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Injustice jusque dans la mort : les conquérants sous leurs monuments, les Algériens dans les collections anthropologiques

Une contribution d’Ali Farid Belkadi – L’histoire de la conquête coloniale de l’Algérie ne s’achève pas lorsque les armes se taisent, car les rapports de domination qui séparaient les vainqueurs des vaincus continuèrent parfois de produire leurs effets jusque dans la manière dont les morts furent traités. L’examen parallèle des cimetières européens d’Alger et des collections anthropologiques constituées au XIXe siècle fait apparaître à cet égard une dissymétrie profonde dont la signification dépasse largement l’histoire administrative des musées. Des militaires français ayant participé directement aux opérations de conquête furent enterrés avec leurs noms, leurs grades, leurs décorations et le souvenir de leurs campagnes, tandis que leurs sépultures furent entretenues, déplacées lorsqu’il le fallait et, pour certaines d’entre elles, préservées jusqu’à l’époque contemporaine. Le général Yusuf, acteur majeur de la conquête, en fournit un exemple particulièrement révélateur puisque, mort à Cannes en 1866, il fut ramené en Algérie, enseveli d’abord dans sa propriété de Mustapha, puis transféré au cimetière de Saint-Eugène, où son identité et sa mémoire funéraire furent sauvegardées.

Pendant la même période, certains Algériens morts dans les guerres de conquête, exécutés, décapités, exhumés ou prélevés dans d’autres circonstances alimentèrent les collections anthropologiques françaises. Le passage du mort à la collection transformait profondément son statut, puisque l’homme ou l’enfant qui avait possédé un nom, une famille, une histoire et une place dans sa société pouvait se retrouver progressivement réduit à une provenance, à une catégorie anthropologique, à quelques indications anatomiques et finalement à une cote d’inventaire. La différence ne signifie évidemment ni que tous les Européens bénéficièrent d’un tombeau monumental ni que tous les Algériens morts sous la conquête furent profanés, mais elle oblige à examiner une inégalité structurelle beaucoup plus profonde : certaines populations disposaient d’institutions puissantes pour préserver leurs morts, alors que des membres de la population conquise pouvaient devenir accessibles à l’armée, à la médecine, à l’anthropologie et aux réseaux savants qui acheminaient des restes humains vers Paris.

Cette enquête pose donc une question qui ne peut être évacuée par les anciennes proclamations de civilisation. Comment expliquer que certains acteurs de la conquête, y compris parmi ceux qui participèrent à la répression et aux campagnes de soumission, aient conservé après leur mort leur nom, leur sépulture et leur dignité funéraire, tandis que certains de ceux qui avaient défendu leur terre pouvaient perdre jusqu’à l’intégrité de leur corps ? La question devient plus saisissante encore lorsqu’on observe qu’après l’indépendance l’Algérie n’a pas organisé une vengeance contre les tombes européennes, qu’elle a continué à abriter des cimetières chrétiens et militaires, et qu’elle a coopéré avec la France pour permettre la conservation, le regroupement ou le transfert de certaines sépultures. L’injustice n’est donc pas que les conquérants aient reçu une tombe ; elle réside dans le fait que le même droit n’ait pas été garanti à tous les vaincus.

Avant-propos — Lorsque les cimetières répondent aux musées

Les archives historiques ne parlent pas toutes de la même manière. Certaines nous donnent des lettres, des rapports, des ordres militaires ou des récits de campagne dont le sens paraît immédiat ; d’autres ne deviennent véritablement intelligibles qu’au moment où l’on rapproche deux ensembles qui furent longtemps étudiés séparément. Le cimetière européen de Saint-Eugène, aujourd’hui Bologhine, et les collections anthropologiques provenant de l’Algérie coloniale appartiennent à cette seconde catégorie, parce que la comparaison de leurs logiques fait apparaître une structure de domination que chacune, prise isolément, ne révèle qu’imparfaitement.

À Saint-Eugène, les morts européens demeurent d’abord des personnes inscrites dans une continuité familiale, militaire, administrative ou sociale. Les pierres portent leurs noms, les épitaphes rappellent leurs grades et leurs fonctions, les monuments évoquent leurs campagnes, leurs décorations ou leur rôle dans la société coloniale, tandis que les concessions permettent de rattacher les défunts à des familles et à des généalogies. Même lorsque des tombes furent déplacées, comme cela arriva lorsque certaines anciennes nécropoles européennes d’Alger disparurent sous les transformations urbaines, le déplacement prit la forme d’une réinhumation et non celle d’une appropriation anatomique. Le mort quittait une tombe pour une autre tombe, conservant par conséquent son identité de défunt auquel une sépulture était due et dont le nom devait continuer à accompagner les restes.

Dans les collections anthropologiques, le vocabulaire se transforme progressivement. L’individu peut devenir un crâne, une tête, un sujet, le représentant d’une population, puis une cote. Ce changement terminologique n’est pas une affaire secondaire, car il révèle le passage d’une personne historique à un objet scientifique. Des musulmans algériens, des Juifs d’Algérie, des individus qualifiés selon les nomenclatures anciennes de Turcs ou de Coulouglis, des habitants du Sahara ou de diverses régions du pays, des hommes, des femmes et parfois des enfants se retrouvèrent intégrés à un appareil classificatoire dans lequel la provenance géographique, la catégorie attribuée par le collecteur et les caractéristiques morphologiques tendaient à prendre le pas sur l’existence particulière de l’être humain auquel les os avaient appartenu.

La mort aurait pourtant dû abolir la plus grande partie des rapports de puissance qui avaient structuré la conquête. Elle aurait dû constituer ce moment à partir duquel le soldat français et son adversaire algérien, désormais incapables de se menacer l’un l’autre, retrouvaient la même condition humaine élémentaire. Il n’en fut pas toujours ainsi, puisque la domination politique et militaire pouvait survivre à l’homme jusque dans la destination assignée à sa dépouille. C’est cette persistance du pouvoir après la mort que l’histoire des collections permet aujourd’hui de saisir, et c’est elle qui transforme une affaire de musée en question générale sur la justice, la civilisation et la dignité humaine.

Les conquérants conservent leurs noms

Le cimetière de Saint-Eugène constitue un document exceptionnel pour comprendre la manière dont la société coloniale organisa la mémoire de ses propres morts. Cette vaste nécropole ne fut pas seulement un lieu où l’on ensevelissait indistinctement les Européens décédés à Alger ; elle devint progressivement un espace de représentation de la société coloniale elle-même, avec ses hiérarchies, ses familles, ses militaires, ses administrateurs, ses diplomates, ses médecins, ses savants, ses magistrats, ses entrepreneurs et ses notables. Les monuments funéraires ne se contentaient pas de signaler l’endroit où reposait un corps, ils conservaient également une biographie condensée du défunt et transformaient la tombe en archive de pierre.

