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Voici les quatre raisons pour lesquelles l’Europe n’a jamais eu autant besoin de l’Algérie

Par Mehenna H. – La visite officielle du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en Allemagne marque un tournant dans les relations entre Alger et Berlin. A l’issue de ses entretiens avec le président allemand Frank-Walter Steinmeier et le chancelier Friedrich Merz, les deux pays ont adopté une déclaration commune instaurant un agenda stratégique de partenariat bilatéral. Derrière les formules diplomatiques se dessine une réalité plus profonde, en ce que l’Allemagne, première puissance industrielle d’Europe, reconnaît désormais le caractère stratégique de l’Algérie, tant pour la sécurité énergétique que pour les grands défis économiques et industriels à venir.

Cette évolution est loin d’être anodine. Pendant plusieurs décennies, les rapports entre l’Europe et l’Algérie étaient largement déséquilibrés. Aujourd’hui, les rôles semblent progressivement s’inverser. L’Algérie apparaît comme un partenaire indispensable pour des économies européennes qui traversent l’une des périodes les plus délicates de leur histoire contemporaine.

Les difficultés actuelles de nombreuses économies européennes ne sont pas le fruit du hasard. La crise financière mondiale des subprimes de 2007 avait déjà révélé les fragilités d’un modèle économique fortement financiarisé. Si les plans de relance avaient donné l’impression d’un redressement, ils ont surtout repoussé les problèmes en alimentant une dette publique considérable. Quinze ans plus tard, cette vulnérabilité réapparaît avec force.

A cette fragilité structurelle sont venues s’ajouter les conséquences des choix opérés durant la pandémie de Covid-19. Les confinements prolongés, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les dépenses publiques massives et les politiques monétaires exceptionnelles ont laissé des séquelles durables sur les finances des Etats et sur la compétitivité de nombreux secteurs industriels.

Dans le même temps, la Chine a poursuivi méthodiquement sa montée en puissance. Profitant des difficultés de nombreuses entreprises européennes, les groupes chinois ont renforcé leur présence sur le Vieux Continent par des investissements stratégiques et des prises de participation dans des secteurs industriels clés. L’automobile, les infrastructures, les technologies, les batteries ou encore la logistique illustrent cette recomposition progressive des rapports de force économiques. L’Europe, longtemps convaincue de sa suprématie industrielle, voit désormais émerger un concurrent capable d’imposer ses standards et de peser sur ses propres filières.

La crise énergétique provoquée par la rupture progressive des relations avec la Russie a accentué cette perte de compétitivité. La disparition d’un approvisionnement abondant en gaz à coût relativement faible a lourdement pénalisé les industries européennes, notamment allemandes, grandes consommatrices d’énergie. Les coûts de production ont augmenté, réduisant les marges de manœuvre des entreprises déjà confrontées à une concurrence internationale particulièrement agressive.

Parallèlement, l’évolution de la politique américaine oblige désormais plusieurs pays européens à accroître fortement leurs dépenses militaires afin de renforcer leurs capacités de défense. Ces investissements viennent peser sur des finances publiques déjà fortement dégradées. Dans l’ensemble des Etats européens, cette pression budgétaire se traduit par des arbitrages difficiles, tandis que les inquiétudes sociales grandissent sous l’effet de l’inflation, de la stagnation du pouvoir d’achat et des tensions sur l’emploi.

C’est précisément dans ce contexte que l’Algérie gagne en importance. Grâce à ses importantes ressources gazières, à son potentiel dans l’hydrogène vert, à ses réserves de minerais stratégiques et à sa stabilité institutionnelle dans son environnement régional, le pays se positionne comme un partenaire de premier plan. Le partenariat conclu avec l’Allemagne illustre cette nouvelle dynamique. Au-delà des hydrocarbures, les deux Etats souhaitent développer des coopérations dans les technologies industrielles, les infrastructures, la pharmacie, les transports, l’agriculture, les industries mécaniques, les énergies renouvelables ainsi que la recherche scientifique.

L’Algérie n’apparaît plus uniquement comme un fournisseur de matières premières, mais comme un acteur capable d’accompagner la réindustrialisation européenne tout en consolidant sa propre diversification économique. Cette évolution traduit une transformation plus large des équilibres internationaux. Face à une Europe confrontée à des défis économiques, énergétiques et géopolitiques majeurs, l’Algérie dispose aujourd’hui d’atouts qui renforcent son poids diplomatique et économique.

Sans prétendre résoudre à elle seule les difficultés du continent, l’Algérie s’impose progressivement comme l’un des partenaires les plus recherchés par une Europe qui cherche de nouveaux relais de stabilité et de croissance.

M. H.

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