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Brutaux avec les lycéens, dociles avec les pédocriminels : Ségolène Royal accable le régime Macron

De Paris, Saliha Fayez – «Cette police-là, ce ministre de l’Intérieur, ce ministre de la Justice, ils sont plus sévères avec les enfants des lycées qu’avec les pédocriminels.» La charge de Ségolène Royal dépasse la seule question des violences policières. Elle met le doigt sur une contradiction majeure du régime de Paris : un pouvoir qui brandit l’autorité à tout propos, mais dont la fermeté est étrangement variable selon les personnes auxquelles elle s’applique.

D’un côté, des lycéens mobilisés, parfois à peine sortis de l’enfance, confrontés à un appareil répressif capable de déployer rapidement ses moyens. De l’autre, des personnalités installées, protégées par leur notoriété, leurs réseaux et les intérêts économiques qui gravitent autour d’elles. Entre les deux, une justice dont l’indépendance ne saurait être confondue avec l’absence de responsabilité politique et sociale de ceux qui choisissent de maintenir certaines figures en position de pouvoir.

L’affaire Jean-Marc Morandini en offre une illustration particulièrement troublante. Le 14 janvier 2026, sa condamnation pour corruption de mineurs est devenue définitive après la décision de la Cour de cassation. Une autre condamnation, pour harcèlement sexuel, l’est également devenue. Pourtant, CNews avait d’abord choisi de le maintenir à l’antenne, avant son retrait simulé en février. Et le 24 août, son retour dans l’univers de la chaîne s’est effectué en coulisses, comme producteur d’une émission consacrée notamment aux faits divers et à la justice.

Voilà donc une personnalité condamnée définitivement qui ne disparaît pas du paysage audiovisuel, mais retrouve une place dans les rouages d’une chaîne controversée. Politiquement, éthiquement et symboliquement, le choix de lui confier une nouvelle production dégoûte. Non contente d’être une chaîne connue pour ses penchants racistes, xénophobes et islamophobes maladifs, elle compose avec une telle réalité judiciaire sans aucune vergogne. Quelle crédibilité accorder à ses indignations lorsqu’elles visent sans relâche les jeunes des quartiers ou les manifestants ?

C’est que le vrai scandale se loge dans l’indignation sélective, dans cette mécanique médiatique qui transforme certains individus en menaces permanentes pour la société tout en trouvant des circonstances atténuantes, des secondes chances ou des portes de sortie pour d’autres. La sévérité devient alors moins un principe qu’un instrument de pouvoir.

Dans une France traversée par les crises politiques, la défiance institutionnelle et la brutalisation du débat public, cette contradiction nourrit le sentiment que les règles ne s’appliquent pas avec la même rigueur à tous. Les jeunes lycéens sont sommés de répondre immédiatement de leurs actes, tandis que les puissants disposent de temps, de ressources et de relais pour amortir les conséquences de leurs affaires.

A cette défiance s’ajoutent les interrogations suscitées par la mort plus que suspecte de témoins gênants dans les affaires Epstein et Sarkozy. Ces décès, lorsqu’ils surviennent dans des circonstances contestées ou insuffisamment éclaircies, doivent faire l’objet d’enquêtes rigoureuses. Mais le pouvoir français s’échine à les étouffer  

La question posée par Ségolène Royal est finalement celle d’un régime de fermeté à géométrie variable. Qui mérite la démonstration de force ? Qui bénéficie de la patience des institutions ? Qui peut revenir par une porte dérobée après avoir quitté la scène publique sous la pression ?

La France ne perd pas seulement sa crédibilité parce que sa justice tarde lorsqu’il s’agit de criminels riches et puissants. Elle la perd aussi lorsque les grands discours sur l’ordre et la morale se heurtent aux arrangements du pouvoir médiatique et économique. Et tant que cette contradiction perdurera, les appels à l’autorité sonneront moins comme une exigence de justice que comme une démonstration de force adressée, d’abord, à ceux qui en ont le moins.

Pendant ce temps, les Français d’en bas, écrasés par un pouvoir entre les mains de pantouflards et d’enfants gâtés du système, se soulèvent pour en finir avec un régime pourri qui n’a que trop duré.

S. F.

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