L’étude ancienne du cimetière de Saint-Eugène publiée par le Comité du Vieil Alger montre qu’une véritable politique de mémoire funéraire avait été organisée. Lorsque l’ancien cimetière chrétien dut disparaître en raison des travaux et des fortifications, les restes de plusieurs Européens identifiés, parmi lesquels des consuls morts parfois bien avant la conquête, furent transférés vers Saint-Eugène et réinhumés. La procédure mérite d’être regardée de près, car elle montre que l’administration coloniale savait parfaitement considérer le déplacement d’une dépouille comme une opération funéraire requérant une nouvelle tombe. La disparition matérielle du premier cimetière ne supprimait pas le droit du défunt à rester un mort identifié.

Cette capacité institutionnelle devient particulièrement instructive lorsqu’on la confronte aux pratiques de prélèvement exercées sur certains Algériens. Il ne s’agit pas de reprocher aux Européens d’avoir protégé leurs morts, puisque cette protection constitue précisément la conduite normale, humaine et civilisée. L’injustice commence lorsque l’on constate que cette évidence ne fut pas toujours étendue à ceux que la conquête avait rendus politiquement et juridiquement vulnérables. On savait inhumer, identifier, conserver, déplacer avec précaution, ériger un monument, tenir un registre et préserver un nom ; le problème n’était donc pas l’absence de moyens ou de savoir-faire, mais l’inégale distribution de cette protection.

Les premiers morts de la conquête eux-mêmes furent intégrés à cette mémoire. Des officiers blessés pendant les opérations militaires reçurent des monuments rappelant leurs fonctions, leurs campagnes et les circonstances de leur disparition. Le chef de bataillon, le colonel ou le général n’étaient pas absorbés dans une masse anonyme de soldats européens, car leur individualité survivait grâce à l’inscription funéraire, à la famille, au corps militaire et aux institutions de mémoire. Cette continuité n’est pas un détail, puisqu’elle signifie que le mort reste relié au monde des vivants par un réseau de droits, de souvenirs et d’obligations.

Or c’est précisément ce lien qui peut se défaire lorsqu’un individu devient pièce anthropologique. Le corps cesse alors d’être seulement celui d’une personne qui appartenait à une communauté et devient le support d’une enquête scientifique, le représentant d’une catégorie ou l’élément d’une série comparative. Le contraste entre la tombe et la collection ne porte donc pas uniquement sur la manière de ranger des os ; il porte sur la manière de définir ce qu’est encore une personne après sa mort.

Ceux dont Alger a conservé les noms : militaires, administrateurs, savants et notables de la société coloniale

La force de la comparaison entre les cimetières d’Alger et les collections anthropologiques françaises tient précisément au fait qu’elle ne repose pas sur une abstraction. À Saint-Eugène, au boulevard Bru et dans les autres espaces funéraires européens de la capitale, les noms de nombreux militaires, administrateurs, magistrats, médecins, ingénieurs, éditeurs et notables ont été conservés par les inventaires, les monuments et les inscriptions. Cette continuité biographique mérite d’être rappelée, car elle montre concrètement ce que signifie demeurer une personne après la mort : le défunt conserve un nom, une fonction, une famille, parfois un monument et, surtout, un lieu où les vivants peuvent encore le retrouver.

Parmi les militaires figure naturellement Joseph Vantini, dit Yusuf, mort à Cannes en 1866 et ramené en Algérie, dont le parcours funéraire sera examiné plus loin en détail. L’inventaire signale également le général Morris, né en 1803 et mort en 1867, ainsi que le général Charles-Emmanuel de Mainville, commandant de l’artillerie en Algérie, commandeur de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Louis, auquel fut consacré un monument remarquable. Le colonel Marc Mingasson, du 9e régiment de zouaves, tué en 1915, appartient lui aussi à cette mémoire militaire, tandis que le boulevard Bru conserve un monument associé à la famille du général Jean-Auguste Margueritte, dont il faut toutefois distinguer avec prudence la fonction commémorative de la présence effective de chaque dépouille. Les premières années de la conquête sont représentées par Chambaud, chef de bataillon du Génie, blessé au château de l’Empereur le 30 juin 1830 et mort à Alger quelques jours plus tard, ainsi que par le colonel Lemercier, officier du Génie ayant servi en Algérie entre 1830 et 1836 et mort en mer après la première expédition de Constantine. Ces monuments montrent combien l’armée française prit très tôt soin d’inscrire ses morts dans une mémoire funéraire durable.

La société civile et administrative coloniale est tout aussi présente. Jean François Joseph Gastu, qui fut maire, conseiller général et député, Alphonse Raffi, ancien maire d’Alger, Guillemin, maire d’Alger de 1881 à 1898, Guillaume François Bru, maire de Mustapha et président du Conseil général, Augustin Rozis, ancien maire d’Alger, et Charles Legendre, ancien premier adjoint au maire, figurent parmi les personnalités dont les sépultures furent signalées pour leur intérêt historique. À leurs côtés apparaît Félix Nelson-Chierico, préfet et personnalité liée à la Banque de l’Algérie, représentant de cette haute administration coloniale dont la mémoire familiale et institutionnelle continua d’accompagner les morts.

Le monde judiciaire, juridique et économique est représenté par Amédée Allier, bâtonnier et conseiller, Pierre François Allier, membre de la Cour d’appel, Gustave Félix Pradelle, avocat et ancien maire de Mustapha, ainsi que Pierre André Mallard, notaire et personnalité liée au Crédit foncier France-Algérie. Le monde médical, scientifique et technique apparaît avec le docteur Gaston Lemaire, médecin des hôpitaux et responsable du Bureau d’hygiène, Justin Pouyanne, inspecteur général des Mines et ancien directeur du Service géologique de l’Algérie, Armand Mesple, lié à la Faculté des lettres et à la Société de géographie d’Alger et de l’Afrique du Nord, François Cantrel, premier inspecteur de l’enseignement primaire en Algérie, ainsi qu’Henri Lacoste, attaché au service anthropométrique du Gouvernement général. La présence de ce dernier prend, dans le cadre de notre réflexion, une résonance particulière : l’homme lié à une institution de mesure des populations conserve son identité et sa sépulture, tandis que certains de ceux que l’anthropologie coloniale transforma en objets de mesure finirent par n’être plus désignés que par une cote.

La vie intellectuelle et culturelle d’Alger est également inscrite dans ces cimetières à travers Julien Hippolyte Bastide, libraire et éditeur, Adolphe Jourdan, autre grande figure de l’édition algéroise, Charles Marius Margerel et Robinet, dit Musette. Jacques Colonna d’Ornano, Louis Jacquin, capitaine des sapeurs-pompiers de Mustapha, et Barbara Louisa Dalmas de Lapérouse, née St John, apparaissent eux aussi dans les inventaires. Saint-Eugène accueille en outre des personnalités dont les trajectoires débordent la seule société coloniale française, comme Mardochée Aby Serour, explorateur et érudit juif marocain, Ismaÿl Urbain, interprète, journaliste et acteur majeur de la politique française en Algérie, ou le musicien Edmond Nathan Yafil. Des figures plus contemporaines, parmi lesquelles Roger Hanin, Fernand Iveton, Georges Acampora et Louis Debracevich, rappellent enfin que cette nécropole est devenue au fil du temps un véritable palimpseste de l’histoire algéroise.

