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Tout savoir sur José Maria Gil Garre qui accuse l’Algérie d’être derrière l’invasion de Ceuta

Par Abdelkader S. – Présenté avec emphase comme une analyse de renseignement fondée sur des sources irréfragables, le rapport de 70 pages signé par un certain José Maria Gil Garre entend démontrer que les tentatives de passage massif vers Ceuta, à la fin du mois de juillet, auraient été orchestrées depuis l’Algérie. Rapidement relayé par les outils de propagande du Makhzen, ce document s’est imposé comme un élément central du récit officiel marocain visant à expliquer cette crise migratoire dont Rabat tente vainement de se laver les mains. Pourtant, un examen attentif de son contenu soulève de nombreuses interrogations quant à sa solidité.

La première réserve concerne le parcours de son auteur. Loin d’être un observateur neutre, ce José María Gil Garre est un défenseur rémunéré des positions du Maroc sur la scène internationale. Des révélations du journaliste espagnol Ignacio Cembrero indiquent qu’il a agi pendant plusieurs années comme représentant des intérêts marocains auprès des Nations unies, notamment sur le dossier du Sahara Occidental. Un tel passé suffit à imposer un devoir d’exemplarité en matière de méthode, de transparence et de vérifiabilité.

Or, c’est précisément sur ces aspects que ce rapport bidon est le plus vulnérable. Les numéros de téléphone censés démontrer l’existence de groupes WhatsApp liés à l’Algérie sont intégralement masqués, empêchant toute vérification indépendante des éléments avancés. Plus grave, le document attribue un préfixe téléphonique à un opérateur algérien auquel il ne correspond pas. Une erreur aussi élémentaire interroge sur le sérieux des vérifications réalisées avant la publication d’un rapport présenté comme une expertise en matière de renseignement.

D’autres incohérences annihilent carrément la démonstration. L’hypothèse d’une opération coordonnée depuis l’Algérie suppose qu’un nombre important de personnes ou d’organisateurs aient pu franchir clandestinement une frontière terrestre fermée depuis 1994 et étroitement surveillée, avant de traverser l’ensemble du territoire marocain jusqu’à Ceuta sans être détectés. Une telle hypothèse est difficilement conciliable avec les réalités géographiques et sécuritaires de la région.

Par ailleurs, plusieurs affirmations relayées parallèlement au rapport, notamment celles évoquant une majorité de migrants de nationalité algérienne, ne reposent sur aucune donnée officielle rendue publique. A l’inverse, les déclarations des autorités espagnoles faisaient état d’arrivées composées très majoritairement de ressortissants marocains, ce qui affaiblit davantage la cohérence du récit développé autour de l’implication supposée de l’Algérie.

Au-delà de son contenu, ce rapport commandé par les services secrets marocains s’inscrit dans le contexte de la recherche d’un responsable extérieur aux fins d’éluder la véritable question, notamment celle liée aux causes profondes des départs massifs de sujets marocains réduits au statut d’esclaves.

Derrière le vernis d’une expertise prétendument indépendante se dessine un argumentaire qui reprend mécaniquement la lecture dictée par le commanditaire du pseudo-rapport, en transformant des élucubrations en accusations contre l’Algérie. En présentant des éléments inventés de toute pièce comme des preuves et en laissant de côté les faits qui contredisent sa démonstration, José Maria Gil Garre, décrit par les médias marocains comme un «expert international en sécurité et terrorisme» (sic), livre une construction bancale destinée à conforter un récit politique marocain préétabli. Ce que le Makhzen présente comme une enquête à travers son laquais devient, dès lors, un instrument au service du royaume voyou du Maroc.

A. S.

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