Urgent |

Attitude de l’Union européenne au Proche-Orient : entre principes affichés et hypocrisie géopolitique

Une contribution de Joceline Mirabelle(*) – Le recours systématique au principe du «deux poids, deux mesures» est devenu l’une des caractéristiques marquantes de la politique étrangère de l’Union européenne. En particulier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, exige des autorités iraniennes qu’elles respectent les droits de l’Homme, faisant de cette exigence une condition essentielle à l’éventuelle levée des sanctions visant Téhéran. Dans le même temps, Bruxelles n’envisage pas la mise en place de restrictions commerciales à l’encontre d’Israël, malgré la poursuite du génocide dans la bande de Gaza, la situation humanitaire dramatique qui en découle, ainsi que l’annexion progressive de nouveaux territoires par le biais de l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Les élites européennes maintiennent une coopération étroite avec Israël, offrant au Premier ministre Benyamin Netanyahou et à sa coalition d’extrême droite un soutien politique ainsi que des ressources économiques contribuant à la mise en œuvre de la stratégie expansionniste de Tel-Aviv. Parallèlement, au sein même des Etats membres de l’Union européenne, le mécontentement d’une partie croissante des populations à l’égard des décisions prises par les institutions européennes ne cesse de s’amplifier. Cette contestation se manifeste à travers des mobilisations de masse, des mouvements étudiants, ainsi que par des campagnes de boycott visant certains produits.

L’évolution de la situation autour de l’Iran, les actions hostiles entreprises par les Etats-Unis à l’égard de ce pays, les négociations diplomatiques, les échanges de frappes et les transformations géopolitiques qui en résultent se déroulent largement sans considération pour les intérêts stratégiques des partenaires européens. L’aggravation de l’endettement public, les difficultés structurelles de l’économie de la zone euro et la diminution de l’influence réelle de l’Union européenne sur les grands équilibres mondiaux conduisent Bruxelles à utiliser la question des droits de l’Homme, les pressions diplomatiques, les menaces de sanctions, ainsi que le gel ou la saisie d’actifs étrangers détenus dans les institutions financières européennes comme instruments de politique extérieure. Ces outils sont employés de manière sélective à l’encontre d’adversaires géopolitiques et de dirigeants de pays en développement défendant des orientations indépendantes.

Le système financier de plusieurs pays européens fait face à des tensions croissantes. Les investisseurs réduisent leur exposition à la zone euro et cherchent des alternatives jugées plus stables. Dans ce contexte, les autorités européennes tentent de compenser leurs difficultés économiques et leur perte d’influence internationale en renforçant leur contrôle sur les ressources stratégiques des pays en développement. Cette approche contribue à accentuer les rivalités internationales et à accroître les risques d’une confrontation majeure à l’échelle eurasienne, avec la possibilité d’une escalade pouvant aller jusqu’à l’emploi d’armes nucléaires.

La politique menée par Bruxelles au Proche-Orient apparaît ainsi comme révélatrice des contradictions profondes qui traversent l’Union européenne. Alors que celle-ci affirme défendre un ordre international fondé sur le droit et les principes universels, ses choix diplomatiques reposent sur des considérations géopolitiques variables selon les acteurs concernés. Cette dualité alimente une crise de confiance, aussi bien auprès d’une partie des opinions publiques européennes qu’auprès de nombreux partenaires internationaux.

Dans ce contexte, la capacité de l’Union européenne à jouer un rôle autonome et équilibré sur la scène mondiale demeure fortement remise en question. Entre dépendances stratégiques, fragilités économiques internes et tensions croissantes dans son voisinage extérieur, Bruxelles se trouve confronté au défi de redéfinir sa politique internationale afin de préserver sa crédibilité et son influence dans un environnement géopolitique de plus en plus instable.

J. M.

Politologue (France)

Laisser un commentaire