D’autres personnalités montrent que le transfert d’une dépouille identifiée demeurait parfaitement possible lorsque la volonté politique ou familiale l’exigeait. Ranavalona III, dernière reine de Madagascar, morte en exil à Alger et d’abord enterrée à Saint-Eugène, fut transférée à Tananarive en 1938, tandis que Béhanzin, roi du Dahomey mort lui aussi en exil à Alger, fut réinhumé à Abomey en 1928 ; Fernand Bonnier de La Chapelle, exécuté à Alger en 1942, fut quant à lui transféré en 1950 au cimetière des Bruyères, à Sèvres. Dans chacun de ces cas, le déplacement ne détruisait pas l’identité du mort : la dépouille quittait une sépulture pour une autre, accompagnée de son nom, de son histoire et de la volonté de ceux qui entendaient préserver sa mémoire.

Cette longue galerie de noms donne une matérialité saisissante à l’inégalité qui traverse notre étude. À Alger, des généraux, des officiers, des maires, des préfets, des magistrats, des médecins, des ingénieurs, des enseignants, des éditeurs et des notables européens ont continué d’exister après leur mort comme des personnes identifiables, inscrites dans une biographie et dans un lieu. Dans les collections anthropologiques françaises, certains Algériens du même siècle durent au contraire être retrouvés à partir de numéros d’inventaire, de catégories anciennes et de notices qui avaient parfois réduit leur existence à quelques caractères anatomiques. D’un côté, la pierre a conservé les biographies ; de l’autre, l’histoire doit aujourd’hui remonter depuis la cote jusqu’à l’être humain. C’est dans ce contraste concret, et non dans une opposition abstraite entre deux peuples, que se mesure l’injustice devant la mort.

Yusuf : la sépulture d’un acteur de la répression

Le cas du général Yusuf est probablement l’un des plus significatifs parce qu’il permet de suivre concrètement les différentes étapes de la protection accordée à une dépouille appartenant à une grande figure militaire de l’Algérie coloniale. Joseph Vantini, connu sous le nom de Yusuf, appartient pleinement à l’histoire de la conquête française. Sa trajectoire personnelle, méditerranéenne et complexe, ne saurait être réduite à quelques qualificatifs, mais son rôle dans l’appareil militaire français ne fait aucun doute, puisqu’il devint l’une des figures les plus connues des spahis et participa pendant plusieurs décennies aux campagnes de soumission du pays.

Lorsqu’il mourut à Cannes en mars 1866, rien n’imposait matériellement que son corps fût ramené en Algérie, puisque la France métropolitaine disposait naturellement de cimetières où un général aurait pu recevoir une sépulture. Pourtant, sa dépouille traversa la Méditerranée pour être ensevelie dans le parc de sa villa de Mustapha, où une construction funéraire lui fut spécialement consacrée. Plusieurs décennies plus tard, lorsque cette première sépulture ne correspondit plus à la situation familiale, ses restes furent transférés vers le cimetière de Saint-Eugène. Chacun de ces déplacements maintint intact le statut funéraire du corps, de sorte que Yusuf demeura un homme identifié dont le nom accompagnait les os et dont la mémoire restait liée à une biographie, à un grade, à une carrière et à une tombe.

Le problème historique n’est évidemment pas qu’il ait bénéficié de ce traitement, puisqu’un mort doit être enterré avec dignité même lorsque l’histoire condamne certaines de ses actions. La question commence lorsque l’on demande pourquoi cette même évidence ne fut pas garantie avec la même constance aux hommes, aux femmes et aux enfants de la population conquise. La tombe de Yusuf devient alors, malgré elle, une pièce du dossier de l’inégalité coloniale devant la mort, non parce qu’elle serait illégitime, mais parce qu’elle montre ce que l’ordre colonial était parfaitement capable de faire lorsqu’il considérait qu’un défunt devait être protégé.

Il faut également rappeler ce que fut la carrière de Yusuf avant de considérer son tombeau. Arrivé en Algérie au moment des premières années de la conquête, il mit rapidement sa connaissance des langues, des sociétés locales et des pratiques militaires du pays au service de l’armée française. Les récits militaires français eux-mêmes le placent dans de nombreuses opérations dirigées contre Abd el-Kader et dans les campagnes qui accompagnèrent l’expansion de la domination française. Il devint une figure emblématique des troupes indigènes organisées au service de la France, et son expérience du terrain fit de lui un auxiliaire particulièrement précieux de l’appareil colonial.

L’épisode le plus célèbre demeure la prise de la smala d’Abd el-Kader à Taguin, le 16 mai 1843, sous le commandement du duc d’Aumale. La smala ne doit pas être imaginée comme un simple bivouac militaire, car elle constituait une véritable capitale itinérante au sein de laquelle se trouvaient des combattants, mais aussi leurs familles, des artisans, des religieux, des serviteurs et toute une population qui vivait dans le sillage de l’État de l’Émir. Les travaux historiques fondés sur les archives françaises ont montré qu’elle rassemblait un ensemble humain considérable. Lorsque les cavaliers français fondirent sur elle, l’opération atteignit donc bien davantage qu’un état-major ennemi ; elle bouleversa une société mobile entière.

Yusuf participa directement à cette opération et les récits français le placent au cœur de l’action. Les représentations officielles de la monarchie de Juillet transformèrent rapidement la prise de la smala en scène glorieuse, notamment à travers l’immense tableau d’Horace Vernet conservé à Versailles. Pourtant, derrière la peinture héroïque et les récits triomphants, se trouvait une réalité humaine faite de panique, de dispersion, de captures, de pertes de biens et de séparation des familles. C’est précisément lorsque l’on retire à l’événement son vernis épique que l’on comprend ce que signifiait, pour les personnes surprises dans la smala, l’irruption brutale d’une force de cavalerie conquérante.

Le sort des prisonniers exige néanmoins une rectification importante. Il serait historiquement imprudent d’écrire que Yusuf décida personnellement leur déportation vers l’île Sainte-Marguerite. La capture intervient dans l’opération militaire à laquelle il participe, mais le transfert vers la France relève d’une politique administrative et militaire de l’État français qui existait déjà avant la prise de la smala. Dès 1841, le fort de Sainte-Marguerite avait été affecté à la détention de prisonniers algériens transportés en France. Les Archives nationales d’outre-mer rappellent aujourd’hui qu’entre 1841 et 1884 plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants algériens furent exilés sur cette île située au large de Cannes et que beaucoup y furent envoyés sans procès ni jugement. Il est donc plus exact de parler d’un lieu d’internement et d’exil colonial que d’un bagne au sens pénitentiaire strict.

Cette précision ne diminue en rien la violence du système, bien au contraire, puisqu’elle permet d’en attribuer correctement la responsabilité. Ce ne fut pas l’arbitraire privé d’un seul officier qui transforma Sainte-Marguerite en lieu d’enfermement pour les Algériens, mais une politique publique inscrite dans l’appareil de la conquête. Des prisonniers capturés dans les guerres contre Abd el-Kader et d’autres résistances pouvaient être transportés loin de leur pays, séparés de leurs familles et maintenus dans une forteresse méditerranéenne sans avoir été condamnés par un tribunal.

