De Paris, Saliha Fayez – Dans un élan de tartufferie qui fera date dans les annales de la diplomatie contemporaine, la France vient de convoquer l’ambassadeur d’Iran à Paris. Le motif de ce courroux étatique ? Téhéran se livrerait à de la «désinformation» concernant le mouvement de protestation des lycéens qui paralyse actuellement les institutions scolaires et embrase les rues de l’Hexagone. Voir la patrie des droits de l’Homme – autoproclamée – s’offusquer des libertés prises avec la vérité par une puissance étrangère relève d’une ironie si grinçante qu’elle confine à la farce.
Nous y voilà donc : la France, donneuse de leçons universelle, découvre le concept d’arroseur arrosé. Ce gouvernement, qui a érigé le double standard et la manipulation narrative en piliers de sa politique étrangère, feint aujourd’hui de s’étouffer devant son propre miroir. Faut-il rappeler l’art consommé avec lequel Paris distord la réalité sur la scène internationale ? De la couverture biaisée du conflit en Ukraine à l’alignement aveugle et aux silences coupables sur la tragédie qui se joue à Gaza, la diplomatie française ne transmet plus l’information, elle la met en scène. Sur l’Algérie, l’histoire et les tensions mémorielles restent otages de récits officiels opportunistes, savamment calibrés pour occulter les vérités dérangeantes.
Que l’Iran instrumentalise la crise sociale française est une évidence géopolitique de bonne guerre. Mais que la France s’en indigne avec une telle gravité théâtrale frise l’amnésie psychiatrique. Comment oser dénoncer chez les autres les méthodes que l’on applique soi-même à longueur de communiqués de presse et d’interventions sur les plateaux de télévision ? Paris passe son temps à souffler sur les braises des contestations étrangères, à qualifier de «légitimes aspirations démocratiques» les émeutes chez ses adversaires, tout en qualifiant de «menaces à l’ordre public» la détresse de sa propre jeunesse.
Cette convocation est l’aveu d’une panique systémique. Submergé par la fronde de lycéens fatigués de promesses creuses et d’un avenir verrouillé, le régime de Paris cherche un bouc émissaire extérieur pour masquer sa faillite interne. Accuser l’Iran de désinformation permet d’évacuer commodément les motifs réels de la colère qui gronde dans les lycées français.
En se drapant dans une dignité offensée, la France officielle ne fait que souligner sa propre hypocrisie. On ne peut pas manipuler les perceptions du monde à sa guise et exiger une totale immunité lorsque la machine à travestir les faits se retourne contre soi. Ce vaudeville diplomatique ne trompe plus personne. A force de vendre une vérité à géométrie variable, le pouvoir français et ses outils de propagande stipendiés ont perdu le droit de distribuer les brevets de vertu.
S. F.


