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L’enfer au «paradis»

Par Mehenna H. – Il fut un temps où l’été avait un parfum de retrouvailles et de démonstration sociale. Nos compatriotes établis en France – et en Europe en général – débarquaient au «bled» les coffres débordant de vêtements achetés chez Tati, de fromages de chez Félix Potin, de chocolats, de parfums et de mille autres produits introuvables sous nos latitudes. Les valises racontaient alors l’histoire d’un ailleurs prospère, d’un «paradis» où l’abondance semblait aller de soi.

Les temps ont changé. Sans bruit, presque imperceptiblement, le sens du voyage s’est inversé.

Aujourd’hui, ce sont souvent les chaleurs suffocantes qui poussent nombre de nos émigrés à venir passer quelques semaines en Algérie, où certaines régions offrent encore des températures plus clémentes que celles d’une Europe frappée de plein fouet par des canicules devenues récurrentes. Faute de climatisation dans des logements construits pour un climat qui n’existe plus, ils viennent chercher un peu de fraîcheur auprès des leurs qui ne savent pas ce que précarité énergétique signifie.

Et lorsqu’ils repartent, les valises ne contiennent plus les mêmes trésors. Elles se remplissent désormais de victuailles, d’huile d’olive, de dattes, d’épices, de fournitures scolaires, de petits appareils électroménagers, de smartphones fabriqués en Algérie et d’une foule de produits dont le rapport qualité-prix est particulièrement attractif.

Le changement ne s’arrête pas à la consommation. Depuis quelque temps, un autre phénomène prend de l’ampleur. Beaucoup profitent de leur séjour pour effectuer leurs analyses médicales, passer une IRM, consulter un spécialiste, soigner leurs dents ou subir une intervention chirurgicale. Les délais interminables, le coût élevé des soins ou les difficultés d’accès à certains services dans plusieurs pays européens conduisent de plus en plus de familles à faire confiance aux compétences médicales algériennes.

L’image idéalisée d’un Occident où tout serait plus simple et plus confortable s’est fissurée sous l’effet des crises économiques, de l’inflation, du dérèglement climatique et des tensions qui traversent les sociétés européennes.

L’histoire réserve parfois de singuliers retournements. Ce qui apparaissait naguère comme un paradis inaccessible ressemble désormais à un enfer dont ils cherchent à s’échapper, ne serait-ce que le temps d’un été. Et l’Algérie, longtemps perçue comme le pays des manques, redécouvre qu’elle possède des atouts que beaucoup découvrent désormais.

M. H.

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