De Rome, Mourad Rouighi – «Persuader et agir» est la devise de la fondation Machiavelli, créée à Florence en 2017 pour fournir des analyses susceptibles de sensibiliser les institutions italiennes et internationales aux thèmes d’actualité et d’appuyer les actions des gouvernements et des décideurs. Ses recherches et ses publications sont systématiquement accompagnées d’événements, de blogs et d’autres formes de diffusion auprès des experts et des responsables politiques.
Dernière publication en date, un long dossier consacré à l’Algérie, qui analyse l’évolution des investissements italiens dans notre pays depuis 2019 ainsi que leur contribution au développement économique.
L’étude souligne que la nouvelle architecture de coopération portée par le Plan Mattei constitue aujourd’hui un levier important pour renforcer l’attractivité de l’Algérie auprès des investisseurs étrangers et soutenir une stratégie de développement tournée vers des marchés à fort potentiel.
L’Italie met en avant l’indicateur de «valeur ajoutée locale» afin de redéfinir sa présence géopolitique en Méditerranée. Ce modèle, fondé sur une «diplomatie énergétique et sécuritaire» dans le cadre d’un partenariat horizontal, évolue progressivement.
Selon ce dossier, cette approche répond aux besoins de diversification économique de l’Algérie en privilégiant le développement des compétences locales, la création d’emplois durables et la consolidation d’un savoir-faire agricole et technique national. Cet investissement ne se limite pas à la phase de réalisation des projets : il constitue également un facteur de stabilité sociale et de résilience économique, souligne l’étude.
Sur le plan opérationnel, les investissements s’inscrivent dans une perspective de long terme. Les emplois créés ne relèvent plus uniquement des besoins liés aux chantiers, mais participent à l’émergence d’un véritable marché du travail technique permanent. L’approche italienne vise notamment à réduire la dépendance de l’Algérie vis-à-vis de l’extérieur grâce à la mise en place d’une chaîne d’approvisionnement intégrée, «de la graine à l’assiette», reposant sur une main-d’œuvre locale spécialement formée.
Le transfert de compétences s’appuie sur la formation managériale, l’agronomie de précision et l’accompagnement des cadres locaux. Le modèle de partenariat retenu repose sur des coentreprises à risques partagés, soutenues par les organismes italiens de garantie SACE et SIMEST, favorisant un partage des investissements et des responsabilités.
Les calendriers de mise en œuvre illustrent cette stratégie de long terme. L’Italie poursuit notamment le développement de l’agriculture biologique avec un objectif de 36 000 hectares d’ici à 2028.
En matière d’infrastructures, le modèle présenté par la fondation Machiavelli privilégie également la continuité des emplois. Les 1 600 postes recensés sur le site de Timimoun constituent une classe de gestionnaires agricoles formés pour assurer l’exploitation des installations pendant une période de dix ans. Les données sur l’emploi traduisent ainsi la création d’un marché du travail technique durable plutôt qu’une simple mobilisation de main-d’œuvre durant la phase de construction.
L’architecture du Plan Mattei en Algérie repose sur une chaîne d’approvisionnement sélective composée d’environ 200 entreprises italiennes. La répartition sectorielle met en évidence une priorité accordée à l’industrie agroalimentaire et à la sécurité énergétique, qui concentrent plus de 70% des efforts italiens, avec une attention particulière portée à la décarbonation et au développement de l’hydrogène vert.
En définitive, l’approche italienne privilégie moins le volume des investissements que leur qualité, en misant sur le transfert de technologies, la formation sur mesure des cadres locaux et le développement de compétences durables, note le dossier.
Cette étude, qui s’adresse avant tout aux opérateurs italiens, a le mérite de confirmer la pertinence du choix de notre pays de diversifier ses partenariats et de multiplier les opportunités pour une économie productive, capable de créer des emplois et de la richesse, tant à travers le renforcement du marché intérieur que par sa capacité à exporter davantage et mieux.
M. R.



