De Paris, Saliha Fayez – La fille du cinéaste René Vautier a vivement réagi à la décision de la municipalité d’Elne d’effacer le nom de son père du fronton du cinéma municipal. Dans une lettre ouverte adressée aux conseillers municipaux, Moïra Chappedelaine-Vautier dénonce fermement ce qu’elle qualifie d’acte politique et d’attaque frontale contre la mémoire culturelle engagée. Elle y déplore la suppression d’un symbole fort, rappelant les combats de son père pour la liberté d’expression et le cinéma indépendant.
Cette vive contestation s’est invitée au cœur du dernier conseil municipal lors du vote de la délibération. Portée par la nouvelle majorité, cette mesure entérine le passage de l’établissement sous régie municipale directe et son changement officiel de dénomination. Si les services de la mairie ont tenté de justifier cette démarche par des motifs administratifs, techniques et une volonté de neutralité locale, le texte de la fille du réalisateur est venu jeter un pavé dans la mare, brisant l’unanimité de façade des débats.
Derrière les arguments administratifs se dessine en réalité un choix idéologique assumé par la nouvelle direction de la ville. Le nouveau maire d’Elne, Steve Fortel, issu de l’extrême-droite, a ouvertement revendiqué cette orientation lors des débats. Face aux critiques de l’opposition, l’édile a fermement assumé sa volonté d’effacer la mémoire anticoloniale de l’espace public, déclarant sans détour : «Si demain je dois retirer d’autres noms de rues ou d’endroits de gens qui ont soutenu le FLN, je le ferai.»
La mémoire de René Vautier, cinéaste emblématique connu pour ses documentaires anticolonialistes et son opposition farouche à la censure, reste un symbole fort pour les défenseurs de la culture de combat. Sa fille, largement soutenue dans sa démarche, regrette que la reprise en régie serve de prétexte à un effacement idéologique. Elle insiste sur le fait que baptiser un lieu public du nom d’un tel artiste constituait un ancrage démocratique essentiel pour la commune.
Face à la lecture de sa lettre de protestation, la municipalité a opposé une fin de recevoir inflexible. Le maire a balayé les critiques en affirmant qu’une réponse administrative serait apportée, affichant un optimisme décalé : «Je crois qu’on va faire quelque chose de bien avec ce cinéma. Je crois que ça va être plutôt sympa», s’est-il justifié. Malgré cette apparente décontraction, la débaptisation du cinéma d’Elne suscite une vive émotion chez les professionnels du septième art et les usagers, qui craignent une reprise en main politique de la programmation.
S. F.


