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La diplomatie colombienne à l’épreuve de la soumission : le reniement historique de Bogota

Par M. Aït Amara – L’inauguration officielle de la nouvelle ambassade de Colombie à El-Qods incarne une rupture géopolitique profonde, un basculement idéologique par lequel le président de droite Abelardo de la Espriella tourne le dos à des décennies de diplomatie multilatérale et souveraine pour aligner sans réserve son pays sur le binôme Washington-Tel-Aviv. En posant ce geste de soumission flagrante, le locataire du palais de Nariño brise un héritage d’indépendance et compromet gravement la stature morale de la Colombie sur la scène internationale.

Pourtant, l’histoire diplomatique de ce pays d’Amérique latine regorge de positions honorables, guidées par le respect scrupuleux du droit international. Plus récemment, sous l’administration précédente de Gustavo Petro, la Colombie s’était illustrée en rompant ses liens diplomatiques avec Israël pour protester contre le génocide à Gaza, portant fièrement la voix du Sud global. Aujourd’hui, ce précieux capital politique est sacrifié. En restaurant à la hâte les traités de libre-échange et en déplaçant son ambassade au mépris des résolutions de l’ONU, le gouvernement actuel choisit délibérément l’asservissement à l’agenda de Donald Trump, dont De la Espriella s’affiche comme le fidèle satellite régional.

Cette stratégie de l’alignement aveugle s’avère profondément toxique pour l’avenir de la Colombie. Au lieu de se comporter en Etat souverain capable de dialoguer de manière constructive avec le concert des nations, la Colombie se réduit au rang de dixième nation à rompre le consensus mondial sur El-Qods. Le président Espriella, dans sa quête d’allégeance, commet une erreur stratégique majeure : il isole son pays de partenaires stratégiques essentiels dans le monde arabe et africain, tout en s’attirant les foudres d’institutions internationales fondamentales. Cette politique du fait accompli n’apporte aucun bénéfice direct aux citoyens colombiens ; elle ne sert qu’à satisfaire des promesses électorales dictées par des cercles d’influence extérieurs.

En subordonnant la politique étrangère colombienne aux impératifs stratégiques d’une puissance étrangère, le président actuel ne fait pas que rompre des alliances, mais, plus grave, fragilise la sécurité à long terme et la voix de son propre pays. Un Etat qui aliène sa capacité de jugement diplomatique au profit d’intérêts tiers perd toute légitimité à arbitrer ou à peser dans les grands débats de notre siècle.

La Colombie, jadis respectée pour sa résilience et sa quête progressive d’autonomie stratégique, se retrouve aujourd’hui rétrogradée au rang d’exécutante. En agissant de la sorte, le chef de l’Etat colombien compromet l’venir de son pays en effaçant d’un trait de plume sa dignité historique.

M. A.-A.

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