Le rapprochement avec la destinée posthume de Yusuf prend alors une dimension presque tragique. Des Algériens liés aux guerres auxquelles il participa pouvaient traverser la Méditerranée vers la France dans la condition de prisonniers, tandis que Yusuf, plusieurs décennies plus tard, devait mourir précisément à Cannes avant que son corps n’effectue le voyage inverse pour retrouver l’Algérie et y recevoir une sépulture. Il est difficile d’imaginer image plus saisissante de deux circulations produites par la conquête : les vaincus quittent leur pays comme captifs, alors qu’un officier de la puissance conquérante quitte la France comme mort honoré afin d’être enseveli sur la terre qu’il avait contribué à soumettre.

La smala n’est d’ailleurs qu’un épisode d’une carrière beaucoup plus longue. Yusuf participa aux campagnes dirigées contre Abd el-Kader et à la politique des colonnes mobiles qui fut l’un des instruments essentiels de la conquête sous Bugeaud. Cette guerre ne consistait pas seulement à affronter des armées régulières, puisqu’elle reposait largement sur la mobilité, la destruction ou la saisie des ressources de l’adversaire, les razzias, les captures de troupeaux, la pression exercée sur les tribus et la recherche d’une soumission obtenue par l’épuisement matériel autant que par la victoire militaire. Comme officier supérieur engagé dans ce système, Yusuf participa à cette manière de faire la guerre, même si chaque opération particulière doit être attribuée avec précision et non transformée en responsabilité indifférenciée.

Il fut également présent dans les campagnes liées à Isly, aux opérations de Kabylie, aux interventions contre les Beni Snassen et, plus tard, aux répressions du Sud. Il faut là encore distinguer soigneusement les événements afin de ne pas lui imputer ce que les sources n’établissent pas. La prise sanglante de Laghouat en 1852, par exemple, ne doit pas lui être attribuée mécaniquement si son commandement direct de l’assaut n’est pas démontré, tandis que les sources militaires françaises le signalent en revanche dans les opérations de 1864 liées à la répression de l’insurrection des Ouled Sidi Cheikh et d’autres groupes du Sud. La rigueur n’adoucit donc pas sa carrière ; elle permet simplement de décrire exactement l’homme que la mémoire coloniale transforma ensuite en figure militaire prestigieuse.

Lorsque l’on revient à sa tombe, celle-ci change alors de signification. Elle demeure une sépulture humaine qui mérite le respect, mais elle devient simultanément un document sur l’inégalité devant la mort. L’homme qui participa aux campagnes contre Abd el-Kader, à la prise de la smala et à plusieurs opérations de soumission conserva son intégrité posthume, son nom, son tombeau et sa biographie. Personne ne songea à détacher sa tête afin de compléter une série anthropologique consacrée aux officiers de l’armée d’Afrique, pas davantage que son crâne ne fut réduit à un spécimen destiné à illustrer les caractères anatomiques d’un conquérant européen. C’est exactement ainsi qu’un mort doit être traité, et c’est précisément pourquoi la destinée de certains Algériens devient plus difficile encore à accepter.

Le système colonial de l’internement et de la collecte

La domination coloniale ne concernait pas seulement les vivants. Elle pouvait se prolonger après la mort parce que la puissance qui contrôlait le territoire contrôlait aussi les hôpitaux, les prisons, les champs de bataille, les transports, les institutions médicales, les sociétés savantes et les musées capables de recevoir ce que les agents de l’État ou les particuliers prélevaient. Le vaincu, de son côté, ne possédait aucun appareil comparable qui lui aurait permis de traiter symétriquement les morts de la puissance dominante.

L’île Sainte-Marguerite illustre la première dimension de ce système, celle de la maîtrise des vivants capturés. Les Archives nationales d’outre-mer ont rappelé en 2026 qu’entre 1841 et 1884 plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants algériens furent exilés dans le fort de l’île, au large de Cannes, beaucoup sans procès ni jugement. Cette donnée suffit à montrer que l’internement colonial ne relevait pas simplement de la détention pénale ordinaire. Il s’inscrivait dans une politique destinée à neutraliser des personnes considérées comme dangereuses ou liées aux résistances, en les éloignant du territoire algérien et de leurs réseaux familiaux ou politiques.

La collection anthropologique illustre la seconde dimension, celle de la maîtrise des corps morts. Le Muséum national d’Histoire naturelle indique aujourd’hui que sa collection ostéologique comprend plus d’un millier de squelettes et environ dix-huit mille crânes, tandis que les collections d’anthropologie biologique du Musée de l’Homme se sont particulièrement enrichies au XIXe siècle dans le contexte des grandes expéditions et de l’expansion européenne. Le Muséum reconnaît lui-même que l’histoire de ces collections est liée au développement de l’anthropologie et à l’expansionnisme européen, ce qui permet désormais d’aborder les provenances avec une lucidité que les anciens catalogues ne possédaient pas.

Il serait naturellement faux de soutenir que tous les restes algériens conservés à Paris proviennent d’une décapitation militaire ou d’une profanation. Les collections réunissent des provenances multiples, parmi lesquelles des contextes médicaux, archéologiques, funéraires et anthropologiques différents. Une démonstration sérieuse doit donc avancer cote par cote, individu par individu, en distinguant ce qui relève du combat, de l’exécution, de l’exhumation, du don médical ou d’autres voies d’acquisition. Cette exigence de précision n’affaiblit nullement l’accusation historique, car elle évite de donner à ceux qui souhaiteraient la récuser le moyen de la disqualifier à partir d’une généralisation contestable.

Ce qui demeure, une fois ces précautions établies, est l’asymétrie de disponibilité. La société coloniale possédait un appareil qui rendait certains corps algériens accessibles à la science d’une manière qui ne semble pas avoir touché de façon comparable les militaires et les colons européens morts dans les mêmes guerres. Il existe naturellement des restes européens dans les collections anthropologiques françaises, issus notamment des hôpitaux, des prisons, des cimetières ou des contextes anatomiques de la métropole, mais la question pertinente n’est pas de savoir s’il existe des crânes européens ; elle est de savoir où se trouvent les séries de colons ou d’officiers français tués pendant les guerres d’Algérie, décapités, préparés et expédiés à Paris comme représentations anatomiques du conquérant.

Cette absence comparative est historiquement féconde parce qu’elle oblige à penser la relation entre race, statut social, droit, guerre et vulnérabilité. Les pauvres, les condamnés et les indigents européens furent eux aussi plus exposés que les élites à l’appropriation anatomique, ce qui montre que la disponibilité du corps ne dépend jamais d’un seul facteur. Dans la colonie, toutefois, le statut de dominé ajoute une vulnérabilité supplémentaire, puisque l’homme capturé ou mort dans une opération militaire peut se trouver séparé des institutions familiales, juridiques ou religieuses qui auraient normalement protégé sa dépouille.

Le racisme colonial apparaît alors moins comme une série d’insultes que comme une organisation concrète des possibilités. Une population peut être décrite, mesurée, photographiée, classée, exhumée ou transformée en série scientifique parce que ceux qui accomplissent ces opérations disposent du pouvoir de le faire. La violence institutionnelle ne suppose pas que chaque médecin ou chaque collecteur soit personnellement animé par la haine ; elle résulte d’un ordre politique qui rend certaines personnes plus disponibles que d’autres.

