Par Nabil D. – La nomination par le Mossad d’Ayoob Kara, ancien ministre israélien et membre du Likoud, comme «conseiller» de Ferhat Mehenni chargé des relations internationales, constitue un nouveau tournant dans l’itinéraire de ce mouvement classé organisation terroriste en Algérie. Elle illustre surtout, de manière spectaculaire, la place prise par Israël dans la stratégie internationale de cette nébuleuse.
Il y a, dans cette nomination, un symbole difficile à manquer. Pour défendre à l’étranger les idées fascistes du MAK et rechercher des soutiens à son projet ethniciste, Ferhat Mehenni a été forcé d’en céder la direction, bien malgré lui, à une personnalité israélienne issue du Likoud et ancien membre du gouvernement israélien sous Benyamin Netanyahou.
Dans une déclaration rendue publique après sa «nomination», l’officier du renseignement israélien a indiqué vouloir «renforcer les liens du MAK avec Israël, les Etats-Unis et l’Europe». Il a également salué le «soutien» apporté par le MAK à Israël et au projet de Bashan, lié aux revendications d’une partie des Druzes de Syrie.
Le choix est d’autant plus révélateur que cette prise de contrôle directe du mouvement terroriste basé en France intervient après plusieurs années de rapprochement affiché entre Ferhat Mehenni et des responsables israéliens.
Le chef de file du MAK s’était déjà rendu en Israël en 2012 et y avait rencontré des responsables politiques. Il a, depuis, multiplié les déclarations favorables à l’Etat hébreu. Il a notamment affirmé qu’«une Kabylie indépendante reconnaîtrait Israël». Ces positions ont progressivement installé la question des relations avec Israël au cœur de la stratégie extérieure de ceux qui téléguident ce mouvement à Paris.
La séquence récente vient renforcer cette orientation. Ce mois de septembre écoulé, Ferhat Mehenni et son nouvel officier traitant du Mossad, Ayoob Kara, sont apparus ensemble en France lors de la rencontre «Bashan in Paris», consacrée à la situation des Druzes en Syrie. Le gourou de la secte du MAK y a apporté son soutien au principe de leur autodétermination.
Cette succession d’épisodes pose une question fondamentale : au nom de quels intérêts le MAK prétend-il parler lorsqu’il se met sous la houlette d’Israël ? Le contraste est, en effet, saisissant. Un mouvement qui revendique une cause strictement kabyle multiplie les passerelles avec des acteurs et des dossiers géopolitiques qui dépassent largement la Kabylie. La nomination d’un ancien ministre israélien à une fonction centrale dans sa supposée «diplomatie» (sic) accentue encore cette aberration.
Le problème politique posé au MAK est donc moins celui de l’existence de contacts avec Israël – un secret de Polichinelle – que celui de leur degré croissant d’institutionnalisation. Un ancien ministre israélien devient désormais «conseiller» de Ferhat Mehenni – en réalité véritable nouveau patron du mouvement –, chargé d’œuvrer à la recherche d’une reconnaissance internationale. Autrement dit, ce qui relevait hier de la relation clandestine devient aujourd’hui une fonction officielle.
Cette évolution est la manifestation d’une dépendance croissante à l’égard de l’entité sioniste et dénonce une stratégie qui éloigne le MAK des préoccupations réelles de la Kabylie, où il est de plus en plus isolé.
En confiant la direction effective à un officier du Mossad, Israël envoie un message clair sur ses velléités futures, tant cette désignation intervient simultanément avec l’ouverture d’une ambassade israélienne au Maroc voisin et la visite de Benyamin Netanyahou aux Emirats arabes unis, deux Etats ennemis de l’Algérie et généreux «mécènes» du MAK. La boucle est donc bouclée.
Aussi cette nomination d’Ayoob Kara n’est-elle pas un détail, en ce qu’elle constitue le révélateur d’un mouvement en déperdition qui, dans sa quête d’une reconnaissance extérieure vitale, n’a eu d’autre choix que de confier les clés de l’organisation au régime nazi de Tel-Aviv.
Quels sont les plans du Mossad à travers cette prise en main directe du MAK ? C’est là toute la question.
N. D.


