Par Abdelkader S. – Le triomphalisme diplomatique de Rabat vient de subir un sérieux coup de frein. Lors d’une interview accordée à France 24, l’émissaire et conseiller spécial américain pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, a jeté un froid sur les ambitions marocaines d’un règlement rapide et unilatéral de la question du Sahara Occidental. Bien que l’administration de Donald Trump maintienne formellement sa proclamation de 2020 reconnaissant la souveraineté marocaine – sans effet aucun sur le référendum –, la réalité du terrain diplomatique imposée par Washington s’avère bien plus nuancée et contraignante pour le royaume d’André Azoulay.
Malgré l’intense lobbying du Makhzen pour imposer son plan d’autonomie comme unique issue, Massad Boulos a explicitement reconnu que les négociations menées en Espagne et aux Etats-Unis n’ont pas permis d’aboutir à un accord concret. L’émissaire américain a douché les espoirs d’une résolution imminente en insistant sur le fait que rien ne pourra se concrétiser sans un retour et un accord formel du Front Polisario.
«Il n’y a pas de solution imminente au conflit du Sahara Occidental que nous puissions sentir ou toucher, et nous attendons toujours les commentaires et le feedback du Front Polisario sur le plan d’autonomie», a-t-il admis avec pragmatisme. Un feedback qui sera, de toute évidence, négatif.
Cette déclaration remet le mouvement sahraoui au centre du jeu politique. Elle rappelle à Rabat que la reconnaissance américaine ne suffit pas à effacer le statut international du territoire ni la nécessité d’un consensus entre les deux parties historiques du conflit.
Pour le Maroc, qui tente désespérément de présenter l’Algérie comme le véritable et unique adversaire dans ce dossier, le discours de Massad Boulos résonne comme un désaveu stratégique. L’envoyé américain a tenu des propos particulièrement conciliants envers l’Algérie, qualifiant la relation bilatérale d’excellente et décrivant notre pays comme un très bon partenaire. Il a souligné que le gouvernement algérien joue un rôle constructif en encourageant le dialogue, tout en rappelant qu’Alger ne va pas imposer une solution de force au Front Polisario.
Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU s’apprête à examiner le renouvellement du mandat de la Minurso d’ici la fin octobre, la posture de Washington marque un retour à une Realpolitik rigide. En affirmant qu’aucun projet de solution palpable n’existe sans l’aval des représentants légitime du peuple sahraoui, la diplomatie américaine renvoie le Maroc à la table des négociations, brisant l’illusion d’un dossier définitivement clos.
A. S.