De la personne au spécimen

La différence entre le cimetière et la collection ne réside pas seulement dans le lieu physique où se trouvent les os, mais dans la manière dont l’institution regarde le mort. Le cimetière conserve normalement la relation entre le corps et la personne, parce que le nom, les dates, la famille, la profession ou le grade accompagnent la dépouille et la rattachent à une continuité humaine. La collection anthropologique, surtout lorsqu’elle hérite des pratiques du XIXe siècle, privilégie ce qui rend le corps comparable à d’autres corps, de sorte que la provenance, le sexe, l’âge approximatif, la morphologie et la catégorie attribuée peuvent devenir plus importants pour l’institution que l’histoire individuelle du défunt.

Il ne faut évidemment pas caricaturer la science contemporaine en lui attribuant les présupposés raciaux de l’anthropologie ancienne. Le Muséum rappelle aujourd’hui explicitement que le concept de races humaines tel qu’il fut employé autrefois ne possède pas de pertinence scientifique, parce qu’il introduit des discontinuités artificielles dans une variation humaine continue. Cette reconnaissance est importante, mais elle oblige précisément à revenir sur la manière dont les collections furent autrefois constituées, car les objets qui demeurent dans les réserves portent encore matériellement l’histoire des catégories abandonnées.

L’anthropologie du XIXe siècle était traversée par une passion classificatoire qui touchait les langues, les sociétés, les plantes, les animaux et les êtres humains. Les anthropologues mesuraient les crânes, établissaient des indices, comparaient les profils, photographiaient les individus et cherchaient à organiser la diversité humaine selon des ensembles qu’ils pensaient relativement stables. L’empire fournissait à cette science un terrain d’observation immense, parce que les médecins militaires et les administrateurs circulaient parmi les populations conquises et que les réseaux coloniaux permettaient de faire voyager vers Paris des objets et des restes qui, dans un contexte d’égalité politique, auraient été beaucoup plus difficiles à obtenir.

L’Algérie se retrouva ainsi fragmentée dans les anciens catalogues selon des catégories comme Arabes, Kabyles, Maures, Juifs, Turcs, Kouloughlis ou Sahariens, comme si une société complexe pouvait être recomposée sous la forme d’une série de populations dont les différences seraient lisibles dans les corps. La présence de Juifs d’Algérie, de personnes qualifiées de Turcs ou de Kouloughlis dans les collections est particulièrement instructive, car elle empêche de réduire le problème à une opposition simpliste entre chrétiens et musulmans. Ces groupes possédaient des histoires, des statuts et des identités différents, mais ils pouvaient tous devenir les objets d’un même regard anthropologique porté par la puissance conquérante.

Le passage de la personne au spécimen est donc à la fois matériel et intellectuel. L’homme qui avait un nom peut finir par être davantage connu sous une cote ; l’enfant qui avait une famille peut survivre dans l’inventaire sous un surnom attribué par le collecteur ; le résistant qui appartenait à une histoire politique peut être ramené à la mesure de son crâne. La science contemporaine de provenance travaille précisément à inverser cette opération, en partant du numéro pour retrouver l’individu, du catalogue pour retrouver l’événement et du spécimen pour retrouver une biographie.

L’expression des « boîtes à chaussures », employée dans le débat public pour décrire certains conditionnements de stockage de crânes, doit être utilisée avec précision. Elle possède une force symbolique considérable, mais elle ne constitue pas une catégorie officielle du Muséum et ne doit pas servir à caricaturer les normes actuelles de conservation. Ce qui importe historiquement est la disproportion entre la monumentalité accordée à certains morts et l’extrême banalité matérielle dans laquelle d’autres restes humains purent être conservés après avoir perdu leur contexte et parfois leur identité. Le problème n’est pas le carton en lui-même ; il est la distance immense qui sépare une existence humaine d’une cote inscrite sur un contenant.

La petite fille appelée « Sorcière de Blida »

Parmi tous ces restes, l’un des cas les plus bouleversants est celui d’une enfant âgée d’environ sept à huit ans, conservée sous la cote HA-247 et longtemps désignée dans la documentation sous l’appellation de « Sorcière de Blida ». Cette dénomination suffit à montrer ce que peut produire la transformation d’un être humain en objet de collection. Nous ne connaissons pas nécessairement son prénom, nous ne savons pas encore tout de sa famille ni des circonstances exactes de sa mort, mais nous savons qu’il s’agissait d’une enfant, c’est-à-dire d’une personne qui n’avait ni commandé une insurrection ni dirigé une armée et dont la présence dans une collection anthropologique exige à elle seule une enquête de provenance approfondie.

Le surnom qui lui fut attribué ajoute à la violence de l’anonymat une seconde dépossession, celle de la représentation. Cette fillette n’est plus désignée comme l’enfant de Blida, encore moins par un nom familial, mais à travers un qualificatif chargé d’imaginaire, « sorcière », qui transforme une personne morte en curiosité. Le terme appartient aux catégories mentales de ceux qui l’ont enregistrée et non à l’identité que son entourage aurait reconnue. Il révèle à quel point l’inventaire peut parfois fabriquer un personnage de collection en lieu et place de la personne réelle.

La documentation disponible associe son entrée au docteur Caffe et à l’année 1854. Cette provenance doit être étudiée avec toute la précision nécessaire, car chaque détail compte lorsqu’il s’agit de reconstituer le trajet d’un enfant mort depuis l’Algérie jusqu’à une collection parisienne. Comment son crâne a-t-il été obtenu, dans quel contexte, par qui, avec quelle autorisation, à partir de quel lieu et avec quelles informations initiales ? Ces questions ne relèvent pas d’une sensiblerie rétrospective, mais de la méthode historique la plus élémentaire, puisque l’absence de réponse interdit de traiter ce reste comme un objet scientifique détaché de toute histoire.

L’enfant de Blida donne également un visage, même si ce visage nous échappe, à ce que les grands nombres risquent de rendre abstrait. Lorsque l’on parle de centaines de restes algériens conservés dans les collections, on peut finir par oublier que chaque cote renvoie à une existence singulière. La fillette oblige à interrompre cette abstraction, parce qu’il devient impossible de parler d’elle comme d’un simple échantillon sans sentir tout ce que le vocabulaire administratif a effacé.

C’est précisément pourquoi son cas doit occuper une place centrale dans toute demande adressée à la France. La restitution ne peut être pensée seulement pour les grands résistants dont les noms appartiennent déjà à l’histoire nationale, car la dignité humaine ne dépend ni du grade, ni de la célébrité, ni de l’héroïsme. Un chef de résistance et une enfant inconnue possèdent le même droit à ne pas devenir indéfiniment des objets de collection. Si l’on exige le retour des morts algériens, la petite fille de Blida doit être là, au premier rang de cette exigence, précisément parce qu’elle ne dispose d’aucun prestige militaire pour imposer sa mémoire.

Qui sont les barbares ?

