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Déni psychotique

Par M. Aït Amara – Insulter le messager n’a jamais permis d’effacer le message. Aux internautes marocains qui saturent l’espace de commentaires d’invectives et d’accusations de mensonge suite à notre article sur le refoulement de sujets marocains par la Tunisie, il convient de rappeler une vérité brute, presque chirurgicale : les chiffres, les faits et les détresses chroniqués ici ne sortent pas d’un laboratoire de désinformation imaginaire. Ils proviennent en ligne droite des médias marocains eux-mêmes, ainsi que des rapports officiels et des observateurs internationaux. Si cette triste réalité fait mal au point de déclencher la fureur, c’est parce qu’elle agit comme un miroir sans tain sur les fractures béantes du royaume des chimères.

Cette colère numérique ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un climat de tension sémantique et politique plus vaste, où la population marocaine subit de plein fouet les critiques liées aux choix stratégiques de son gouvernement, au premier rang desquels figure la normalisation du régime avec Israël. Un virage diplomatique contesté, vécu par beaucoup comme une rupture, et qui achève d’écorner l’image déjà peu honorable du pays à l’international, tout en creusant le fossé entre la rue et les élites.

Mais au-delà des postures géopolitiques, c’est l’exode de la survie qui dessine le véritable diagnostic social. Comment nier l’évidence quand, il y a à peine quelques semaines, une vague humaine sans précédent de 70 000 Marocains brisait les barrières pour tenter de fuir l’enfer social vers la ville espagnole de Ceuta ? Plus symptomatique encore de ce naufrage intérieur : l’épisode récent de ces 5 000 autres Marocains des régions de l’est acculés, accourus aux frontières algériennes dans l’espoir désespéré de trouver une issue à la précarité. Quand une jeunesse préfère braver les barbelés, le désert ou la mer plutôt que de stagner dans son propre pays, le déni de réalité devient une complicité de fait.

Face à ce séisme social, la réponse des autorités marocaines ressemble à un trompe-l’œil indécent. La construction frénétique de stades monumentaux et l’organisation à coups de milliards d’événements sportifs fastueux, largement subventionnés par les mécènes et pétrodollars du Golfe, ne parviendront pas à masquer la grande misère qui terrasse une écrasante majorité des sujets de Mohammed VI. Le football, les projecteurs et le prestige des tribunes VIP ne nourrissent pas les ventres vides, ne créent pas d’emplois durables et ne retiennent pas les embarcations de fortune.

Hurler au mensonge est une échappatoire facile, tandis que regarder la détresse de son peuple en face exige un courage que les réseaux sociaux n’ont visiblement pas encore.

M. A.-A.

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