administration locale en charge du vote lorsqu’à leurs yeux, elle est synonyme de pots de vin et d’humiliation au quotidien ? Il y a quelques mois, il n’était pas encore trop tard pour opérer le salut…
M. Aït Amara