Le mot « barbare » fut l’un des instruments favoris des entreprises impériales, parce qu’il permettait de transformer une différence politique en hiérarchie morale. La puissance conquérante se présentait comme dépositaire de la civilisation, tandis que la société conquise était décrite comme violente, arriérée, irrationnelle ou incapable d’entrer seule dans la modernité. Ce vocabulaire n’était pas seulement insultant ; il remplissait une fonction politique en donnant à la conquête l’apparence d’une mission.

L’histoire des morts oblige à retourner l’interrogation sans pour autant tomber dans l’erreur inverse qui consisterait à essentialiser les peuples. Aucun peuple n’est barbare par nature et aucune nation ne possède la civilisation comme une qualité héréditaire. Ce sont les pratiques qui doivent être examinées. Lorsqu’une puissance se proclame civilisatrice, elle doit être jugée selon les normes qu’elle prétend porter, et cette exigence devient particulièrement forte lorsqu’il s’agit de ceux qui ne peuvent plus se défendre.

Si des combattants algériens avaient décapité des officiers français, conservé leurs têtes, organisé leur transport vers Alger et entrepris de mesurer leurs crânes pour constituer une série scientifique consacrée aux conquérants européens, la France du XIXe siècle aurait probablement décrit la pratique comme une preuve éclatante de sauvagerie. Or lorsque des opérations analogues se produisent dans le sens imposé par la domination coloniale, elles peuvent être absorbées par un vocabulaire d’apparence neutre fait de collecte, de don, d’acquisition, d’étude, d’inventaire et de classement. La violence ne disparaît pas nécessairement ; elle devient administrativement propre.

La question « Qui sont les barbares ? » ne doit donc pas conduire à remplacer un racisme par un autre, mais à retirer au colonisateur le monopole de la définition. Est barbare une pratique qui nie l’humanité du mort, qu’elle soit accomplie par un Européen, un Algérien ou n’importe quel autre peuple. Est civilisée une pratique qui reconnaît une limite à la puissance et refuse de poursuivre la guerre jusque dans le cadavre.

La véritable mesure d’une société ne se trouve pas seulement dans la manière dont elle honore ses héros, puisque toutes les sociétés savent élever des monuments à ceux qu’elles admirent. Elle apparaît davantage dans la façon dont elle traite les vaincus lorsqu’elle n’a plus rien à craindre d’eux. Respecter l’ennemi mort signifie reconnaître que la victoire ne donne pas tous les droits et que la disparition de l’adversaire rend à celui-ci une humanité qui n’a plus besoin d’être négociée.

L’Algérie indépendante et les tombes de l’ancienne population européenne

L’histoire ne s’arrête pas en 1962, et la manière dont les cimetières européens furent traités après l’indépendance apporte un élément supplémentaire à la réflexion. Il serait historiquement incorrect de prétendre que toutes les nécropoles chrétiennes furent parfaitement entretenues, puisqu’il y eut des abandons, des regroupements, des destructions dues au temps, à l’urbanisation ou au départ massif des familles. Certaines petites nécropoles furent particulièrement vulnérables et les accords franco-algériens organisèrent précisément, au fil des décennies, des opérations de regroupement destinées à éviter une disparition totale des sépultures.

Cependant, il n’y eut pas de politique générale d’exhumation punitive destinée à transformer les morts européens en trophées de l’indépendance. Les cimetières chrétiens demeurèrent sur le territoire, certaines tombes militaires continuèrent à exister et des dispositifs de coopération permirent aux familles qui le souhaitaient de transférer les restes de leurs proches vers la France. L’arrêté français du 23 juin 2011 concernant le regroupement de sépultures civiles françaises en Algérie s’inscrit dans cette longue coopération et prévoit notamment la possibilité de demandes familiales de transfert.

Cette réalité possède une portée morale importante parce qu’elle montre que l’indépendance n’a pas consisté à reproduire en sens inverse les pratiques d’appropriation corporelle dont certains Algériens avaient été victimes. Les restes des généraux français ne furent pas transformés en collection anthropologique nationale et les crânes des colons ne furent pas extraits de leurs tombes afin de constituer une série anatomique consacrée à l’ancien conquérant. On peut condamner sévèrement la colonisation tout en laissant reposer les morts, parce que le jugement historique et la vengeance funéraire appartiennent à deux ordres différents.

Cette attitude ne signifie pas que l’Algérie indépendante aurait développé un culte des anciens conquérants ni qu’elle aurait renoncé à réécrire son espace symbolique. Elle a légitimement donné aux rues, aux places et aux institutions les noms de ses propres figures, honoré les résistances et replacé la conquête dans une histoire nationale. Mais elle n’a pas eu besoin d’exhumer les morts européens pour retrouver sa souveraineté. Cette capacité à distinguer la mémoire politique de la dignité funéraire mérite d’être reconnue lorsqu’on compare le sort des sépultures européennes et celui des restes algériens conservés en France.

La tolérance ne signifie pas l’oubli et le respect d’une tombe n’absout pas celui qui y repose. Elle signifie seulement que la mort impose une limite à la vengeance et que les os ne doivent pas être punis à la place des vivants. Cette idée, profondément enracinée dans de nombreuses cultures méditerranéennes, rend d’autant plus incompréhensible la persistance, pendant plus d’un siècle, de restes humains algériens soustraits à toute sépulture.

L’injustice n’est pas dans la tombe du conquérant

Il faut insister sur un point essentiel, parce qu’il constitue le cœur moral de toute cette démonstration. Le scandale historique n’est pas que le général Yusuf ait reçu une sépulture digne, pas davantage que les militaires français disposent de carrés funéraires ou que les familles européennes puissent honorer leurs morts. L’injustice réside dans le fait que certains de ceux qui furent combattus, exécutés, exhumés ou prélevés n’aient pas bénéficié de la même garantie.

La justice mémorielle ne peut donc consister à réclamer une revanche posthume contre les morts européens. Il serait absurde et moralement désastreux de souhaiter que des généraux français fussent décapités ou privés de sépulture afin de produire une égalité macabre. La seule égalité digne de ce nom consiste à généraliser la protection dont ils bénéficièrent, de telle sorte que chaque mort puisse conserver son nom lorsqu’il est connu, son intégrité autant que possible, une sépulture et la possibilité pour ses descendants de retrouver sa trace.

Saint-Eugène devient alors, malgré lui, un document à charge contre l’inégalité coloniale. Le cimetière n’a pas été créé pour accuser l’ordre auquel il appartenait, mais chacune de ses tombes anciennes montre qu’une autre manière de traiter les morts était possible. On savait identifier les défunts, conserver leurs noms, déplacer leurs ossements lorsqu’une nécropole disparaissait, organiser des réinhumations, construire des monuments, maintenir des concessions et préserver des épitaphes pendant plusieurs générations. La question n’est donc pas de savoir si la puissance coloniale savait respecter un corps ; elle le savait parfaitement. La question porte sur ceux auxquels ce respect était effectivement garanti.

Le paradoxe devient plus profond encore lorsque le pays conquis se retrouve, après son indépendance, gardien matériel d’une partie des tombes de ses conquérants, tandis que certains de ses propres morts demeurent dans les collections de l’ancienne métropole. Cette situation ne doit pas être transformée en slogan simplificateur, mais elle constitue une réalité morale difficile à contourner. L’Algérie a continué d’abriter les morts de l’ancienne population européenne, alors que des familles et des chercheurs algériens devaient retrouver à Paris les traces de personnes dont les restes avaient quitté leur pays sous la forme d’objets anatomiques.

