Par Mohamed K. – Moins de trois ans après leur intégration au sein des BRICS, l’Egypte et l’Ethiopie traversent une crise diplomatique sans précédent. En l’espace de quarante-huit heures, entre le 1er et le 2 octobre 2026, les deux puissances africaines se sont engagées dans une guerre d’expulsions réciproques de diplomates. Cette escalade, qui couvait depuis une décennie autour du partage des eaux du Nil, marque un tournant critique. Elle expose surtout, pour la première fois de manière aussi flagrante, la fragilité géopolitique du bloc des BRICS.
A l’origine de ce sursaut de tension, une accusation d’ingérence militaire. L’état-major éthiopien affirme que Le Caire soutient activement les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), dont les combats ont récemment repris dans le nord de l’Ethiopie. Bien que la diplomatie égyptienne ait fermement démenti toute implication, la réponse d’Addis-Abeba a été immédiate : l’expulsion d’un diplomate égyptien. Le lendemain, appliquant une stricte réciprocité, Le Caire déclarait un représentant éthiopien persona non grata.
Cette crise bilatérale prend une dimension internationale majeure car elle brise l’illusion d’une unité indéfectible au sein des BRICS. En intégrant simultanément l’Egypte et l’Ethiopie le 1er janvier 2024, le bloc ambitionnait de sceller le leadership du Sud global. Face à l’embrasement, Pékin et Moscou tentent de jouer les médiateurs pour préserver la crédibilité de l’alliance. La Chine, qui a élevé ses relations avec l’Ethiopie au rang de «partenariat stratégique» tout en maintenant des liens économiques vitaux avec Le Caire, se retrouve dans une position d’équilibriste inconfortable. Moscou, de son côté, craint que cette instabilité ne nuise à son influence sécuritaire en Afrique. Cependant, en refusant de se doter de mécanismes rigides de résolution des conflits, les BRICS s’avèrent incapables d’imposer un compromis.
Derrière les invectives diplomatiques se cache le véritable nœud du problème : le grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). Ne parvenant pas à fléchir Addis-Abeba sur la gestion des eaux du Nil, l’Egypte a activé une stratégie d’encerclement géopolitique. Le Caire a multiplié les accords militaires d’envergure dans la Corne de l’Afrique, notamment avec la Somalie et l’Erythrée. L’Egypte déploie actuellement des milliers de soldats à Mogadiscio sous la bannière de l’Union africaine, tout en signant des pactes de sécurité et de coopération portuaire visant directement à bloquer les ambitions maritimes de l’Ethiopie.
Le conflit du Nil prouve désormais que les intérêts vitaux d’une nation prévaudront toujours sur la diplomatie des blocs. Les BRICS ne sont plus seulement un club d’ambitieux émergents ; ils sont devenus le théâtre d’une guerre froide régionale que la solidarité économique ne suffit plus à masquer.
M. K.


