Par M. Aït Amara – Il y a chez Manuel Valls une obstination qui force presque le «respect». Celle d’un homme que les électeurs ont successivement écarté, mais qui refuse obstinément de quitter la scène. Après avoir échoué à s’imposer en France, puis tenté de se refaire une carrière politique en Espagne, le voilà reconverti en donneur de leçons internationales. Sa nouvelle croisade : intervenir dans une affaire judiciaire algérienne et expliquer à l’Espagne ce qu’elle devrait faire d’Ayoub Aïssiou.
Dans une tribune publiée par The Objective, Valls ne se contente pas d’appeler à la vigilance sur les conditions d’une éventuelle extradition. Il tranche. Pour lui, l’affaire serait essentiellement politique, les accusations économiques avancées par l’Algérie ne résisteraient pas à l’examen et l’intéressé serait avant tout un opposant poursuivi par un «régime répressif».
Quelle extraordinaire facilité lorsqu’on ne siège plus nulle part et qu’on n’a plus à répondre devant aucun électeur.
Car Manuel Valls semble avoir oublié un détail encombrant de sa propre biographie politique, à savoir que les Français ne l’ont pas suivi. Sa candidature à la présidentielle de 2017 a été sèchement sanctionnée dès la primaire. Après son départ du Parti socialiste et son ralliement à Emmanuel Macron, il n’a jamais retrouvé la stature nationale qu’il ambitionnait. Puis il a tenté sa chance en Espagne. Là encore, les électeurs ne se sont pas précipités pour lui confier les clés du pouvoir municipal à Barcelone.
Deux pays, deux expériences politiques, deux verdicts électoraux particulièrement cruels. Et pourtant, Valls continue de parler comme s’il disposait encore d’un mandat moral pour distribuer les bons et les mauvais points aux gouvernements, aux magistrats et aux Etats.
Il lui reste donc les tribunes.
Et, curieusement, ces tribunes le ramènent régulièrement vers l’Algérie. Hier Boualem Sansal, aujourd’hui Ayoub Aïssiou. Toujours la même posture : Valls en défenseur infatigable des victimes, l’Algérie dans le rôle du coupable désigné, et les procédures judiciaires algériennes réduites à des instruments de persécution.
Mais qui a donné à Manuel Valls le dossier complet de l’affaire Aïssiou ? Sur quels éléments établit-il que les poursuites économiques sont un simple prétexte ? A-t-il accès à des pièces que la justice espagnole ne posséderait pas ? Ou bien a-t-il simplement adopté, sans véritable contradiction, la lecture défendue par le camp de l’intéressé ?
La question mérite d’autant plus d’être posée que l’ancien Premier ministre semble éprouver une fascination persistante pour les dossiers qui opposent l’Algérie à ses adversaires ou à ses détracteurs.
Et voici la question que sa tribune évite soigneusement : pourquoi cette agitation ?
Pourquoi une telle mobilisation autour d’Aïssiou ? Pourquoi cette volonté de présenter par avance toute éventuelle extradition comme une quasi-condamnation ? Pourquoi certains soutiens semblent-ils considérer comme insupportable la perspective que l’intéressé puisse répondre devant la justice algérienne ?
Que pourrait donc révéler une procédure judiciaire en Algérie ? Des éléments financiers ? Des relations d’affaires ? Des responsabilités ? Des faits encore inconnus du public ? Nous n’en savons rien. Et c’est justement à la justice algérienne de l’établir.
Valls, lui, a déjà choisi son scénario. Son invocation du «droit», de «l’honneur» et des «valeurs européennes» aurait davantage de poids si elle ne ressemblait pas à une nouvelle tentative de reconversion bassement politicienne.
C’est que Manuel Valls n’est jamais très loin lorsqu’il s’agit de l’Algérie. Après avoir perdu l’élection présidentielle française avant même d’atteindre le scrutin, après avoir échoué à transformer Barcelone en tremplin politique, il s’est découvert une nouvelle vocation : combattre l’Algérie depuis les colonnes de la presse espagnole.
C’est peut-être son dernier territoire politique. Les Français ont dit non. Les Espagnols n’ont pas davantage consacré le retour du personnage. Alors il reste les tribunes, les indignations et les croisades.
Mais derrière cette nouvelle offensive, une question demeure, et elle est autrement plus intéressante que les grandes envolées «humanistes» de Manuel Valls : pourquoi lui, pourquoi Aïssiou, pourquoi maintenant et, surtout, pourquoi cette peur bleue de laisser la justice algérienne aller jusqu’au bout de son travail ?
La réponse, si elle existe, ne devrait pas être fournie par une tribune. Elle devrait sortir d’un dossier judiciaire.
M. A.-A.


