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L’indécence en boucle

Par Mehenna H. – Le spectacle est à vomir, mais il tourne en boucle sur les plateaux de CNews. C’est là, dans cette sacristie médiatique de la haute bourgeoisie, que les nabis du capitalisme français viennent célébrer leur propre culte et s’auto-décerner des médailles. Ce mercredi matin, c’est le baron de la grande distribution, Michel-Edouard Leclerc, qui est venu déverser sa morgue en vantant la «réussite française». Un concept obscène, forgé par et pour les salons parisiens, alors que le pays subit une implosion sociale sans précédent. Sous les yeux complices d’une élite qui se serre les coudes, la France est coupée en deux : d’un côté, une infime caste d’ultra-riches gavés de dividendes ; de l’autre, une immense majorité de citoyens français condamnés à la misère et à la survie.

Pendant que ces oligarques s’auto-congratulent, la réalité du terrain offre un contraste saisissant de violence. Dans les allées d’un autre prédateur du secteur, Carrefour, la vérité sort de la bouche d’une caissière épuisée, lançant à sa collègue : «Ce que je touche chez Carrefour, je le laisse chez Carrefour.» En une phrase, le vernis de la communication managériale explose. C’est le grand retour du servage. Cette smicarde ne travaille pas pour vivre, elle travaille pour restituer son aumône à son propre bourreau afin de pouvoir simplement se nourrir. Voilà le véritable visage de leur «réussite» : un esclavage moderne en circuit fermé où le travailleur est captif de l’employeur.

Mais le cynisme de cette oligarchie ne s’arrête pas là. Sur la chaîne de Vincent Bolloré, l’indécence se grime en indignation morale. On y vomit sa bile sur des lycéens du très chic 6e arrondissement de Paris coupables, selon eux, de rejoindre la grève. L’argument de ces boutiquiers est d’une bassesse absolue : comment ces enfants de riches osent-ils protester ? Pour ces cerveaux malades du capital, la dignité humaine se résume à un compte en banque. Ils sont incapables de concevoir que la jeunesse, même privilégiée, puisse être mue par une conscience politique et une solidarité de classe inversée.

Pour ces capitalistes féroces, tout s’achète et tout se vend, y compris la colère. En réduisant la légitimité de la révolte à une question de pièces de monnaie, ils étalent leur totale faillite morale. Ces élites ne gèrent pas la France, elles la pillent et la fracturent, sourdes aux grondements d’un désastre social qu’elles ont elles-mêmes orchestré.

M. H.

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