Par Abdelkader S. – Le prétexte était presque dérisoire : de simples manifestations lycéennes en France. Pourtant, il aura suffi d’un message incendiaire de Donald Trump sur son réseau Truth Social pour transformer ce fait d’actualité européenne en un règlement de comptes religieux majeur. En affirmant sans ciller que l’islam cherchait à s’emparer de la France, le président américain a cyniquement détourné le contexte social français pour envoyer un signal dévastateur. Au-delà de la provocation gratuite, cette sortie sonne comme un violent camouflet pour les Etats arabo-musulmans qui ont choisi de s’aligner aveuglément sur la politique de Washington jusqu’à en devenir les vassaux.
Ce énième affront n’est pas un dérapage isolé, mais la suite logique d’une longue stratégie de mépris. Les faits sont là pour le prouver, de ses déclarations passées affirmant globalement que l’islam hait l’Occident à la mise en place du funeste décret d’interdiction de territoire imposé à plusieurs pays musulmans au début de son premier mandat. Qu’il propage des fables sur le fichage des mosquées ou qu’il instrumentalise la rhétorique religieuse à des fins de politique intérieure, le locataire de la Maison-Blanche n’a jamais dévié de sa trajectoire idéologique. Mais aujourd’hui, le masque tombe de manière encore plus cruelle pour ses partenaires économiques du Moyen-Orient.
L’ironie de cette vassalisation s’avère d’autant plus cinglante que la prétendue protection américaine a d’ores et déjà démontré sa faillite militaire. Alors que la guerre fait rage, le prétendu bouclier de Washington n’a pas empêché la pluie de drones et de missiles iraniens de s’abattre directement sur le sol, les infrastructures vitales et les places financières des monarchies du Golfe. Non contents de se révéler incapables d’assurer la sécurité physique de leurs alliés face à la menace de Téhéran, les Etats-Unis poussent désormais le cynisme jusqu’à s’en prendre au fondement même de leur identité. En s’attaquant ouvertement à l’islam, le symbole spirituel et politique le plus sacré de ces nations, le régime de Trump piétine la dignité de ceux qui ont tout sacrifié pour lui plaire.
Le double jeu de Washington éclate ainsi au grand jour. D’un côté, l’administration américaine exige de ses alliés du Golfe une soumission géopolitique totale, d’immenses investissements financiers et la signature de contrats d’armement pharaoniques. On se rappelle le cynisme du sommet de Riyad, où Trump feignait l’amitié face à cinquante dirigeants musulmans pour mieux sécuriser les flux pétroliers et l’argent de leurs banques souveraines. De l’autre, dès que sa politique intérieure l’exige, la religion de ces mêmes partenaires est jetée en pâture à sa base électorale radicale, désignée publiquement comme une menace civilisationnelle rampante.
Cette duplicité place les monarchies arabes alignées dans une position intenable et profondément humiliante. En acceptant de se placer sous la coupe stratégique et militaire des Etats-Unis, ces régimes pensaient s’acheter une immunité et un respect sur la scène internationale. Ils découvrent qu’ils ne sont que des instruments transactionnels interchangeables. Trump leur inflige un véritable pied de nez en criminalisant leur foi pour de simples calculs électoraux domestiques. Cette vassalisation consentie se retourne aujourd’hui contre eux : ils financent l’économie américaine tout en se faisant insulter publiquement par l’establishment américain. Cet aveu de haine ordinaire disqualifie définitivement une diplomatie impérialiste qui piétine et humilie ses propres serviteurs.
A. S.



