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Emirs de Dubaï et d’Abou Dhabi : on ne joue pas à la Prusse quand on est le protégé d’autrui !

Une contribution d’Ali Akika – Les Emirats et leurs petits princes devraient prendre exemple sur le Qatar en achetant un club de foot prestigieux pour se faire un nom sur la scène internationale. Car vouloir jouer dans la jungle alors qu’on est un agneau risque de mal se terminer quand on n’a pas les crocs du loup. Cette leçon est recommandée par le poète Jean de La Fontaine pour les impatients ou bien pour ceux qui sont fâchés avec l’histoire et la stratégie.

Celles-ci impliquent de ne pas se reposer sur des muscles gonflés uniquement de dollars et surtout, surtout de ne point prétendre faire peur aux enfants dont les pays, Palestine, Liban, Syrie, sont occupés par vos maîtres et protecteurs. Princes des contes de fées, vous avez fait un autre choix, celui d’un protecteur dont le dessein est de siroter vos liquidités en dollars sans autre engagement en cas d’un feu ravageur sur vos territoires.

Aujourd’hui, ce feu est au rendez-vous. Vous avez pensé et même effacé de votre agenda un tel rendez-vous quand vous avez osé prendre la tête de la liste des féodaux ayant signé les accords d’Abraham. Quelle audace de masquer une telle mascarade en usant du nom du prophète Abraham ! Vous auriez dû revoir vos amitiés avec vos nombreux protecteurs quand, le 7 octobre 2023, du ciel noir de colère est tombé un orage qui allait déclencher des séismes (zalâzil) à répétition.

Vos deux mentors ayant perdu pied dans les eaux d’Ormuz, au lieu de tirer la leçon de leur défaite, ont fait l’erreur de faire chanter l’Arabie en lui demandant de rejoindre les accords d’Abraham. Une erreur qui se transforma en faute politique avec les conséquences que l’on sait : la guerre Arabie-Yémen et la fermeture du Bab El-Mandeb. Et quand l’Arabie, embourbée au Yémen, demande l’aide de Trump qui répond par un non qui allait aggraver leur situation, c’est la preuve que lorsque les choses deviennent plus compliquées, les protecteurs vous font comprendre que vous ne pesez pas lourd à leurs yeux.

Les illusions perdues de la société Dubaï et compagnie.

Un simple et rapide regard sur l’histoire de cette myriade d’Emirats arabes unis aide à comprendre ce qui se cache derrière leur agitation. Personne ne leur reproche de se regrouper pour se passer de postes de frontières entre eux. Ce mariage de la géographie entre des populations parlant la même langue, avec l’islam comme religion, constitue de bons gages de voisinage. Sauf que deux facteurs oubliés ou étrangers à la culture de ces émirs vont manquer dans le panier de ce singulier mariage.

Ces deux facteurs sont connus et sautent aux yeux de tout observateur qui n’ignore ni l’histoire ni le poids de la géopolitique dans les relations internationales. L’histoire est un passage obligé pour cerner la nature politique et idéologique de ces Etats arabes unifiés et de leurs dépendances dans des alliances où le fort impose ses règles. On peut l’ignorer, la triturer ou bien l’enterrer dans les pyramides avec les Pharaons de l’Egypte, l’histoire finit toujours par revenir en boomerang.

C’est pourquoi la nature politique de ces entités, à la fois monarchique et féodale, explique leur opposition qui les pousse à combattre les pays arabes républicains et leur trahison à l’encontre de la Palestine. Ce comportement politique date de la chute de l’Empire ottoman et de son remplacement par les Anglo-Américains. Ces derniers, fidèles à leur pragmatisme, ont favorisé l’émergence de tribus qui n’allaient pas contester leur présence et ont même collaboré à la politique de l’Angleterre, à l’origine de l’installation d’un foyer sioniste en Palestine.

Cette collaboration avait même coûté la vie au roi Abdallah de Jordanie en juillet 1951. Il n’y a donc rien de nouveau dans la galaxie des monarchies féodales puisque la même politique de collaboration continue de nos jours, menée par Mohammed Ben Zayed, l’émir d’Abou Dhabi, premier signataire des accords d’Abraham. Mais bien avant ces accords, Ben Zayed avait déjà rendu service à la fois à Israël et au Maroc en accusant le Front Polisario d’être entraîné et armé par le Hezbollah libanais.

