Par Mehenna H. – Plus d’un an après la mort d’Eric Denécé, ancien spécialiste français du renseignement, les interrogations demeurent. Si les premiers éléments de l’enquête ont conduit les gendarmes à privilégier la thèse du suicide, le dossier est loin d’être clos. Les proches de l’ancien directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), tout comme Alain Juillet, ancien haut responsable de la DGSE, continuent de contester cette hypothèse et dénoncent ce qu’ils considèrent comme de nombreuses zones d’ombre.
Alain Juillet ne cache pas son scepticisme : «Ça paraît absolument invraisemblable qu’il se soit suicidé parce que ce n’était vraiment ni sa mentalité, ni son esprit, ni son comportement.» Pour lui, les témoignages recueillis auprès de la famille ne font que renforcer ses doutes sur les circonstances de la disparition d’Eric Denécé.
Le 9 juin 2025, c’est sa sœur qui découvre son corps dans sa voiture, stationnée devant son chalet situé sur les hauteurs de Talloires-Montmin, près d’Annecy. Elle devait lui confier son chien avant un déplacement à Paris. N’obtenant aucune réponse à ses appels, elle décide de se rendre sur place.
«Eric devait garder mon petit chien. Le matin, je l’appelle, pas de réponse. On s’est dit que ce n’était pas grave, on allait y aller directement», raconte-t-elle. Arrivée devant le chalet, elle remarque les volets fermés côté rue mais une baie vitrée ouverte côté jardin. C’est en revenant vers la voiture qu’elle découvre son frère sans vie.
Selon elle, un élément demeure incompréhensible : «Ce que je trouve très étonnant, c’est qu’Eric, sachant qu’il allait avoir un rendez-vous avec sa propre sœur, fasse ça dans ces lieux. Je pense que s’il avait eu cette intention-là, il aurait été plus délicat de le faire dans un lieu où il aurait été retrouvé par une tierce personne.»
Les circonstances matérielles de la découverte interrogent également les proches. Eric Denécé se trouvait sur le siège passager de son véhicule, tandis qu’une carabine appartenant à la famille reposait sur le siège conducteur. Les portières étaient verrouillées de l’intérieur. D’après la famille, c’est principalement cet élément qui aurait conduit les enquêteurs à retenir rapidement la thèse du suicide.
La sœur d’Eric Denécé réfute également l’idée d’un homme accablé par ses difficultés professionnelles. «Certes, il y avait un client qui n’avait pas payé une facture, mais dans le monde des affaires, ça arrive souvent. Ce n’est pas pour ça qu’on va se suicider. C’était un battant, quelqu’un qui prenait les choses à bras-le-corps.»
Les proches racontent également leur incompréhension face au déroulement de l’enquête. Ils expliquent que des enquêteurs de la section criminelle ont d’abord passé près d’une heure et demie dans le bureau d’Eric Denécé avant d’indiquer qu’ils reviendraient en raison de l’importante quantité de documents présents sur place. «Ils ont dit : « Il y a tellement de choses qu’on ne peut pas faire ça aujourd’hui. » Puis deux jours après, on nous a annoncé que c’était terminé», témoigne sa sœur.
Alain Juillet rapporte, lui aussi, avoir été surpris par la rapidité avec laquelle la conclusion lui aurait été présentée. Entendu à son retour de l’étranger, il affirme qu’un gendarme lui a déclaré : «C’est un suicide», sans lui exposer d’autres pistes ou d’éléments laissant penser que plusieurs hypothèses avaient été examinées.
Contrairement à ce que certains ont pu croire, la procédure n’est toutefois pas définitivement close. Dans le documentaire, les proches indiquent que l’enquête demeure officiellement ouverte. La nièce d’Eric Denécé affirme que son grand-père a adressé deux courriers au procureur afin de connaître l’état d’avancement des investigations. «On n’a rien du tout, même pas un message disant que l’enquête est en cours», regrette-t-elle.
En l’absence de conclusions définitives de la justice, les proches d’Eric Denécé continuent de demander que toutes les circonstances de sa mort soient pleinement éclaircies. Alain Juillet partage cette attente, estimant que les nombreuses interrogations soulevées par ce dossier méritent des réponses précises plutôt que des certitudes prématurées.
M. H.


