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Illusions verticales

Par M. Aït Amara – A Rabat, sous les projecteurs et les discours calibrés, le fils de Mohammed VI inaugure une nouvelle tour comme on érige un symbole censé résumer à lui seul la modernité d’un pays. La scène est parfaitement maîtrisée, presque irréelle dans sa fluidité. Mais en contrechamp, une autre réalité persiste, silencieuse et moins photogénique.

Dans les régions frappées par le séisme d’El-Haouz, des familles attendent encore, depuis des années, des solutions durables. A Safi, les traces des inondations rappellent que la reconstruction n’est pas un slogan mais une urgence. Mais les priorités du Makhzen sont ailleurs, dans le bling-bling.

Le choix de multiplier les projets verticaux, hautement visibles et symboliques, donne le sentiment d’une fascination pour des modèles importés, notamment ceux des émirats du Golfe, où la démesure architecturale sert de langage politique. Mais transposer cette logique dans un pays où les fragilités sociales restent profondes crée un décalage difficile à ignorer.

Une tour ne reloge personne. Elle ne répare rien. Elle s’ajoute à un paysage, mais ne répond pas à ceux qui, au sol, attendent encore un toit stable, une reconstruction effective, une promesse tenue.

La question devient alors brutale dans sa simplicité : que dit un Etat de ses priorités lorsqu’il élève des structures visibles de tous, pendant que des citoyens attendent encore des solutions invisibles mais vitales ?

Une nation ne se mesure pas à ses hauteurs, mais à ce qu’elle choisit de réparer en premier.

Pendant ce temps, l’Algérie a fait un pari aux antipodes, celui de construire massivement des logements sociaux, non pas pour impressionner, mais pour loger. Des millions d’unités concrètes. Là où certains élèvent des symboles, d’autres posent des fondations.

Le voisin de l’Ouest devrait en prendre de la graine au lieu de s’endetter pour jouer les grands seigneurs.

M. A.-A.

8 Commentaires

  1. C’est pas les seuls
    Une Tour dans un Pays Serpillière, vassal de ses Protecteurs …Proxénètes et Pedophiles
    So what ?

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    • La tour de contrôle sait repérer ceux qui, après avoir tout osé, ont réussi à quitter le plancher des vaches pour se retrouver en haute altitude …

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  2. QUE DIEU NOUS PRÉSERVE DE BOUSBIR !!

    Entité artificielle et vassale, dépourvue d’histoire, de culture et de gloire. Gangrène de l’humanité, Bousbir ne vit et ne survit que par la Zetla, Oum Chanta, la magie noire et tout ce qui est maudit.

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  3. Au royaume-uni, on a charles 3 en monarque qui inaugure les chrysanthèmes. Au maroc, on a hassan pas encore 3 improbable fils du roi éclipse qui inaugure des « illusions verticales » en faisant fi des crises en thèmes. Toujours cette fuite en avant si caractéristique du royaume des chimères.

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  4. Une p’tite tour et puis s’en vont… ?
    Difficile de ne pas voir la scène comme une démonstration…disons, très verticale de la confiance en soi. À Rabat, on coupe le ruban, on lève les yeux vers le ciel, et surtout on espère que personne ne regarde trop longtemps vers le sol, là où ils ont mis le Peuple.
    Parce qu’à force de vouloir “monter”, on finit par donner l’impression de compenser quelque chose. Une tour de plus, toujours plus haute, toujours plus visible… comme si la virilité politique se mesurait en mètres de béton. À ce rythme-là, le moindre gratte-ciel devient un test de masculinité nationale : plus c’est haut, plus ça rassure — ou plus ça trahit une certaine fébrilité.
    Pendant ce temps, dans El-Haouz ou à Safi, la réalité reste désespérément horizontale : des familles au ras du sol, des promesses qui ne décollent pas, et une reconstruction qui, elle, refuse obstinément de prendre de la hauteur.
    Le contraste est presque comique, si ce n’était pas tragique. D’un côté, une mise en scène millimétrée, digne des mirages urbains de Dubaï ; de l’autre, une incapacité chronique à ériger quelque chose de bien plus fondamental : une réponse rapide, solide, tangible aux besoins de base.
    Finalement, ces tours ressemblent moins à des symboles de puissance qu’à des totems d’insécurité politique. Comme si, faute de solidité dans les fondations sociales, on cherchait à prouver sa “tenue” en tirant toujours plus vers le haut.
    Et pendant que certains s’acharnent à prouver qu’ils “en ont”, d’autres, plus pragmatiques, préfèrent simplement construire là où ça compte : au niveau du sol, là où vivent réellement les gens.

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      • Un sens qui est à contre-courant de l’histoire. À moins que cela fasse partie d’un scénario où certains se retrouvent possédés par cette virilité érigée en modèle de domination. Des spectateurs qui à force de vouloir monter des tours se retrouvent visiter à leur tour. L’arroseur arrosé. Donc acteurs de leurs grosses productions à gerber. En hauteur. En longueur et en largeur. Ça s’empalle.
        Si Bousbir m’était conté … se serait à coup sûr à gerber!

  5. Prière de faire des courbettes au roi des galipettes. Ça s’passe comme ça à l’ouest. Condamnés à être des carpettes.

    « Au bout du fossé la culbute. »

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