Aujourd’hui, on comprend mieux le prix de la trahison à payer par le duo Emirats-Maroc pour garantir leur sécurité. Trahir deux mouvements de résistance : le Hezbollah libanais qui obsède Israël et le Polisario qui brise le rêve de la monarchie marocaine d’ajouter Seguia El-Hamra à son royaume, après avoir piteusement abandonné sa prédation de la Mauritanie sur injonction de la France. Nos deux royaumes de contes de fées ne s’arrêtent pas là. Forts de la protection d’Israël, ils proposent aujourd’hui leurs services de mercenariat pour financer la déstabilisation du Soudan, l’occupation de territoires yéménites, porter secours aux séparatistes libyens et tenter d’inscrire le Polisario sur la liste des groupes terroristes.

Là, l’émir Mohammed Ben Zayed a commis l’impardonnable en s’aventurant dans le Maghreb, car il va devoir plier bagage comme au Yémen. Le Yémen des légendes, que les féodaux aussi bien saoudiens qu’émiratis veulent neutraliser pour offrir le contrôle de Bab El-Mandeb à des puissances étrangères, à partir de bases militaires installées sur la côte africaine.

Les petits et aveugles calculs balayés par Ormuz et Bab El-Mandeb

Les Emirats ne s’attendaient peut-être pas à la guerre déclenchée par leurs protecteurs, et encore moins à l’audacieuse résistance iranienne qui a mis en évidence les failles de ces derniers. Leur grande assurance dans le dollar et en la puissance de leurs amis n’empêchera pas lesdits amis de plier bagage de la région et de les laisser à leur solitude. Comme les mauvais élèves n’apprennent rien de leurs expériences et n’en tirent pas de leçons, l’émir éclairé Ben Zayed s’est une nouvelle fois distingué en invitant Israël à installer la défense anti-aérienne de son émirat et, dans la foulée, en recevant Netanyahou, invité à tenir à Dubaï des réunions de sécurité nationale.

Par ce genre de geste, il fait bande à part, à la différence de ses voisins du Golfe qui ne cherchent pas à énerver encore plus l’Iran. Pourquoi cette inconscience et ce risque inconsidéré de vouloir plaire à ses protecteurs ? Sans doute que, l’appétit venant en mangeant, Ben Zayed ayant joué ses cartes au Liban, en Syrie et au Maroc, ne sait pas que la guerre contre l’Iran a changé les données du terrain. Elle a fait entrer les pays du Golfe dans une nouvelle phase de leur histoire, déclenchée par un nouveau cycle qui signe le déclin des empires, ou du moins le monopole détenu par un seul gendarme.

Ces Emirats avaient raté leur rendez-vous à la suite de la chute de l’Empire ottoman en se mettant derrière l’attelage anglo-saxon. Ils ont préféré maintenir l’architecture politique des liens d’allégeance du féodalisme et du tribalisme, tout en cultivant et en entretenant des contradictions héritées de l’histoire des populations, avec leurs cultures et leurs croyances religieuses.

En conclusion, il ne faut pas attendre ou espérer que les monarchies du Golfe connaissent ou imitent l’exemple des monarchies du nord de l’Europe (Grande-Bretagne, Suède, Norvège) qui ont signé jadis un pacte de cohabitation avec la classe bourgeoise et son système libéral naissant (capitaliste). Je doute que la classe féodale du Golfe ait la même intelligence de l’histoire que le roi Henri VIII d’Angleterre au XVIe siècle, qui rompit ses relations avec l’Eglise catholique et le Vatican, préférant créer l’Eglise anglicane et s’allier avec les futurs banquiers du protestantisme qui légitimait l’usage des intérêts.

Si les classes féodales du monde arabe souffrent de leur handicap idéologique et culturel, les classes populaires, elles, ont réussi à se débarrasser des monarchies en Irak, en Egypte, en Syrie et en Libye. En tout cas, dans le monde d’une façon générale, il suffit aux peuples d’entendre les discours du vieux monde qui saturent l’espace politique de la scène internationale, et dont les ambitions de conquêtes de territoires et de ressources sont d’actualité, comme si les guerres et les révolutions anticoloniales d’hier n’avaient pas eu lieu. Et les guerres qui se passent en Palestine, au Liban et en Syrie sont des actes de peuples qui sonnent le tocsin pour que les Laurence d’Arabie quittent ces pays et dans leurs bagages leurs souvenirs pour écrire leur biographie avec les chaudes larmes de la nostalgie.

A. A.

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