Restituer, ce n’est pas se venger

La restitution de restes humains issus des contextes coloniaux ne devrait donc jamais être présentée comme une revanche exercée contre la France contemporaine ni comme une culpabilité héréditaire imposée aux Français d’aujourd’hui. Elle relève d’un principe beaucoup plus simple : lorsqu’une dépouille a été soustraite à son contexte funéraire dans des circonstances historiquement problématiques et que sa provenance peut être suffisamment établie, la possibilité de lui rendre une sépulture constitue une mesure de réparation et de dignité.

Le cadre juridique français a d’ailleurs évolué. La loi du 26 décembre 2023 a instauré une procédure facilitant, sous certaines conditions, la restitution à des États étrangers de restes humains appartenant aux collections publiques françaises. La restitution à Madagascar, en août 2025, de trois crânes sakalava, dont deux appartenaient à des guerriers morts lors d’affrontements avec les troupes françaises, a montré que cette voie juridique pouvait effectivement être utilisée. L’existence de cette procédure enlève désormais une partie des obstacles qui avaient longtemps servi à justifier l’immobilité des collections.

Le cas algérien possède toutefois une profondeur historique et quantitative considérable qui exige un travail systématique de provenance. Il ne suffit pas de restituer quelques figures déjà célèbres en laissant dans les réserves tous les anonymes dont les biographies seraient plus difficiles à reconstruire. La dignité ne dépend pas de la notoriété. La petite fille de Blida a autant de droit à une enquête complète qu’un chef militaire dont le nom figure dans les manuels d’histoire.

Restituer les morts signifie donc aussi restituer les noms avant même que les os ne quittent éventuellement le musée. Chaque cote doit devenir le point de départ d’une recherche destinée à retrouver une provenance précise, une date, un collecteur, un contexte historique, une éventuelle famille et les circonstances exactes de l’entrée en collection. Ce travail transforme profondément le regard, parce qu’il inverse la logique ancienne qui avait converti l’individu en spécimen. L’histoire peut aujourd’hui partir du spécimen pour retrouver l’homme, du catalogue pour retrouver l’événement et du numéro pour retrouver un nom.

Les collections deviennent ainsi des archives indirectes de la conquête. Une cote peut conduire à une expédition, le nom d’un médecin peut ouvrir une correspondance, une série provenant d’une même localité peut révéler un épisode de guerre ou un réseau de collecte et une date d’entrée peut permettre de reconstituer un trajet entre l’Algérie et Paris. La restitution matérielle et la restitution historique avancent donc ensemble, parce que l’une rend le corps tandis que l’autre rend la personne.

Un mot à Emmanuel Macron — rendre les morts algériens

Monsieur le Président de la République, la France a désormais les moyens juridiques, scientifiques et archivistiques de regarder cette histoire sans détour. Elle a commencé à le faire en restituant vingt-quatre crânes à l’Algérie en juillet 2020, et le Muséum lui-même reconnaît aujourd’hui la nécessité de documenter les provenances afin de rendre possibles de nouvelles restitutions dans le cadre de la loi. Le temps est venu d’aller plus loin et de considérer non seulement les quelques noms qui ont déjà acquis une dimension nationale, mais l’ensemble des morts algériens dont la présence dans les collections françaises résulte d’une histoire coloniale qui doit être entièrement éclaircie.

La France doit rendre à l’Algérie ses morts lorsque les conditions historiques et juridiques de la restitution sont réunies, et elle doit surtout entreprendre avec les institutions algériennes le travail d’identification permettant de réunir ces conditions. Il ne s’agit pas d’un geste de faiblesse, encore moins d’une humiliation nationale, mais d’un acte de maturité historique. Une grande nation ne diminue pas lorsqu’elle reconnaît une injustice commise dans le cadre d’un ancien système de domination ; elle se grandit lorsqu’elle cesse de confondre la fidélité à son histoire avec l’obligation de tout justifier.

Parmi ces morts, il faut regarder l’enfant de Blida. Une fillette âgée d’environ sept à huit ans, conservée sous la cote HA-247 et désignée dans l’ancienne documentation comme « Sorcière de Blida », ne peut demeurer éternellement une curiosité anthropologique héritée du XIXe siècle. Elle n’avait dirigé aucune armée, ne menaçait aucun empire et ne représentait aucun danger militaire. Son âge suffit à ramener toute cette affaire à sa vérité la plus élémentaire : derrière une cote se trouve un enfant qui aurait dû être rendu à la terre et aux siens.

C’est cette enfant, autant que les résistants célèbres, qui devrait obliger la République française à accomplir son examen de conscience. Le mot de mea culpa n’a de sens que s’il ne reste pas une formule abstraite prononcée dans un discours présidentiel, mais se traduit par l’ouverture des archives, l’identification des restes, la transparence des inventaires et la restitution de ceux dont la présence dans les collections ne peut plus être moralement défendue.

Il ne vous est pas demandé, Monsieur le Président, d’ordonner une repentance héréditaire ni de demander aux Français d’aujourd’hui de se considérer personnellement coupables des actes du XIXe siècle. Il vous est demandé de reconnaître que l’État et ses institutions sont les dépositaires d’une continuité historique qui leur donne aujourd’hui le pouvoir de réparer ce qui peut encore l’être. Les morts n’attendent pas des excuses rhétoriques ; ils attendent que leur statut change, que leurs noms soient recherchés et que leur destination soit réexaminée.

La comparaison avec Yusuf rend cette obligation plus saisissante. Un homme qui participa durant des décennies à la conquête, qui fut engagé dans les campagnes contre Abd el-Kader et dans la prise de la smala, mourut à Cannes avant que son corps ne soit ramené en Algérie pour y recevoir une sépulture, puis une seconde lorsqu’il fallut le déplacer. Les autorités et la société coloniale savaient donc parfaitement qu’un mort devait conserver son nom et rejoindre une tombe. La France n’a aucune raison de refuser aujourd’hui à une enfant algérienne, ou à un résistant dont la tête fut transformée en pièce de collection, ce qu’elle accordait naturellement à ses propres officiers.

Les glorieux morts de l’histoire coloniale ne peuvent pas être uniquement ceux que la mémoire française a élevés au rang de héros militaires. Il existe aussi, de l’autre côté de cette histoire, des morts auxquels la dignité a été retirée précisément parce qu’ils appartenaient à la société algérienne. Si la République française veut parler de mémoire partagée, elle doit commencer par admettre que le partage ne peut pas consister à conserver les monuments des uns et les crânes des autres.

