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De l’incubation du FIS au parrainage du MAK : quand la gauche française couve l’extrémisme

De Paris, Saliha Fayez – L’article commandé par le Makhzen marocain, paru dans le journal du Parti socialiste français Libération consacré à deux ouailles de Ferhat Mehenni «réfugiés» à Casablanca, au Maroc, commence par une scène de misère : deux matelas, quelques vêtements, un réfrigérateur, une bonbonne de gaz. Le récit installe immédiatement le lecteur dans une dramaturgie où le nervi du MAK apparaît d’abord comme une victime. Tout est fait pour installer le lecteur dans l’empathie avant même qu’il soit invité à s’interroger sur le mouvement politique auquel appartiennent les deux hommes.

Ils sont activistes du MAK. Et c’est précisément là que réside le problème. En effet, la gauche française a développé une curieuse spécialité lorsqu’il s’agit de l’Algérie, regardant avec une indulgence extraordinaire tout ce qui s’oppose à l’Etat algérien, y compris lorsque ce qui lui fait face relève de l’islamisme ou du séparatisme ethniciste. L’ennemi de l’Algérie devient mécaniquement un «démocrate», un «résistant», un «opposant». Peu importe alors la nature idéologique de la force qu’il représente.

Cette mécanique n’est pas nouvelle. Au début des années 1990, la France fut confrontée à l’installation sur son territoire de réseaux liés à la mouvance islamiste algérienne. Une décision de 1993 permit aux militants du FIS d’obtenir le statut de réfugié, au motif que leur seule appartenance au mouvement ne suffisait pas à établir leur participation à des actes criminels. A Paris, pourtant, d’aucuns mettaient en garde contre le risque d’un «appel d’air islamiste». Mais le criminel de guerre François Mitterrand voyait les choses autrement. Il avait d’autres calculs, un contentieux historique à régler avec l’Algérie indépendante.

Puis vint la violence sur le territoire français. En 1994, le GIA prit en otage des passagers d’un vol Air France. En 1995, les attentats de Khaled Kelkal et de ses complices frappèrent Paris et Lyon. Les années suivantes révélèrent l’implantation durable de réseaux islamistes encouragés par la permissivité dont ils bénéficiaient sous Mitterrand. Le phénomène ne disparut pas avec la fin de la décennie noire en Algérie. Il se transforma, se diffusa et participa au développement de la mouvance djihadiste en France.

Deux décennies plus tard, une partie des Français radicalisés rejoignit l’Irak et la Syrie pour rallier Al-Qaïda et Daech. La France devint l’un des principaux pays européens confrontés au phénomène des départs de djihadistes vers la zone irako-syrienne. Les attentats de 2015 et 2016 en furent l’une des conséquences les plus meurtrières sur le territoire français.

De l’islamisme du FIS au séparatisme du MAK, la gauche française reproduit la même mécanique : chercher, face à l’Algérie, des forces de rupture auxquelles elle prête les vertus démocratiques qu’elle refuse de reconnaître à leurs adversaires. Hier comme aujourd’hui, l’extrémisme devient ainsi un instrument de politique étrangère, pourvu qu’il puisse servir de levier contre l’Algérie.

Mais cette stratégie est vaine. Les soutiens politiques, médiatiques ou militants venus de France ne suffisent ni à transformer une mouvance radicale en force populaire, ni à modifier les rapports de force en Algérie. Les gesticulations parisiennes, aussi bruyantes soient-elles, ne font pas une réalité politique.

L’Algérie a connu le terrorisme islamiste, l’a combattu et en a payé le prix humain. Elle connaît désormais les entreprises séparatistes qui prétendent parler au nom d’une région entière. Dans les deux cas, ce ne sont ni les postures idéologiques de la gauche française ni ses campagnes médiatiques qui décideront de l’avenir du pays.

Hier comme aujourd’hui, ceux qui espèrent instrumentaliser les extrémismes pour affaiblir l’Algérie peuvent toujours agiter leurs réseaux, leurs tribunes et leurs indignations, leurs gesticulations n’y changeront rien. L’Algérie reste maîtresse de son destin, et les entrepreneurs d’extrémisme qu’on voudrait imposer comme ses interlocuteurs incontournables resteront des acteurs marginaux de la politique algérienne.

S. F.

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