À cette exigence adressée à l’État peut s’ajouter une interpellation plus personnelle à Zinédine Zidane, qui, le 28 juillet 2026, a publiquement exprimé son soutien au journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu en Algérie, en souhaitant qu’il puisse rentrer auprès de sa famille. Cette parole est légitime dès lors qu’elle procède d’une sensibilité à la séparation, à l’attente des proches et à la dignité d’un homme privé de liberté. Elle autorise cependant une autre question, qui ne cherche ni à opposer une souffrance à une autre ni à demander à Zidane de choisir entre la France et l’Algérie : cette même compassion trouvera-t-elle aussi des mots pour les morts algériens qui attendent depuis des générations que leur histoire soit reconnue et, lorsque les conditions le permettent, que leurs restes retournent vers leur pays ? Il serait particulièrement fort que celui qui demande qu’un vivant retrouve sa famille rappelle également que des morts ont, eux aussi, été séparés des leurs, et que la petite fille de Blida, qui n’eut jamais la possibilité de parler pour elle-même, mérite au moins que des voix contemporaines demandent ce qu’elle est devenue, pourquoi elle se trouve encore dans une collection et si son retour peut enfin être organisé.

Rendez donc à l’Algérie ses morts, Monsieur le Président, non pour effacer la France de l’histoire algérienne, mais pour mettre fin à ce qui subsiste matériellement de l’ancienne domination dans les réserves de ses institutions. Rendez les résistants lorsque leur provenance est établie, rendez les anonymes lorsque l’enquête permet de déterminer qu’ils doivent retourner à leur pays, et n’oubliez surtout pas cette enfant de sept ou huit ans dont personne ne connaît peut-être encore le vrai nom mais à laquelle une administration savante en attribua un autre qui n’était pas le sien.

La restitution de cette fillette aurait peut-être une force plus grande que cent discours, parce qu’elle ferait comprendre que la question n’oppose pas seulement deux États et deux mémoires nationales. Elle concerne la frontière que toute civilisation digne de ce nom doit tracer entre la science et l’appropriation, entre l’histoire et la possession, entre la victoire et le droit de disposer du corps du vaincu.

Alors seulement la vieille interrogation sur les « barbares » pourra être posée autrement. Il ne s’agira plus de demander quel peuple mérite ce nom, mais de reconnaître quelles pratiques furent indignes de la civilisation dont elles se réclamaient. La France pourra conserver la mémoire de ses soldats, l’Algérie pourra continuer à respecter les cimetières européens présents sur son sol, et les morts algériens pourront enfin cesser d’être les derniers prisonniers d’une conquête qui aurait dû s’arrêter avec leur disparition.

Conclusion — La mort aurait dû abolir la conquête

Il existe un moment où toute guerre devrait réellement prendre fin, et ce moment n’est pas seulement celui où un traité est signé ou lorsqu’une armée capitule. Il survient lorsque l’adversaire est mort, parce qu’il ne commande plus, ne résiste plus, ne menace plus, ne porte plus d’arme et ne peut plus modifier l’issue du conflit. Son corps demeure alors la dernière part de son existence sur laquelle aucune puissance ne devrait exercer une souveraineté de conquête.

Pour certains Algériens, pourtant, la domination continua jusque-là. Elle se prolongea dans le prélèvement, dans le transport, dans l’inventaire et dans la conservation scientifique. Pendant ce temps, les morts de la puissance conquérante recevaient des sépultures, et lorsque ces sépultures devaient être déplacées, on reconstituait ailleurs le lien entre le mort, son nom et sa mémoire. La différence ne se trouve donc pas entre un peuple qui aurait toujours respecté les morts et un autre qui ne les aurait jamais respectés ; elle se trouve dans l’existence d’un système politique qui donnait aux uns le pouvoir de décider du destin posthume des autres.

L’histoire sérieuse doit conserver toutes les nuances nécessaires. Tous les restes algériens du Muséum ne sont pas des trophées de guerre, tous les Européens morts en Algérie n’ont pas bénéficié de monuments grandioses et tous les cimetières chrétiens n’ont pas été parfaitement préservés après l’indépendance. Pourtant, ces nuances ne font pas disparaître l’inégalité fondamentale. Les autorités coloniales disposaient d’un appareil complet pour protéger leurs propres morts, tandis que certains morts de la société conquise pouvaient devenir des objets de science.

La civilisation ne se mesure pas à la hauteur des monuments élevés aux vainqueurs, mais à la limite qu’une société impose à son propre pouvoir lorsqu’elle tient enfin l’adversaire entièrement à sa merci. Dans cette perspective, laisser reposer l’ennemi devient un acte de civilisation plus profond que toutes les proclamations qui prétendent l’apporter par les armes.

L’Algérie indépendante, malgré les blessures laissées par cent trente-deux années de domination et malgré les difficultés matérielles qui touchèrent certains cimetières, n’a pas répondu aux collections anthropologiques françaises en constituant à Alger une collection de crânes de conquérants européens. Elle n’a pas transformé les généraux de Saint-Eugène en spécimens et n’a pas fait de l’anatomie de l’ancien colonisateur un instrument de revanche. Cette différence ne donne à aucun peuple un brevet éternel de vertu, mais elle mérite d’être méditée lorsqu’on entend encore distribuer avec assurance les rôles de civilisés et de barbares.

La petite fille de Blida demeure peut-être le symbole le plus insupportable de cette histoire, parce qu’elle débarrasse le débat de toutes les justifications militaires. On peut discuter pendant des pages du statut d’un combattant, d’un insurgé ou d’un chef de résistance, mais que peut-on invoquer devant un enfant de sept ou huit ans ? Son existence dans une collection oblige à revenir à la seule question qui compte : par quel enchaînement de pouvoir, de science et d’indifférence un enfant mort en Algérie a-t-il pu finir à Paris sous une cote et un surnom qui n’était probablement pas le sien ?

Répondre à cette question, retrouver son histoire et permettre un jour son retour ne répareront évidemment pas le XIXe siècle. Rien ne peut rendre aux morts ce qui leur a été pris. Mais une société peut décider de ne plus prolonger indéfiniment l’injustice dont elle a hérité.

La mort aurait dû abolir la conquête, mais elle ne l’abolit pas toujours. Il appartient désormais à l’histoire, au droit et à la conscience publique de mettre fin à ce qui en subsiste encore dans les collections, afin que les hommes, les femmes et les enfants autrefois transformés en spécimens redeviennent enfin, dans les archives comme dans la sépulture, des personnes.

Sources principales mobilisées

Le présent texte s’appuie notamment sur les études anciennes consacrées au cimetière de Saint-Eugène publiées par le Comité du Vieil Alger et accessibles sur Persée, sur les travaux historiques relatifs à la prise de la smala et aux prisonniers algériens internés en France, sur les fonds et présentations des Archives nationales d’outre-mer concernant l’île Sainte-Marguerite, sur les données publiques du Muséum national d’Histoire naturelle relatives aux collections ostéologiques et à la provenance coloniale d’une partie des collections d’anthropologie biologique, sur les recommandations du Muséum relatives aux restitutions de restes humains, sur les textes officiels français concernant le regroupement des sépultures civiles françaises en Algérie et sur la loi du 26 décembre 2023 relative à la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques. La formulation concernant la fillette de Blida reprend les données de catalogue associant la cote HA-247 à une enfant âgée d’environ sept à huit ans et au don du docteur Caffe en 1854 ; cette provenance appelle précisément une étude archivistique complète destinée à établir les circonstances exactes de son prélèvement et de son entrée dans les collections.

(Suivra)

A.-F. B

Auteur, historien, anthropologue

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